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« C’est un basculement historique que nous vivons » : face aux premières annonces de l’administration Trump sur les tarifs douaniers, avant que le président américain n’annonce une pause de 90 jours, François Villeroy de Galhau a convoqué un champ lexical aux accents dramatiques. Il a ainsi exhorté la France et l’Europe à sortir de leur « tétanie » dans l’édition 2025 de sa Lettre annuelle au président de la République.
Pourtant, en dépit des remous enregistrés sur les marchés début avril, les annonces américaines n’inquiètent pas outre mesure la Banque de France. L’impact sur l’inflation en France et en zone euro ainsi que sur la croissance est prévu comme mesuré, eu égard à la relative faiblesse des expositions commerciales aux États-Unis.
Revoir la position de la France
sur le Mercosur
François Villeroy de Galhau a néanmoins souligné l’importance de maintenir des économies ouvertes sur le plan international, de façon « ciblée » et « intelligente ». Il a ainsi appelé Emmanuel Macron à revoir sa position à propos du Mercosur. L’évolution du taux de change euro-dollar, avec une appréciation de la monnaie européenne, provoquée par ces annonces quant à elle constitue pour la banque centrale française une « surprise » bienvenue. Elle n’a donc pas modifié ses prévisions de croissance économique, sachant toutefois que ces dernières avaient été revues à la baisse le 12 mars dernier, de 0,9 % à 0,7 %. Un chiffre désormais repris par le Gouvernement.
Pour autant, le gouverneur de la Banque de France insiste sur la nécessité d’agir rapidement et de façon concertée au niveau européen, qualifiant la situation d’ « urgente ». Dans la droite ligne des rapports Draghi, Letta et de la Commission européenne figurent parmi les priorités la simplification des règles communautaires, le fléchage de l’épargne et de l’investissement, en particulier vers les technologies de rupture, et l’intégration des marchés financiers. Mais s’il veut du changement, François Villeroy de Galhau reste droit dans ses bottes sur certains sujets.
Dépenses publiques
et productivité en cause
Pour lui, la maîtrise des dépenses publiques de la France constitue le premier de ses devoirs et respecter la trajectoire d’un déficit primaire à 3 % du PIB en 2029 une condition sine qua non. « Différer le retour à une meilleure situation budgétaire au nom de la croissance est un argument non valide aujourd’hui », a déclaré François Villeroy de Galhau. De son côté, le gouvernement a annoncé qu’il n’augmenterait pas les impôts en cas de dérapage du déficit. Toutefois, il prévoit dès à présent cinq milliards d’économies, dont une partie ne sera pas annulée, mais utilisée pour le financement de la défense.
François Villeroy de Galhau a également appelé à des « réformes de fond », afin d’améliorer le taux d’emploi, en particulier des jeunes et des seniors, tout comme la productivité. L’intelligence artificielle pourrait y contribuer. Pour lui, « une banque centrale n’est pas là pour soigner les causes économiques ». Le message de cette Lettre au président de la République a toutefois une portée politique indéniable : « Nous devons élever le niveau de jeu au-delà des polémiques de l’instant. »