La Banque Centrale Européenne (BCE) a baissé ses taux directeurs de 25 points de base le 6 juin, ramenant celui des opérations principales de refinancement à 4,25 %. Cette décision prise après une pause monétaire de neuf mois s’appuie sur l’évaluation actualisée des perspectives d’inflation, de la dynamique de l’inflation sous-jacente et sur l’efficacité de la transmission de la politique monétaire qui rend les conditions de financement restrictives. L’inflation en zone euro, qui avait dépassé les 10 % l’automne 2022, a continué de refluer entre août 2023 et avril 2024, reculant de 5,2 % à 2,4 %. Toutefois, en mai, elle s’est légèrement accélérée à 2,6 %. Constatant toujours de « fortes » tensions sur les prix d’origine interne en lien avec la croissance élevée des salaires, l’institution monétaire voit l’inflation rester au-dessus de la cible de 2 % encore un bon moment.
En juin, elle a relevé ses projections d’inflation de 2,3 % à 2,5 % pour 2024, de 2 % à 2,3 % en 2025 tout en maintenant celle pour 2026 à 1,9 %, tandis que la croissance se redresserait à 0,9 % en 2024 (contre 0,6 % prévu en mars), à 1,4 % en 2025 (contre 1,5 % auparavant) et 1,6 % en 2026. Le maintien des pressions inflationnistes rend surtout moins plausible le scénario dans lequel la BCE enchaînerait les baisses des taux. « Les données récentes sur l’inflation dans la zone euro indiquent qu’il n’est pas nécessaire qu’elle réduise à nouveau ses taux lors de sa prochaine réunion de politique monétaire en juillet, mais nous pensons qu’un nouvel assouplissement pourrait avoir lieu en septembre », commente dans une note Monica Defend, directrice d’Amundi Investment Institute. Dans un blog, les économistes et chercheurs de la Banque de France notent qu’en zone euro, comme aux États-Unis, « près de 95 % de la transmission du resserrement monétaire aux conditions de financement serait accomplie dans les 12 mois suivants la hausse des taux » mais que la transmission des hausses de taux à la demande agrégée et à l’inflation « s’opère moyennant des délais plus longs et plus variables » et « pourrait ne pas être terminée à ce stade ». D’ailleurs, n’ayant relevé aucun progrès supplémentaire vers l’objectif de 2 % d’inflation, la Réserve fédérale américaine, qui s’est réunie le 12 juin, a laissé inchangée la fourchette cible du taux des fonds fédéraux à 5,25 à 5,50 %.