Londres multiplie les initiatives
pour ranimer l’économie britannique

Créé le

23.05.2024

Face à une économie en berne et une forte attrition de la Bourse de Londres,
la capitale britannique tente de ranimer son marché de capitaux et
ses investissements de long terme. Les fonds de pension sont incités à soutenir
les actions domestiques et les actifs non cotés.

Àl’occasion de la présentation du Budget de printemps le 6 mars, le Chancelier de l’Échiquier Jeremy Hunt a annoncé une série de consultations dont l’une porte sur l’introduction d’un nouveau produit d’épargne (British ISA) auquel ne seraient éligibles que des actions ou des obligations cotées au Royaume-Uni ainsi que des obligations souveraines britanniques (gilts). Le nouveau produit bénéficiera d’une exonération fiscale de 5 000 livres qui s’ajoute à l’exonération annuelle de 20 000 livres pour tous les produits ISA souscrits par un particulier.

Au travers du lancement de cette consultation, le gouvernement prend acte des recommandations formulées par le cabinet New Financial dans un rapport destiné à la Capital Markets Industry Taskforce, un groupe de travail sur l’industrie des marchés de capitaux, annoncé en juillet 2023 et présidée par Julia Hoggett, directrice générale de la Bourse de Londres. Dans un rapport publié en novembre 2023, New Financial jugeait ainsi que la réforme du système des ISAs pouvait permettre de débloquer 10 milliards de livres supplémentaires par an d’investissement dans les actions britanniques. « Un moyen plus rapide et plus facile », selon le cabinet, que celui consistant à inciter les fonds de pension et l’industrie de l’assurance à réinvestir massivement dans des actions domestiques. Au cours des 25 dernières années, les fonds de pension se sont en effet désinvestis massivement des actions, passant, selon New Financial, d’une allocation d’environ 73 % en 1997 à 27 % en 2021.

La pondération des actions

Durant cette même période, l’exposition aux actions britanniques est passée de 53 % à seulement 6 %. « Les facteurs de rendement constituent le principal élément à prendre en compte dans les décisions d’allocation d’actifs, au même titre que la diversification et la gestion des risques. Nombreux sont ceux qui affirment cependant que les arguments en faveur d’une surpondération de l’investissement au Royaume-Uni ne sont pas suffisants », estime Alison Leslie, responsable de l’investissement sur les fonds à cotisations définies chez Hymans Robertson. Et d’ajouter, « sur les quinze dernières années, et encore aujourd’hui, le marché des actions britanniques a été moins performant qu’une approche plus globale et diversifiée sur presque toutes les périodes. De nombreux régimes de retraite se sont délibérément éloignés et continuent de s’éloigner des allocations britanniques qui sont plus élevées que l’indice MSCI (environ 4 %) en raison de la sous-performance persistante et de la concentration du marché britannique ».

Le Chancelier de l’Échiquier n’a pas pour autant l’intention de relâcher la pression. Les fonds de pension à cotisations définies et les fonds des administrations locales (Local Government Pensions Scheme, LGPS) vont devoir rendre publiques les parts de leurs investissements en actions britanniques. « Le régulateur financier (FCA) craint que cette divulgation n’incite les fonds de pension à investir davantage dans des actifs britanniques, alors que les arguments en faveur de l’investissement ne sont toujours pas convaincants, avance Alison Leslie. Il y a là une friction potentielle entre les ambitions du Chancelier de l’Échiquier et le devoir de la FCA de s’assurer que les initiatives protègent les membres et le cadre de marché. »

Le capital investissement aussi

Les fonds de pension sont aussi sollicités pour investir dans les actifs privés. À l’automne 2021, la FCA a créé un nouveau régime réglementaire autorisant la création du LTAF (Long Term Asset Funds), une nouvelle catégorie de fonds ouverts à capital variable conçu pour investir dans des actifs à long terme, moins liquides. Le régulateur a autorisé le gérant Schroders à lancer le premier de ces fonds d’actifs à long terme au Royaume-Uni en mars 2023. « La liquidité, dans un fonds à cotisations définies, est une préoccupation majeure et les investissements dans les marchés privés nécessitent d’être équilibrés en regard des exigences de liquidité du dispositif, poursuit Alison Leslie. Le LTAF a été conçu dans cette optique. »

En juillet dernier, le Chancelier de l’Échiquier britannique a également conclu un accord avec neuf des plus gros fonds de pension britanniques dont Aviva, Scottish Widows ou Legal & General, afin qu’ils s’engagent à allouer 5 % de leurs actifs dans des entreprises non cotées, soit jusqu’à 50 milliards de livres d’investissement d’ici à 2030, comparé à moins d’1 % aujourd’hui. « Essayer d’injecter de l’argent sur un marché pour des raisons non financières entraîne souvent des rendements inférieurs et constitue un risque, nuance Iain Campbell, responsable des administrations locales au sein d’Hymans Robertson. La clé serait, comme le souhaite le gouvernement britannique, que l’augmentation de l’offre de capital rende le marché britannique plus attractif pour les cotations, ce qui permettrait notamment d’avoir un marché plus diversifié ». 

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº893bis