Heureusement qu’il y a l’euro !

La France, passager clandestin de l’Europe

Créé le

06.11.2025

-

Mis à jour le

07.11.2025

Des déficits publics en hausse, une croissance économique sans perspectives, un système éducatif peu efficace... Pendant ce temps, nos voisins et partenaires se bougent et nous financent. Mais est-ce bien tenable ?

Notre pays peut s’enorgueillir de sa puissance passée ou de son poids politique. Économiquement, pas grand-chose ne va ! La France présente une situation très dégradée à la fois de ses finances publiques, de son économie et de son système éducatif. Sans appartenance à l’euro, il y aurait déjà eu une forte dépréciation du taux de change et une forte hausse des taux d’intérêt de la France.

Prenons les points dans l’ordre. En 2025, le déficit public est de 5,4 % du produit intérieur brut (PIB). Pour 2026, les agences de rating pensent qu’il sera à peu près le même, en raison de l’absence totale de consensus concernant la nécessité de stabiliser assez rapidement le taux d’endettement public. Conséquence : le taux d’intérêt à long terme est supérieur au taux de croissance nominale de long terme.

Pour stabiliser le taux d’endettement public rapporté au PIB, il faudrait que la France transforme son déficit public primaire hors intérêts sur la dette, soit 3,2 % du PIB en 2025, en excédent budgétaire primaire de plus d’un point de PIB. Ce qui veut dire qu’une réduction du déficit primaire de 130 milliards d’euros est nécessaire pour que le taux d’endettement public n’augmente plus. Cette économie sur les dépenses publiques ou cette hausse d’impôts est inimaginable aujourd’hui. La poursuite de la hausse du taux d’endettement public est donc inéluctable...

Croissance : pas d’éclaircie en vue

Cette situation se profile alors que l’économie de la France est en mauvais état. La productivité du travail est plus de deux points plus basse aujourd’hui qu’en 2019 (voir graphique) et le taux d’emploi des jeunes et des personnes de plus de 60 ans est anormalement bas. De surcroît, le poids de l’industrie des nouvelles technologies et celui de l’industrie manufacturière dans le PIB sont très faibles.

Les recettes pour redresser la productivité sont connues : il faudrait que les entreprises investissent davantage et fassent un effort de recherche et développement (R&D) plus grand. Et pour redresser le taux d’emploi, il faudrait, d’un côté, une réforme du système éducatif et, de l’autre, un report de l’âge de la retraite. Vu la situation, la probabilité d’un redressement de la croissance est donc aujourd’hui très faible.

Combien ça fait, 2 plus 3 ?

Un mot s’impose sur notre système éducatif : sa qualité est très dégradée. Régulièrement, un programme de l’organisation pour la coopération et le développement économiques (OCDE) mène un programme sur le sujet : Pisa, en français programme international pour le suivi des acquis des élèves. La dernière enquête Pisa publiée classe la France nettement derrière le Japon, le Canada, la Finlande pour son score moyen. Un score qui baisse d’enquête en enquête !

Alors que Pisa s’intéresse aux enfants de quinze ans, l’enquête TIMMS sur la performance en sciences et en mathématiques couvre les enfants de CM1 et de quatrième. Résultat : le niveau des jeunes français en la matière est très faible, considérablement inférieur à celui des pays d’Asie, des pays d’Europe de l’Est, du Royaume-Uni, de la Turquie, des Pays-Bas, de la Suède, de la Finlande, de l’Australie, de l’Allemagne, du Danemark... Et on ne voit pas de signe de redressement de ce niveau du système éducatif de la France.

Comment échappons-nous au syndrome Mitterrand ?

Si la France avait sa propre monnaie et sa propre banque centrale, il est certain que son taux de change se déprécierait fortement et que ses taux d’intérêt monteraient beaucoup. Nous aurions connu, dans la période récente, une réaction des marchés financiers semblable à celle observée après l’élection de François Mitterrand en 1981. Mais l’appartenance à l’euro change tout ! Personne n’imagine que la France puisse faire défaut sur sa dette publique. Un défaut, une restructuration de la dette de la France serait inacceptable pour la Banque Centrale Européenne (BCE).

En effet, un tel défaut ruinerait la confiance des investisseurs dans la qualité de tous les actifs financiers émis en euros et aboutirait à la disparition de la monnaie unique. Pour l’éviter, la BCE interviendrait donc par des achats de dette française. Anticipé par les investisseurs, ce comportement explique que le spread de taux d’intérêt entre la France et l’Allemagne est à peine supérieur à 80 points de base.

De la même façon, le taux de couverture – c’est-à-dire le ratio entre le volume demandé par les investisseurs et volume adjugé par l’Agence France Trésor – sur la dernière adjudication d’Obligations assimilables du Trésor va de 2,42 à 3,49 selon les maturités. Il n’y a donc aucune difficulté grave de financement du déficit public de la France, en dépit de la mauvaise situation des finances publiques, de l’économie et du système éducatif.

La France recule, l’Europe avance

Dans le même temps, les autres pays européens ont fait beaucoup d’efforts pour améliorer leur économie. Après la crise de la zone euro, les pays du sud de l’Europe (Italie, Grèce, Portugal, Espagne) ont fortement réduit leur déficit public, essentiellement en coupant dans les dépenses sociales. Les pays du nord de l’Europe, eux, font un effort remarquable au profit de leur système éducatif. Ils se distinguent également en termes de dépenses de R&D, ce qui maintient dans ces pays une croissance importante de la productivité du travail.

La France, elle, ne réduit pas son déficit public, laisse la productivité du travail reculer et son système éducatif se dégrader. Avec l’euro, elle bénéficie du soutien des autres pays européens, qui financent ses déficits publics, et de la BCE, qui interviendrait en cas de risque de défaut. Il s’agit du cas clair de situation de passager clandestin, la France bénéficiant des efforts des autres pays sans en réaliser de similaires.

$!La France, passager clandestin de l’Europe
À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº910
Productivité : toujours en retard
C’est l’un des indicateurs en matière de croissance économique. La productivité mesure le rapport entre la valeur ajoutée qui est produite et l’emploi nécessaire pour produire. Tendanciellement, la productivité française s’est améliorée depuis les années 2010. Jusqu’à la crise du Covid-19, marquée par une forte baisse de la production. Après un inévitable rattrapage, la tendance légèrement haussière a repris son chemin. Insuffisant toutefois pour retrouver les niveaux de 2019.