Que nous apprennent les placements financiers des Français en 2025 ?

Créé le

20.02.2026

-

Mis à jour le

05.03.2026

Si l’économie française affiche, en 2025, une croissance résiliente, le comportement d’épargne des ménages raconte une autre histoire. Entre hausse des placements, retour à une forme de normalité financière et nouvelles dynamiques d’arbitrage, l’année se distingue par des choix révélateurs des préoccupations économiques et budgétaires des Français.

Lorsqu’il est question de qualifier l’économie française en 2025, le mot « résilience » est peut-être celui qui revient le plus souvent. Il est vrai qu’avec une croissance du PIB de 0,9 % sur l’année, c’est presque autant que l’année précédente, ou l’équivalent de la croissance potentielle ou encore de la croissance de la zone euro, si on exclut de celle-ci l’Irlande, qui enregistre un boom économique. C’est surtout une croissance près de deux fois supérieure à celle attendue l’été dernier, au plus fort de la crise politique. En cela, ce mot de résilience est clairement approprié. Pour autant, il ne convient pas pour qualifier le comportement de placements financiers des Français. Alors que les dernières informations portant sur l’année 2025 en provenance des comptes financiers restent à paraître, les placements financiers des ménages peuvent être résumés en trois mots, qui sont autant de faits saillants.

Trois mots pour résumer 2025

Hausse. Les placements financiers nets hors titres1 sont en hausse significative. Cette augmentation provient d’abord de l’épargne des ménages, dont le taux a atteint un niveau record depuis près d’un demi-siècle (hors période Covid) : 18,6 % au 2e trimestre 2025. Une explication tiendrait à leur préoccupation vis-à-vis de l’évolution des prix et du chômage. Si l’inflation est restée basse (0,9 % en moyenne sur l’année), le taux de chômage a augmenté sans discontinuer trimestre après trimestre (à 7,9 % en fin d’année). Dans une moindre mesure, les placements financiers des ménages ont également bénéficié de l’arrêt de leur désendettement, notamment en immobilier (encours en hausse de +0,2 %, après -0,7 % en 2024). Cet arrêt a ainsi moins pesé que l’année précédente sur l’ensemble des ressources dont les ménages disposent. Enfin, cette hausse des placements intervient malgré le ralentissement du pouvoir d’achat des Français (+0,6 %, après +2,5 % en 2024). C’est ainsi que la collecte nette hors titres s’est nettement accrue. À 31,4 Md€, elle a été multipliée par 1,6, après deux années quasi stables à près de 20 Md€.

Arbitrages entre les placements financiers

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Normalité. L’année 2025 a en effet retrouvé une forme plus normale s’agissant des arbitrages sur les stocks entre les placements.

Elle s’oppose à l’année 2023 qui, au contraire, avait connu des mouvements brutaux liés à une hiérarchie des taux de rémunération bousculée par la hausse des taux directeurs de la BCE en réaction à la crise inflationniste. Il s’en est suivi une baisse de l’inflation puis une normalisation des taux de la BCE et, in fine, un recul des taux réglementés et des rendements des comptes à terme, ainsi qu’une repentification de la courbe des taux. En conséquence, les arbitrages entre les placements financiers se sont sensiblement amenuisés et ont repris une forme plus habituelle.

Nouveauté. La structure des flux nets de placements a également connu une modification sensible. Les baisses des taux courts, notamment réglementés au 1er février et au 1er août, ont pénalisé les livrets A mais également les comptes à terme, au bénéfice de l’assurance vie et des dépôts à vue.

L’assurance vie largement plébiscitée par les épargnants en 2025

Cette nouvelle configuration des placements financiers s’est accentuée tout au long de l’année, avec notamment l’envolée de l’assurance-vie, qui enregistre une collecte nette record, à hauteur de 50,6 Md€, niveau inégalé depuis 2009-2010. Nous avons également assisté au très net rebond des comptes sur livrets (+11,8 Md€) et dans une moindre mesure des dépôts à vue (+5,7 Md€), ainsi qu’à la chute des comptes à terme (-7,7 Md€). Du fait des baisses des taux réglementés, la contribution des livrets A, LDDS et LEP a été légèrement négative (-0,5 Md€). Après une hémorragie depuis deux ans, l’épargne logement a un peu moins reculé (-27,4 Md€), pénalisée depuis 2018 par la fiscalisation et la faiblesse du rendement des PEL.

Émergence d’une nouvelle normalité

Les raisons de cette nouvelle normalité, comme la conjonction des deux derniers mots, sont connues. C’est d’abord lié à la repentification de la courbe des taux : l’épargne de moyen-long terme offre désormais des rendements supérieurs à l’épargne de court terme. C’est aussi expliqué par l’impact massif des deux baisses importantes des taux réglementés, avec le passage du taux du livret A de 3 % à 2,4 % au 1er février, puis à 1,7 % le 1er août. Les Français ne disaient pas autre chose ! 7 détenteurs d’un Livret A sur 10 signalaient que la diminution du taux du Livret A à 1,7 % en août dernier occasionnerait une baisse des versements, voire des retraits.

