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L’Allemagne, pour (re)découvrir
les atouts des marchés domestiques

Créé le

19.08.2025

-

Mis à jour le

26.08.2025

Notre voisin a changé de coalition et de cap économique.
À la clef : de forts investissements et un rebond probable
de la croissance domestique. L’occasion de s’intéresser
plus au Mittelstand qu’au DAX 40.

Le 14 février 2025, l’Allemagne faisait irruption dans les actualités financières avec l’annonce d’un plan de déploiement de capitaux dans ses infrastructures et vers le secteur de la défense. Destiné à sortir l’économie allemande de sa torpeur, ce plan arrive à point nommé, dans un environnement international mouvant, notamment du fait de la politique douanière de Donald Trump. On parle ici de plus d’un trillion susceptible d’être investi grâce à la commande publique allemande sur les dix prochaines années. La première tranche sera déployée dès 2026. Son montant : 300 milliards.

Ce mouvement semble hautement stratégique et la nouvelle coalition fondée par Friedrich Merz paraît avoir compris le nerf de la guerre : attirer les capitaux grâce à une politique pro-business, dynamiser l’investissement dans les nouvelles technologies et offrir à l’Europe un leadership économique fort a un moment stratégique de son histoire. Le virage de l’Allemagne a été pris en quelques mois avec des mesures pragmatiques fortes, ne serait-ce que dans la constitution du nouveau gouvernent où des anciens dirigeants d’entreprises viennent se mouiller pour la cause publique. De surcroît dans des ministères de haute importance tel que l’économie (Katharina Reiche, ex E.ON) ou le numérique et modernisation de l’état (Karsten Wildebeger, ex Ceconomy). C’est un signe fort donné au monde de l’entreprise allemand et aux marchés financiers.

Un climat devenu pro business

Les bonnes nouvelles ne s’arrêtent pas là. En juin, le chancelier Merz annonçait la fin du moratoire anti-nucléaire après avoir, un peu plus tôt, opéré un lobbying auprès de l’Union européenne pour une simplification normative afin d’alléger les pressions sur les acteurs qui entreprennent, investissent et innovent. La réduction des normes est un axe important de la nouvelle politique allemande : sans coûter un centime, elle peut à moyen terme déverrouiller la croissance et l’innovation. Les bonnes nouvelles ne semblent pas s’arrêter là puisqu’un plan de réduction de la fiscalité des entreprises – on parle de 50 milliards – est également en discussion.

Dans la pénombre de l’économie mondiale, l’Allemagne semble une lueur. Encore trop tôt pour mesurer l’impact réel de toutes ces mesures sur la croissance allemande, mais depuis le début d’année, les marchés semblent saluer la nouvelle dynamique. Le Dax 40, principal baromètre de la place de Francfort, progresse, mi-août 2025, de 20 % depuis le début de l’année après de solides années en 2023 et 2024. Derrière cette belle performance, d’importants mouvements de capitaux des États-Unis vers l’Allemagne, principalement via des fonds indiciels cotés. Bref, ce mouvement est donc très spéculatif, venant principalement d’investisseurs en manque de bonnes nouvelles au niveau international.

Les grandes valeurs
ont déjà fait le chemin

De surcroît, pour viser le redémarrage de l’économique domestique allemande, le Dax 40 est un outil imparfait (voir encadré). À la différence du Mittelstand. De nombreuses grandes capitalisations ont déjà anticipé une partie des récentes mesures de relance budgétaire, comme le Pacte vert pour l’Europe ou la loi allemande sur les opportunités de croissance, dans l’évolution de leurs cours. En revanche, cet effet ne s’est pas encore fait sentir pour les petites et moyennes capitalisations. Les entreprises de taille moyenne de qualité devraient bénéficier de manière disproportionnée, à long terme, des programmes d’investissement annoncés, dès que les mesures de relance auront un impact sur l’économie réelle.

Le Mittelstand, ce n’est pas simplement un univers, celui des petites et moyennes sociétés. C’est une philosophie de gestion prudente, un ancrage territorial et souvent, une volonté nette de spécialisation. Lorsqu’elles sont cotées, ces valeurs constituent une alternative intéressante, en particulier dans les phases où les facteurs fondamentaux reprennent de l’importance. Et où les flux en perdent ! D’une part, nombre de ces entreprises occupent une position de leader sur leur marché de niche. Ce sont les hidden champions, les champions cachés. Elles ont une capacité d’innovation supérieure à la moyenne et des opportunités de croissance durable.

