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La guerre tarifaire lancée par Donald Trump a exacerbé les incertitudes économiques mondiales. C’est ce qui ressort des dernières perspectives économiques mondiales du Fonds Monétaire International (FMI). L’institution internationale a révisé à la baisse ses prévisions de janvier 2025, alors qu’elle prévoyait déjà une décélération de la croissance mondiale. Désormais, le FMI table sur une hausse de l’activité de 2,8 % en 2025, contre 3,3 % en 2024. Les États-Unis sont les premiers concernés, avec une révision à la baisse de 90 points de base de la croissance 2025 en un trimestre. Elle se limiterait à 1,8 %, contre 2,8 % en 2024. Recul également attendu d’un point de la croissance chinoise, de 5 % en 2024 à 4 % en 2025. De quoi peser sur les perspectives des marchés émergents : 3,7 % en 2025, contre 4,3 %. L’Europe quant à elle semble presque immunisée, au prix il est vrai d’une croissance atone : 0,9 % en 2024, 0,8 % en 2025. Ce contexte incertain met surtout sous pression l’endettement et les finances publiques de nombreux pays. La hausse des taux d’intérêt, d’une part, et celle des dépenses dans le domaine de la défense, d’autre part, viennent alourdir les budgets déjà mis à rude épreuve.
Vers des niveaux sans précédent depuis 1945
Dans ce contexte, dans son dernier Moniteur des finances publiques, le FMI table sur une hausse de 2,8 points de pourcentage de la dette publique mondiale en 2025 à plus de 95 % du produit intérieur brut (PIB). À ce rythme, elle devrait frôler les 100 % du PIB d’ici la fin de la décennie, dépassant ainsi le volume atteint pendant la pandémie (voir graphique). La montée des incertitudes géoéconomiques pourrait alourdir la dette publique d’environ 4,5 % du PIB à moyen terme. Dans un scénario fortement défavorable, elle atteindrait même 117 % du PIB d’ici à 2027. Ce volume serait le plus haut depuis la Seconde Guerre mondiale. La situation pourrait également se dégrader si les recettes et la production économique connaissaient un recul plus marqué.
Ces prévisions du FMI interviennent alors que l’Europe tente tant bien que mal de stabiliser ses comptes publics. En 2024, selon Eurostat, le ratio du déficit public/PIB a baissé de 3,5 % en 2023 à 3,1 % en 2024, en zone euro. La France, elle, a terminé son exercice avec un ratio déficit public de -5,8 %. Le ratio de la dette publique/PIB en zone euro s’est en revanche légèrement dégradé, passant de 87,3 %, en 2023 à 87,4 %, en 2024. La mesure pour l’Hexagone est ressortie à 113 %, contre 153,6 % pour la Grèce, 135,3 % pour l’Italie et 101,8 % pour l’Espagne.
Des rééquilibrages progressifs
ou ciblés
Alors que les incertitudes s’accumulent, ajuster sans freiner la croissance devient un exercice d’équilibriste, toute nouvelle dépense devant être compensée par des réductions des dépenses dans d’autres domaines ou par de nouvelles recettes. D’après le FMI, réduire la dette tout en préservant des marges de manœuvre nécessite, pour les pays aux finances contraintes, des plans de rééquilibrage progressifs et crédibles et le maintien des stabilisateurs automatiques, comme les prestations d’assurance chômage. À l’inverse, le fonds recommande aux États disposant d’une plus grande flexibilité budgétaire de cibler leurs dépenses et concentrer leur soutien, de manière temporaire et efficace, vers les ménages et les entreprises. Par ailleurs, les pays avancés sont appelés à redéfinir les dépenses prioritaires, à accélérer leurs réformes des retraites, de la santé et de la fiscalité pour relever les défis du vieillissement de la population. Dans les pays surendettés, une restructuration rapide et ordonnée de la dette est indispensable. Plus globalement, la réussite, aux yeux du FMI, repose sur des réformes structurelles visant à renforcer la croissance potentielle, condition sine qua non pour concilier viabilité budgétaire et dynamisme économique.