Dans le même temps, c’est une préférence pour l’assurance vie qui n’a jamais été aussi élevée, avec un renforcement de son image sur toutes les dimensions, en particulier en termes d’intérêt sur le long terme, de fiabilité/sécurité et de confiance. Pour compléter la photographie sur l’année 2025, que constate-t-on sur les placements en titres ? Projetés à 24 Md€2, ils seraient sensiblement inférieurs à 2024. Est-ce une première illustration de la volatilité sur les marchés financiers liée à l’environnement anxiogène de l’année, tant géopolitique (Liberation Day le 2 avril) que national ? Difficile d’être affirmatif tant ces flux pâtissent de révisions fréquentes, parfois de grande ampleur et y compris sur les années passées3.

Des Français toujours préoccupés par la retraite

L’inquiétude des Français n’en demeure pas moins la principale caractéristique de l’année. Mené deux ou trois fois chaque année, le baromètre Audirep-BPCE L’Observatoire permet de mesurer le sentiment des Français au cours du temps. Sans surprise, leurs préoccupations majeures restent le départ à la retraite et la transmission. Averses au risque, ils privilégient la liquidité, 61 % préférant des placements totalement disponibles mais offrant une rémunération plus faible. Leurs placements au cours de l’année 2025 signalent toutefois qu’ils sont également très sensibles au rendement offert !

Sans surprise aussi, les trois quarts des Français sont inquiets par la situation politique et budgétaire de la France. En hausse sur les dernières années, ce niveau d’inquiétude progresse avec l’âge et touche désormais 9 Français sur 10 âgés de 65 ans et plus. Cette inquiétude concerne en particulier les personnes aisées, les artisans, les chefs d’entreprise et les cadres.

Niveau d’inquiétude des Français face au contexte politique en général et selon l’âge

À la question, la situation des finances publiques (dettes, déficit) vous inquiète ?, solde d’opinions en %

À travers une modélisation économétrique, le comportement d’épargne des Français est expliqué sur une période longue de plus de 40 ans. Celui-ci dépend usuellement du pouvoir d’achat, de l’inflation et des taux d’intérêt. Il est également lié au solde public de la France, selon un effet dit d’équivalence ricardienne : quand les ménages anticipent une hausse future des impôts en cas de dérive du déficit public, les plus aisés augmentent leur épargne pour s’y préparer. Une désépargne publique s’accompagnerait d’une sur-épargne privée et vice-versa. D’après cette modélisation, l’accentuation du déficit public d’un point supplémentaire renforcerait le taux d’épargne de 0,32 point la première année et de 0,55 point au bout de trois ans. La dérive du déficit public depuis deux ans serait donc à l’origine d’une hausse du taux d’épargne de 1,2 point.

Estimation du taux d’épargne des ménages

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Pour autant, la modélisation sous-estime le niveau du taux d’épargne de deux points sur l’année 2025. Trois explications peuvent être avancées. La première correspondrait à d’éventuels effets de non-linéarités : la réaction précédente serait ainsi sous-estimée du fait de l’ampleur du déficit sur ces dernières années. La deuxième explication proviendrait d’un impact plus sensible sur l’épargne des Français âgés de 65 ans et plus. Comment ne pas y voir une réaction de cette population alors même que le débat sur les retraites a été au cœur de l’actualité, tout comme des mesures budgétaires envisagées et centrées sur les retraites (suppression de l’indexation des pensions sur l’inflation et de l’abattement de 10 %). D’ailleurs, deux tiers de la hausse du taux d’épargne en 2024 seraient le fait de cette population4. La troisième explication viendrait attribuer une partie de la sous-estimation du taux d’épargne de 2025 à l’incertitude politique et aux tensions géopolitiques, par nature anxiogènes et propices à freiner les dépenses de consommation.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº914
À retenir : une nouvelle normalité en 2026
Les placements des Français pourraient retrouver une certaine normalité, qui pourrait s’accompagner d’une baisse de l’incertitude. D’ailleurs, l’adoption récente du budget y a contribué favorablement, avec des effets visibles sur le spread de la France, voire sur les indices boursiers. Il pourrait également en découler une légère baisse du taux d’épargne des Français, malgré le faible ajustement budgétaire attendu. Et une croissance plus forte que celle, déjà résiliente, de 2025. Des projections encore à confirmer.
Notes :
1 Placements nets des retraits, hors titres et intérêts.
2 En effet, les données disponibles pour les titres s’arrêtent au 3e trimestre.
3 À titre d’illustration, ils sont de 37,3 Md€ en 2024 dans les comptes nationaux financiers du 3e trimestre 2025, soit une révision à la hausse de +22 Md€ par rapport aux comptes du 2e trimestre. Cette révision provient principalement des OPC non monétaires (13,8 Md€ supplémentaires) et des actions cotées (+4,2 Md€).
4 Insee, note de conjoncture juin 2025.