Les marchés de capitaux constituent
le noyau dur de l’écosystème américain

Créé le

23.05.2024

S’appuyant sur des marchés financiers profonds et diversifiés, les États-Unis construisent l’économie de demain avant tout avec les capitaux privés.

La loi sur les infrastructures, le Chips Act et l’IRA (Inflation and Reduction Act) adoptés sous l’administration Biden marquent la volonté publique de soutenir la croissance et l’innovation. Avec pas moins de 370 milliards de dollars de subventions et de crédits d’impôt pour accélérer la transition énergétique rien que pour l’IRA, la manne des incitations fiscales se veut massive. Mais elle vise surtout à doper l’investissement privé indispensable pour répondre aux besoins de financement long terme de l’économie américaine. « Nous avons vu les investissements augmenter de manière significative. Les entreprises ont annoncé près de 650 milliards de dollars d’investissements dans les énergies vertes et l’industrie manufacturière à travers le pays depuis le début de l’administration », a souligné la secrétaire au Trésor, Janet Yellen, le 13 mars. Car aux États-Unis, ce sont les marchés et les investisseurs directs – institutionnels ou particuliers – qui assurent le flux de capital dans la sphère économique.

Selon la SIFMA (Securities Industry and financial markets Association), les marchés de capitaux américains financent plus de 70 % de l’ensemble de l’activité économique que ce soit par les actions et par l’emprunt des sociétés non financières. À eux seuls, les marchés actions y pèsent 45 % de la capitalisation mondiale en 2023 à 49 000 milliards de dollars – près de quatre fois le marché européen.

Des pools de capitaux massifs

Une taille qui repose sur d’importants viviers de capitaux à long terme pour l’État et les entreprises. Ces pools sont constitués des fonds de pensions, des actifs des sociétés d’assurance et des investissements directs des particuliers qui placent une bonne partie de leur épargne sur les marchés. Les deux premiers disposent d’une forte capacité d’investissement et d’un horizon long propice aux investissements long terme comme ceux nécessités par les infrastructures et la transition énergétique ou numérique. Et ils en ont les moyens : les fonds de pension représentent en moyenne 173 % du PIB entre 2019 et 2022 contre 32 % pour l’Union européenne selon l’OCDE. CalPERS (California Public Employees Retirement System), le premier fonds de pension public américain avec plus de 460 milliards de dollars d’actifs, a récemment investi 2 milliards de dollars dans un fonds géré par Global Infrastructure Partners (GIP) et dans Harbert Gulf Pacific Power (HGGP) une joint-venture axée sur les investissements dans les infrastructures électriques nord-américaines. La caisse de retraite des enseignants de Californie (CalSTRS) a engagé 1,3 milliard de dollars dans un portefeuille d’actifs privés dédié aux stratégies à faible émission de carbone en 2023. Le fonds commun de retraite de l’État de New York a également doublé son engagement en matière d’investissements durables et climatiques à 40 milliards de dollars d’ici 2035.

Un large éventail de financements

L’investissement long terme outre-Atlantique bénéficie aussi d’une grande diversité des sources de financement et des véhicules disponibles.

Alors 75 % des entreprises européennes se financent par des prêts bancaires, 76 % des firmes américaines collectent près de 700 milliards de dollars chaque année sur le marché obligataire. En janvier, elles ont vendu le montant record de 188,57 milliards de dollars d’obligations. Autre source de financement, le capital-risque qui finance l’innovation des jeunes pousses et leur croissance. Les investisseurs privés ont injecté 170,6 milliards de dollars dans les start-up en 2023 selon PitchBook.

Quant aux véhicules long terme, les obligations d’entreprises ou les bons du Trésor peuvent avoir des échéances de cinq à trente ans, ce qui peut financer des projets d’envergure et répondre aux besoins des investisseurs particuliers ayant un objectif de moyen-long terme comme le financement de l’université ou de la retraite.

Au total, les trois lois de soutien de la compétitivité des États-Unis prévoient plus de 2 000 milliards de dollars de financement fédéral direct et indirect d’ici 10 ans. « En offrant des incitations à long terme, nous encourageons le secteur privé à investir à grande échelle », a déclaré l’ancien directeur du Conseil économique national, Brian Deese.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº893bis