Les dettes d’État sont prises dans une spirale haussière. Aux États-Unis, le taux à 30 ans a touché 5,33 % le 18 août, un record depuis 2007. Le taux à 10 ans s’échangeait à 4,8 % le 1er septembre, au plus haut depuis fin 2023. Cette hausse s’inscrit sur fond de finances publiques tendues, avec un déficit cumulé de 1 799 milliards de dollars fin juillet et une dette publique de plus de 40 000 milliards. « La politique budgétaire, à la fois expansionniste et procyclique, avec des dépenses durablement supérieures aux recettes malgré une conjoncture robuste, alimente les émissions de Treasuries et pèse sur les taux longs », note Benoît Gérard, stratégiste taux chez Natixis CIB.
Fin de la discipline en Allemagne
À Jackson Hole, le ton plus ferme du président de la Fed, Kevin Warsh, sur l’inflation (3,7 % en juillet) a renforcé le scénario d’une hausse des taux en septembre. Les emprunts massifs des hyperscalers tirent aussi les taux réels vers le haut. Outre-Rhin, le Bund 10 ans se traitait à un niveau inédit depuis 15 ans, soit 3,36 % le 1er septembre. Selon le stratégiste, le financement du réarmement et des investissements en Allemagne marque un véritable changement de paradigme budgétaire : « Après des années de discipline stricte, Berlin accepte désormais une hausse durable de l’endettement et des émissions de Bunds pour soutenir la défense et la croissance potentielle. » Environ 350 et 400 milliards d’euros de dette brute sont prévus en 2026 et 2027. Cette offre accrue pèse sur les prix et nourrit la hausse des taux.
Malgré le maintien de la note française à A+ par Fitch le 28 août, l’OAT 10 ans reste sous pression à 4,21 % au 1er septembre, à son niveau de fin 2008. Le spread OAT-Bund, à 86 points de base, flirte avec ses récents pics. D’après l’expert, face à une dette élevée et à une forte incertitude politique, les investisseurs doutent de la capacité de la France à engager une consolidation budgétaire crédible et à faire voter le budget 2027. Natixis CIB anticipe des taux à 10 ans autour de 4 % fin 2026, avec un risque de tension supplémentaire à l’approche des présidentielles.