L’Association pour l’emploi des cadres (APEC) a diverses missions. La prospective est l’une d’elles. Objectif : éclairer, y compris de manière prospective, l’action des acteurs de l’emploi cadre en leur apportant des clés de compréhension du marché et des mutations du travail. Il y a quatre ans, à l’initiative de notre conseil d’administration, nous nous sommes intéressés au futur du travail.
Notre démarche a débuté par une revue approfondie de la littérature existante sur le sujet. Plus de 800 sources variées ont été analysées, parmi lesquelles, évidemment, les études Apec et d’autres organismes de référence (Insee, Dares, Crédoc, Céreq, Unédic, etc.). Ont été pris en compte des apports émanant de divers groupes de réflexion (Fondation Jean-Jaurès, Institut Montaigne, Ademe, Futuribles, The Shift Project, Terra Nova, etc.), mais aussi des études de cabinets de conseil (Boston Consulting Group, Deloitte, etc.), des sources institutionnelles (Sénat, Commission européenne, etc.), des instituts de sondage (Ifop, Ipsos), des essais littéraires, études internationales (MIT, McKinsey, CIA, etc.), entreprises privées (Sopra Steria, Manpower, Malt, etc.), et presse (Usbek & Rica, Harvard Business Review, Le Monde, Les Échos, etc.).
À partir de cette recherche, 15 tendances ont été retenues et regroupées en 4 grands chocs. Chacune de ces tendances façonne déjà le monde du travail et aura un impact, plus ou moins fort et rapide, dans les années à venir. À la clef, un livre bleu « Travailler demain, quels futurs se dessinent ? » et une traduction scénographique à travers une exposition. Elle circule en France depuis deux ans et a été vue par plus de 9 000 visiteurs. Des conférences sont systématiquement organisées à cette occasion.
Pour les lecteurs de Revue Banque, en voici une vision synthétique.
La révolution numérique a déclenché des changements sans précédent dans tous les domaines de notre vie. À une époque où le numérique redéfinit continuellement notre existence, l’impact de ces technologies est palpable dans l’éducation, l’économie et les interactions sociales. Partout où nous regardons, la présence du numérique est incontestable et omniprésente. Ces dernières années, l’introduction de l’intelligence artificielle (IA) a été particulièrement marquante. Cette technologie promet de remodeler nos modes de travail, de restructurer les organisations et de redéfinir les compétences nécessaires sur le marché du travail, dans un contexte actuel marqué par une pénurie de talents spécialisés dans le numérique.
La robotique, sous l’influence croissante de l’IA, pourrait se développer jusqu’à s’intégrer à notre quotidien, tant personnel que professionnel. Imaginez un futur où les robots deviennent des collaborateurs habituels dans nos vies.
En toile de fond, les géants de la technologie, les GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft) redessinent les contours de nos sociétés, dominant nos interactions sociales et professionnelles.
Aujourd’hui
La société est de plus en plus numérisée. Cette digitalisation pourrait s’accroître encore davantage sous l’influence de quatre tendances déjà présentes aujourd’hui dans nos vies professionnelles.
1. L’IA, LA technologie qui impactera le travail de demain
Depuis 3 ans, l’IA a surgi dans notre univers professionnel, questionnant nos pratiques de travail actuelles et futures.
2. Travailler demain avec des collègues robots ?
On compte aujourd’hui plus de 3 millions de robots industriels à travers le monde et les machines pénètrent de plus en plus dans le royaume des humains.
3. Talent Crunch dans le digital
La quatrième révolution industrielle provoque une transformation radicale de certains secteurs, entraînant une évolution des emplois et nécessitant davantage de compétences numériques.
4. Les GAFAM, ces mastodontes fragilisés sauvés par l’IA ?
Ces grandes entreprises technologiques ont façonné notre manière de travailler depuis 20 ans. Le développement continu des plateformes pourrait potentiellement influencer les normes de travail.
Et demain ?
Ce choc numérique nous interroge, nous inspire et nous invite à envisager collectivement les contours d’un futur du travail à la fois incertain et plein de promesses.
Comment le numérique va-t-il influencer le travail dans les 10 prochaines années ? Le futur de l’IA sera-t-il synonyme du futur du travail, comme l’affirme David Autor, professeur d’économie au MIT ? L’informatique quantique sera-t-elle la prochaine révolution numérique, offrant des capacités infinies de calcul ? Y aura-t-il demain davantage de robots pour remplacer la main-d’œuvre manquante et aurons-nous dans nos bureaux des collègues humanoïdes ? Le no-code sera-t-il une alternative salvatrice face à la pénurie de compétences digitales ? Quelles nouvelles compétences seront nécessaires dans cette économie numérisée ? Les plateformes deviendront-elles les modèles économiques de demain ? Quel monde du travail émergera d’ici 2030/35 de cette accélération technologique ?
