Législatives

La dette française sous tension

Créé le

19.06.2024

-

Mis à jour le

08.07.2024

Annoncée par Emmanuel Macron après la victoire du Rassemblement national (RN) aux élections européennes, la dissolution de l’Assemblée nationale a nourri les craintes d’une cohabitation. Moody’s, qui a maintenu le 26 avril la note française à Aa2 avec perspective stable, a rapidement prévenu que « les prochaines élections législatives augmentent les risques pour la consolidation budgétaire, ce qui est négatif pour la notation de crédit ». Jugeant « peu probable » que le parti vainqueur dispose d’une majorité absolue, l’agence considère « élevé » le risque d’une instabilité politique accrue, l’Assemblée nationale ne pouvant pas être de nouveau dissoute pendant un an. Alors que les Obligations Assimilables du Trésor (OAT) françaises à 10 ans s’échangeaient à un rendement de 3,18 % le 17 juin, contre 3,09 % le 7 juin, l’écart de taux (spread) entre l’OAT et le Bund allemand à 10 ans s’est creusé de 32 points de base (pb) touchant les 80 pb, bien au-dessus des 66 pb observés au début du Covid. Les Credit Default Swaps (CDS), produits de couverture contre le risque de défaut, se sont tendus de 16,5 pb à 39,5 pb pour la France dans un scénario de sortie de la zone euro (Frexit). Ces derniers avaient atteint les 49,5 pb en mars 2020. « Si le RN applique son programme, une crise de la dette est possible en France (...), a déclaré le ministre des finances, Bruno Lemaire, le 11 juin. Nos créanciers s’inquiètent, commencent à bouger, à froncer le sourcil ». Au vu de la nervosité des marchés de taux, le risque le plus immédiat est celui d’un renchérissement du coût de financement de l’État. Dans son Projet de loi de finance pour 2024, ce dernier présentait une hypothèse du taux à l’émission des OAT à 10 ans, à fin d’année, à 3,50 %. Selon l’Agence France Trésor, entre le 1er janvier et le 31 mai 2024, le taux moyen pondéré des émissions d’OAT, toutes maturités confondues, s’élevait à 2,89 %, contre 3,03 % en 2023 et 1,43 % en 2022.

D’un côté la Banque Centrale Européenne amorce une baisse de ses taux, de l’autre la Banque de France a revu ses prévisions de PIB de 1,5 % à 1,2 % pour 2025 et de 1,7 % à 1,6 % en 2026. Le prochain gouvernement ne bénéficiera probablement pas d’une reprise tonique et héritera surtout de comptes budgétaires dégradés. En 2023, la dette publique a atteint 3 101 milliards d’euros. L’État a dès lors relevé ses cibles de déficit de 4,4 % à 5,1 % en 2024 et de 3,7 % à 4,1 % en 2025. « Toute réduction des dépenses ou mesures visant à atteindre ces objectifs [de déficit] est susceptible d’être concentrée en 2025 en raison des élections présidentielles de 2027 », note Moody’s qui juge possible que les objectifs soient abandonnés sur fond de politique volatile. « La fragmentation politique accroît l’incertitude sur la capacité du gouvernement à poursuivre la mise en œuvre de politiques qui augmentent le potentiel de croissance économique et abordent les déséquilibres budgétaires », indiquait S&P dans sa décision de dégrader de AA à AA- la note de la France, le 31 mai. Selon l’agence, en 2027, la dette atteindrait 112,1 % du PIB et les intérêts 5 % des recettes.

Thomas Leocadio, Co-Head Supranational, Sub-Sovereign and Agency, Debt Capital Markets chez Natixis CIB, se veut toutefois rassurant : « Quelle que soit l’issue des législatives, la dette française reste une des dettes souveraines les plus liquides en Europe et devrait continuer d’avoir le soutien des investisseurs qui réagiront en fonction de l’impact du programme économique et budgétaire du futur gouvernement. » Il anticipe une hausse de la volatilité des marchés au deuxième semestre à l’approche des élections américaines, une victoire de Donald Trump pouvant avoir des répercussions plus globales.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº894
Le spread de la France dépasse son niveau du début de la crise du Covid
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