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L’onde de choc de la guerre commerciale déclenchée par Donald Trump contre le reste du monde a conduit la Banque centrale européenne (BCE) à réduire ses trois taux directeurs de 25 points de base le 17 avril. Le taux de dépôt est ainsi ramené à 2,25 %. Prise à l’unanimité du conseil des gouverneurs, cette décision reflète « l’évaluation actualisée des perspectives d’inflation, de l’inflation sous-jacente et de la transmission monétaire ».
Cette baisse des taux intervient alors que la zone euro envoie des signaux encourageants de normalisation. La banque centrale, qui ne qualifie plus sa politique monétaire de « sensiblement moins restrictive », fait ainsi état d’une désinflation qui progresse comme prévu. En mars, l’inflation annuelle est à 2,2 %. Elle recule, tout comme l’inflation sous-jacente et celle des services.
Les salaires ralentissent, la zone euro montre une bonne résilience, avec une croissance probable au premier trimestre et un chômage à 6,1 %. Le secteur manufacturier se stabilise, soutenu par des politiques d’investissement. Les taux sans risque baissent et l’euro s’apprécie, tandis que le crédit immobilier se redresse, malgré un léger resserrement des conditions de crédit aux entreprises.
Un contexte d’incertitude « exceptionnelle »
Les signaux qui émanent d’outre-Atlantique sont en revanche plus inquiétants : la stratégie tarifaire du locataire de la Maison Blanche marque un tournant brutal dans les relations commerciales internationales. « Nous sommes passés de droits de douane sur les biens de 3% à environ 13 % », a relevé la présidente de la BCE, Christine Lagarde, lors de la conférence de presse, admettant qu’ « il y a encore quelques semaines, un certain nombre de gouverneurs auraient plaidé en faveur d’une pause ».
Dans ce contexte d’incertitude jugée « exceptionnelle », les perspectives économiques de la zone euro se sont nettement assombries, sous l’effet conjugué de la montée des tensions commerciales, des perturbations géopolitiques et de la volatilité accrue des marchés financiers. La confiance des ménages et des entreprises s’érode, pesant sur la consommation, l’investissement et les exportations. Les conditions de financement pourraient se durcir, accentuant le ralentissement. Les exportateurs se heurtent à de nouveaux obstacles, tandis que la guerre en Ukraine et le conflit au Moyen-Orient renforcent l’instabilité mondiale. Cette accumulation de risques accroît l’aversion au risque et complique les anticipations en matière d’inflation.
L’impact impossible à quantifier
pour l’instant
Aux yeux de l’ancienne présidente du FMI, la zone euro fait face à « un choc négatif de demande » et à un « impact net sur l’inflation » qui devraient se clarifier au fil du temps. Ne s’engageant pas sur une trajectoire prédéterminée des taux, la BCE a indiqué qu’elle continuera, comme elle l’a souvent répété lors des précédentes décisions de taux, d’adopter une approche « fondée sur les données et sur des décisions prises réunion après réunion ». L’ancienne présidente du FMI juge impossible, pour l’instant, de quantifier l’impact négatif des tarifs douaniers sur la croissance.
Cette tâche est rendue difficile par l’imprévisibilité de Donald Trump, mais aussi l’incertitude entourant les tensions commerciales, leurs évolutions possibles, ainsi que les réponses à venir, et en particulier de la part de l’Europe, une redirection des échanges commerciaux ou des ajustements budgétaires, comme celui prévu en Allemagne.
« Préparation et agilité »
Sur ce point, en écho aux priorités européennes définies par le gouverneur de la Banque de France quelques jours plus tôt, Christine Lagarde a insisté sur l’importance d’une transformation structurelle de la zone euro, afin de renforcer sa compétitivité et sa résilience, via l’application de la feuille de route de la boussole de compétitivité de la Commission européenne, la finalisation de l’Union de l’épargne et l’investissement (Savings and Investment Union, SIU) et la préparation de l’euro numérique.
« Préparation et agilité » constituent, selon Christine Lagarde, les qualités indispensables pour que la BCE puisse mener à bien sa politique monétaire et atteindre son objectif d’inflation de 2 %, tout en affrontant chocs et incertitudes. Cette réactivité devra continuer à s’appuyer sur une analyse rigoureuse, fondée sur des données solides et fiables, a-t-elle souligné. Les projections économiques de la BCE de juin suscitent déjà une forte attention.