Un terrain de jeu idéal
pour gérant actif

Deuxièmement, le marché des valeurs secondaires est nettement moins efficient que celui des grandes capitalisations, car aussi moins suivi par les analystes financiers. Cela offre aux gestionnaires de fonds actifs des opportunités de générer de la performance grâce à une recherche intensive. Troisièmement, de nombreuses petites et moyennes bénéficient des changements structurels en Allemagne : malgré les incertitudes géopolitiques, les entreprises fortement exportatrices deviennent les moteurs de la transformation industrielle dans des domaines tels que l’automatisation, la technologie médicale ou les technologies vertes.

À l’heure où la dynamique outre-Rhin est très positive à court et moyen terme et on peut penser qu’en cas de retour de la croissance, l’économie allemande devrait avoir la faveur des investisseurs pour le plus long terme. De plus, en cas de retour de la croissance, l’impact du plan sur les finances allemandes sera amoindri, renforçant le rayonnement économique allemand sur l’Europe sans détérioration particulière des finances publiques. Mais quel type de valeurs privilégier ?

La défense devenue chère

Nombreux sont ceux qui ont massivement joué la dynamique récente sur la défense. Mais malgré une géopolitique qui suggère toujours plus d’argent déployé dans ce secteur, les valorisations sont aujourd’hui chères pour l’essentiel des entreprises. Sorti de ce secteur, le Mittelstand allemand regorge d’opportunités d’investissement dans des entreprises, plus ou moins liées à ce segment, encore peu valorisées par rapport à leur potentiel de croissance de l’activité où des marges.

Premier exemple : Alzchem, fabricant de produits chimiques spécifiques. Alzchem est à ce jour, la seule société hors Chine produisant du Nitroguanidine, nécessaire à la fabrication de certaines munitions. Les États-Unis et l’Allemagne se sont entendus pour co-financer des usines de fabrication de Nitroguanidine et la société devrait bientôt représenter 30 % du marché, l’activité étant à marges élevées.

Une idée qui fait tilt

Du côté des investissements dans les infrastructures et des secteurs de la construction, les exemples de champions cachés sont nombreux. On peut citer Vossloh, spécialiste des infrastructures ferroviaires, ou l’ équipementier spécialisé dans la construction Wacher Neuson. En deuxième ligne, nous retrouvons des sociétés telles que Thyssen, exposée à la fabrication d’acier et également, pour une partie de son activité, au secteur de la défense.

Les Allemands semblent bien déterminés à prendre le leadership économique européen par une politique de relance économique imposante et un soutien concret aux entreprises.

Depuis la France, nous ne pouvons espérer que la contagion à notre économie de cette ambition germanique. Du côté des investissements, il semble aujourd’hui impératif de considérer la zone Allemagne comme à part entière dans les allocations Europe et privilégier l’investissement via une sélection rigoureuse de gérants actifs, connaisseurs de leur univers. À long terme, ce tilt allemand devrait être générateur d’alpha pour toute allocation européenne en petites et moyennes valeurs.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº907
Les dessous du DAX
Dites Deutscher AktienindeX. Traduction littérale : « indice actions allemand ». Prenez la première lettre des deux mots et la dernière du dernier et vous découvrez l’indice boursier allemand de référence, le DAX. Longtemps, comme le Dow Jones Industrial américain, il fut composé de 30 valeurs. En septembre 2021, sa composition est passée à 40 valeurs, comme le CAC 40 français.
À la différence près que la version la plus diffusée de l’indice allemand est calculée dividendes réinvestis,
à la différence de son homologue hexagonal. Aujourd’hui, le DAX représente donc les 40 entreprises les plus importantes et les plus liquides du pays, cotées
à la Bourse de Francfort. Il sert donc souvent d’indicateur de la situation économique générale et du climat sur
les marchés financiers allemands. Parmi les entreprises les plus connues figurent des groupes, tels que Volkswagen, Siemens, BASF et Deutsche Bank.
En pratique, le DAX est dominé par un petit nombre d’entreprises cycliques et de grandes sociétés. Donc moins sensible aux décisions de la nouvelle coalition. Bon à savoir : le DAX est exposé à l’économie domestique allemande à hauteur d’environ 20%. Il est donc plus impacté par les droits de douane de Donald Trump ou les décisions de Xi Jipping que par les ambitions de Friedrich Merz.