Mario Draghi, alors président de la Banque Centrale Européenne (BCE), avait sauvé la monnaie unique fin juillet 2012 avec seulement quelques mots : « The ECB is ready to do whatever it takes to preserve the euro. » L’histoire n’a d’ailleurs retenu que le « Whatever it takes ». La question du jour : son rapport sur la compétitivité européenne, remis le 9 septembre à la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, et présenté quelques jours plus tard devant le nouveau Parlement européen, rentrera-t-il dans l’histoire ? Et sera-t-il aussi productif que les quelques mots de 2012 ?
Toujours est-il que ce recueil de plus de 400 pages brosse le tableau de la situation européenne. Devant les députés, Mario Draghi a ainsi rappelé que l’Europe était la zone économique à la fois la plus ouverte du monde (part du commerce de 50 % dans le produit intérieur brut, contre 37 % pour la Chine et 27 % pour les États-Unis) et la plus dépendante des autres, avec par exemple 80 % d’importations dans la technologie, secteur relativement désertique sur le vieux Continent avec seulement quatre sociétés dans le Top 50 mondial. Nous avons aussi l’énergie la plus chère, notamment avec la fin du gaz russe, et une faible capacité à investir dans notre défense puisque seuls dix États membres y consacrent 2 % minimum de leur budget...
Le déclin de l’empire européen
Comme l’avait fait Enrico Letta dans son rapport d’avril dernier sur le marché unique, intitulé « More than a market » (« Plus qu’un marché »), Mario Draghi reprend certains chiffres clefs du déclin européen. La part de l’Europe dans le PIB mondial est de 17 %. Les États-Unis sont loin devant, mais la Chine vient de nous rattraper. À noter, l’écart de PIB avec l’oncle Sam est passé de 17 % en 2002 à 30 % en 2023... Bref, cela mène l’Europe « à moins de prospérité, moins d’égalité, moins de sécurité, et au final, moins de liberté à choisir notre destin ».
Cet inquiétant tableau sera utilisé par les eurosceptiques pour constater l’échec européen. Mais Mario Draghi n’est pas de ceux-là. « L’intégration est notre seul espoir ». Avec à la clef 170 propositions, parmi lesquelles réduire l’écart dans l’univers technologique, favoriser la décarbonation de l’économie tout en abaissant les prix de l’énergie, améliorer la compétitivité...
Les marchés ont retenu un chiffre : 750 à 800 milliards d’investissement supplémentaires sont nécessaires chaque année. Et Mario Draghi de préciser que la BCE arrive au même chiffre... D’où un plaidoyer pour l’union des marchés de capitaux et le fléchage de l’importante épargne européenne vers l’investissement, mais aussi pour la mise en place d’un financement au niveau européen, et non au niveau des États, comme cela fut fait lors du plan de Relance post-covid.
L’ancien président du Conseil italien et ancien président de la BCE s’est aussi inquiété de l’inflation. Non pas celle des prix, mais des normes ! Les députés européens, généralement enclins à produire des textes, ont pu apprécier... « La position réglementaire de l’UE à l’égard des entreprises technologiques entrave l’innovation : l’UE compte désormais environ 100 lois axées sur la technologie et plus de 270 régulateurs actifs dans les réseaux numériques dans tous les États membres », explique Mario Draghi dans son rapport. Mais du côté des défenseurs de la planète, on commence déjà à s’inquiéter sur l’éventuelle suppression de nombreuses obligations...