Un certain nombre d’ouvrages sont récemment sortis au sujet de la problématique de la dette. Pourquoi en publier un de plus ? Qu’apporte le vôtre ?
L’évolution de la dette publique française est extrêmement préoccupante. Mon propos vise à démontrer qu’on évolue dans le cadre d’un cercle vicieux et que le problème dépasse largement la sphère économico-financière. L’aspect le plus original du livre concerne la mise en lumière d’un lien entre dette et démocratie. Plus précisément, j’explique que la non-maîtrise de notre dette est le miroir de nos renoncements collectifs ; c’est le signe d’une démocratie qui ne sait plus ni décider ni arbitrer. On évolue aujourd’hui dans ce que j’appelle une « hyper-démocratie », où les droits progressent et les devoirs s’effacent, où les attentes collectives augmentent plus vite que la capacité à les financer.
Ce refus de hiérarchiser les priorités, de concilier droits et devoirs a non seulement un coût financé par la dette, mais il est aussi générateur de déceptions, et donc de défiance à l’égard des institutions ainsi que des contribuables entre eux, car ils doutent de l’équité des prélèvements obligatoires et des redistributions. Cette défiance est d’autant plus forte que ces derniers perçoivent une détérioration des services publics et des perspectives économiques.
Vous dénoncez la mise en avant de solutions que vous qualifiez d’ « illusoires »...
Oui, car elles sont dangereuses ! Il faut comprendre la mécanique du cercle vicieux dans lequel évolue la France. Figurant parmi les pays de l’OCDE ayant les taux de prélèvements obligatoires (44 % du PIB en 2025) et de dépenses publiques (57 % du PIB) parmi les plus élevés, notre pays accumule un déficit et une dette (désormais 116 % du PIB ) allant croissant. La France souffre d’un excès de dépenses publiques et a l’illusion de croire que l’augmentation des impôts – déjà parmi les plus lourds du monde – peut être une solution. Or plus notre fiscalité s’alourdit, plus la compétitivité des entreprises et l’attractivité du travail diminuent, entraînant à la baisse le taux d’emploi donc la base des impôts et des cotisations. D’où une aggravation du déficit et donc la tentation de renforcer encore la fiscalité. C’est un cercle vicieux ! On comprend bien que, face au surendettement public, l’augmentation de la pression fiscale est une fausse piste.
Dans le registre des solutions illusoires qui surgissent régulièrement figure également le maintien artificiel de taux d’intérêt très bas, ce qui favorise les bulles, notamment immobilières, sans corriger les excès structurels d’endettement. Ou encore l’annulation de la dette publique détenue par les banques centrales : celle-ci ne résoudrait pas non plus le problème, car les États, propriétaires des instituts d’émissions, verraient fondre leurs dividendes et perdraient ainsi d’une main ce qu’ils gagneraient de l’autre.
Dès lors, quelles sont vos préconisations ?
Il faut sortir d’un modèle où la dette est devenue la variable d’ajustement de promesses accumulées et restaurer la confiance, tant économique que politique. Cela implique de clarifier les missions de l’État, déterminer les responsabilités de chacun et faire la part entre ce qui doit relever de la collectivité et ce qui doit reposer sur l’individu. Réformer ne revient pas à affaiblir l’État social, mais à lui redonner les moyens de durer.
Voilà pourquoi je préconise un plan de redressement fondé sur trois pivots : d’abord, une réduction des dépenses publiques inefficaces pour dégager rapidement des marges d’investissement ciblées ; ensuite, le lancement de réformes structurelles précises – retraites, marché du travail, formation, organisation de l’État, gouvernance budgétaire – avec des objectifs chiffrés ; et enfin, une remise en ordre dans les dérives de la démocratie en mettant fin à l’illusion de droits toujours croissants sans contreparties en termes de devoirs.