Critiqué de toute part, le programme de stabilité 2024-2027 élaboré par le gouvernement français pour éviter un nouveau dérapage budgétaire a réussi à convaincre deux grandes agences de notation. Le 26 avril, Fitch et Moody’s ont laissé inchangée la note de l’Hexagone respectivement à AA- et Aa2. Alors que la première avait déjà préparé les marchés à une stabilisation de cette dernière, la seconde justifie sa décision par la richesse, la diversification et les tendances démographiques favorables de l’économie française, tout en précisant que les évolutions du crédit depuis son comité de notation de fin 2022 sont conformes à ses attentes. Ces décisions enlèvent un peu de pression à l’État.
Qui plus est, la perspective est restée stable dans les deux cas alors même qu’aucune d’entre-elles ne voit le pays ramener le déficit sous le seuil de 3 % du PIB d’ici 2027. Fitch rappelle que la France n’a respecté le critère de déficit fixé par l’Union européenne (UE) que quatre fois au cours des vingt dernières années et que son déficit est « le deuxième plus élevé après l’Italie dans la zone euro », avant d’ajouter : « La France sera placée sous la Procédure de Déficit Excessif (PDE) plus tard ». Pour Moody’s, le dérapage du déficit en 2023, qui a atteint 5,5 % du PIB, contre 4,9 % prévu, rend peu probable l’atteinte de la cible de 2,9 % du PIB d’ici 2027. Selon elle, les objectifs annuels de déficit « seront probablement manqués ».
Alors que le Fonds monétaire international (FMI) table sur un déficit de 4,9 % en 2024 et 2025, 4,4 % en 2026 et 4,3 % en 2027, le Haut Conseil des finances publiques (HCFP), pour sa part, estime que l’ajustement structurel net de 2,2 points de PIB entre 2024 (5,1 %) et 2027 (2,9 %) projeté par l’État « manque de crédibilité ». Selon l’institution indépendante, cet effort pèsera à court terme sur l’activité, rendant les prévisions de PIB peu cohérentes. Après une croissance de +0,9 % en 2023, l’État la prévoit en 2024 en hausse de 1 %, au-dessus des prévisions d’avril des Consensus Forecasts du FMI (0,7 %), de l’OCDE (0,6 %), de l’OFCE (0,5 %) et de Rexecode (0,4 %).
Dans tous les cas, l’État est condamné à une véritable prouesse budgétaire et le HCFP souligne qu’ « un tel effort en dépenses [n’a] jamais été réalisé par le passé ».
Fitch pourrait abaisser la qualité de crédit de la France si elle constate une hausse importante et persistante de la dette publique par rapport au PIB résultant de déficits plus élevés que prévu, ainsi que des perspectives de croissance matériellement inférieures et une compétitivité affaiblie.
La charge d’intérêt pourrait doubler
Notant que le paysage politique fragmenté complique les réformes structurelles visant à résoudre les défis de crédit, comme le chômage élevé et la perte de compétitivité, Moody’s dégraderait la perspective et, en dernier ressort, la note du pays, en cas de détérioration plus significative de sa capacité à rembourser sa dette par rapport à ses pairs notés. Celle-ci constitue, pour l’instant, un facteur de soutien à la signature française malgré un encours de dette élevé. L’agence indique que les paiements d’intérêts, qu’elle évalue à 3,4 % des revenus du gouvernement en 2023, expose la France aux hausses de taux, la charge d’intérêt pouvant doubler au cours de la prochaine décennie, en l’absence de réduction drastique de la dette.
Le HCFP pointe le fait que la cible de ratio de dette sur PIB de 112 % en 2027 est supérieure de 4 points de PIB à celle de la Loi de programmation des finances publiques (LPFP) et reproche à la France de tarder à réduire ce ratio. Le répit accordé par Fitch et Moody’s pourrait être de courte durée. S&P, qui a placé sa note AA sous perspective négative fin 2023, doit communiquer sa décision le 31 mai.