Climat clément, mais agité

Créé le

06.01.2026

-

Mis à jour le

09.01.2026

Déçu en bien ! Cette expression suisse permettrait d’exprimer sa satisfaction avec modération et prudence lorsque les choses se sont mieux passées qu’annoncé. L’évolution de l’économie et des marchés en 2025 justifie cette appropriation culturelle. La croissance de l’économie mondiale a déjoué les pronostics très pessimistes établis après les annonces du Liberation Day. Depuis la rentrée, les prévisionnistes revoient à la hausse leurs attentes pour 2025 tout en conservant une croissance solide en 2026. Un environnement, somme tout, clément alors que les investissements technologiques ont été très dynamiques et devraient le rester. Le bulletin météo complet de 2026 serait toutefois « clément mais agité ».

L’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) a souligné que la demande pour les biens importés aux États-Unis soumis aux nouvelles taxes a déjà baissé et que les volumes d’échanges devraient continuer à être réduits. Par ailleurs, des signes de ralentissement commencent à apparaître aux États-Unis, en particulier sur l’emploi. Les exportateurs chinois sont en train de trouver de nouveaux débouchés, mais seront peut-être contraints de baisser leurs marges alors que la demande intérieure fragile ne permet pas d’envisager un changement de modèle économique du pays. 2026 pourrait bien être l’année de l’Europe qui, contrainte par un contexte géopolitique malheureusement instable, se met enfin à appliquer les préconisations des différents rapports (Letta, Draghi, ...) pour renforcer la compétitivité et relancer une croissance durable en augmentant significativement les investissements.

Monétaire : la clef du marché du travail américain

Les dernières semaines de 2025 ont vu l’ajustement des attentes en matière de baisse des taux directeurs. La barre pour des baisses en 2026 paraît désormais haute. La Banque du Japon a fait un pas supplémentaire dans la normalisation de sa politique monétaire. La Réserve fédérale américaine pourrait bien faire cavalier seul l’an prochain. En déclarant que l’économie ne paraissait pas en surchauffe, et dans la mesure où le risque inflationniste ne semble pas inquiéter la Fed, Jerome Powell a confirmé que le marché du travail devrait rester l’élément directeur de la politique monétaire. Nous prévoyons des baisses supplémentaires après une pause en début d’année.

Obligataire : l’heure des vieux réflexes

À présent que les taux directeurs sont proches de niveaux pouvant être considérés comme neutres, le marché obligataire devrait être le baromètre de 2026 : soutenabilité des dettes publiques, politique économique américaine inflationniste et... risques sur l’indépendance de la Fed. Avec des courbes de taux qui se sont repentifiées, le marché obligataire renoue peu à peu avec une certaine normalité où le risque semble plus justement rémunéré que lors du règne des politiques d’assouplissement quantitatif. La normalisation est souvent un long chemin qui suppose de retrouver de vieux réflexes, inconnus de certains investisseurs. Dans l’immédiat, nous privilégions une certaine flexibilité dans nos investissements plutôt que des positionnements directionnels trop affirmés. La diversification est cruciale tout comme la recherche de rendements additionnels, notamment sur la dette émergente et sur certains segments du crédit puisque c’est bien le portage qui assurera la majeure partie du rendement total de ces investissements en 2026.

Actions : l’IA, mais émergente...

Les fondamentaux macro et micro-économiques resteront porteurs en 2026, mais la nervosité des investisseurs a augmenté, la crainte d’une bulle de l’IA faisant son chemin dans tous les esprits. Nous pensons que les bénéfices des sociétés technologiques peuvent continuer à progresser à un rythme soutenu, quoique plus lent, car la révolution de l’IA implique à ce stade des investissements massifs. C’est lorsque les entreprises mettront en œuvre les technologies pour accélérer la croissance de leurs bénéfices que les autres segments de l’économie en profiteront. Après des ajustements tactiques réalisés au cours du dernier trimestre, nous abordons 2026 avec une surexposition aux actions, notamment émergentes, dont les valorisations demeurent attractives. Cette exposition nous permet de conserver le thème de l’investissement IA dans nos portefeuilles, après avoir pris des bénéfices sur le Nasdaq 100, tout en offrant une diversification géographique et sectorielle.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº911-912
L’enjeu des taux longs américains
Comme souvent, le marché des titres du Trésor américain pourrait être à la fois le problème et la solution. Problème en raison des montants à financer, vu l’ampleur des déficits. Mais personne n’a envie de déclencher un krach obligataire, car il n’est pas difficile d’imaginer les conséquences sur les actifs risqués à de tels niveaux de valorisations, sur les actions comme le crédit.