Face à une crise climatique et énergétique sans précédent, les entreprises sont confrontées à des défis majeurs qui les obligent à reconsidérer leurs stratégies et leur finalité dans un monde en pleine mutation. Ce bouleversement a un impact direct sur les décisions stratégiques et opérationnelles, poussant les organisations à naviguer dans un environnement complexe où les enjeux écologiques deviennent prépondérants.
La prise de conscience environnementale influence également le cœur des ressources humaines. L’engagement des employés est de plus en plus motivé par le désir de contribuer à une cause écologique significative. Ils aspirent à travailler pour des organisations qui partagent leurs valeurs environnementales, incitant les entreprises à adopter des pratiques durables.
Le bouleversement climatique entraîne des transformations significatives en termes de compétences avec une augmentation de la demande de main-d’œuvre dans des emplois nouveaux, créés pour répondre aux défis du réchauffement climatique et des questions énergétiques, ainsi que la transformation ou la disparition des emplois liés à la production à forte empreinte carbone. Le changement climatique soulève aussi des questions sur les conditions de travail, qui seront affectées dans un monde en évolution rapide.
Aujourd’hui
Les entreprises doivent naviguer dans un environnement où les enjeux écologiques prennent une place prépondérante. Quatre tendances pourraient impacter le monde du travail.
1. Crise climatique et énergétique, quels impacts sur le travail ?
Le bouleversement climatique actuel entraîne des modifications significatives dans le domaine du travail par la transformation des métiers qu’il engendre.
2. Préoccupations environnementales et engagement des salariés
L’engagement des salariés face aux défis environnementaux devient crucial pour les entreprises, les obligeant à une introspection profonde sur leur impact environnemental.
3. Le travail numérisé et son empreinte écologique, l’équation insoluble ?
Face aux enjeux environnementaux, le numérique fait partie à la fois de la solution et du problème. Comment concilier progrès technologique et préservation de l’environnement ?
4. Le dialogue social, moteur de changement durable
Le dialogue social occupe une place essentielle dans l’anticipation, l’appropriation, l’acceptabilité et l’accélération de la transition écologique, au regard des impacts économiques et sociaux.
Et demain ?
Le choc écologique auquel nous faisons face nous oblige à repenser et à réinventer le monde du travail de demain et suscite de profondes interrogations pour l’avenir. Comment l’évolution des métiers liée au climat et à l’énergie remodèlera-t-elle le paysage professionnel d’ici 2030 et quelles compétences seront prioritaires ?
Quelles transformations organisationnelles seront indispensables pour intégrer les impératifs climatiques et énergétiques ? Comment travaillerons-nous demain avec une planète à +2 degrés ? Allons-nous vers une nouvelle polarisation des emplois entre les cols secs et les cols humides ? Entre ceux qui travaillent dans des bureaux climatisés et les salariés en extérieur ?
Allons-nous vers «une nouvelle classe écologique», comme la nomme le sociologue Bruno Latour, ces écotaffeurs engagés à changer les pratiques des entreprises de l’intérieur pour favoriser des pratiques de production plus écologiques ? Le numérique sera-t-il la solution ou le problème face aux changements climatiques ?
Le vieillissement de la population française est une tendance démographique incontournable qui résonne déjà avec des implications profondes pour l’avenir. Les chiffres sont éloquents : dès 2030, un actif sur cinq en France aura plus de 55 ans. De plus, le nombre de Français âgés de 75 à 84 ans est prévu pour augmenter de 50 % entre 2020 et 2030, passant de 4,1 millions à 6,1 millions. À l’échelle européenne, la population des 20-64 ans devrait diminuer, atteignant moins de 49 millions d’ici 2050.
Ces transformations démographiques posent des défis majeurs pour le marché du travail des années 2030, interrogeant nos modes de vie et l’organisation du travail. Le vieillissement entraîne notamment une pénurie de talents, soulignant l’importance de repenser les politiques d’emploi et de formation.
Les organisations doivent également se préparer à des changements structurels : l’allongement de la carrière peut affecter la dynamique et la productivité en entreprise, tandis que les migrations pourraient jouer un rôle clé dans le rajeunissement de la société.
Aujourd’hui
Dans le monde entier, de nombreux pays développés comme la France sont confrontés au vieillissement rapide de leur population et de leur main-d’œuvre. Trois éclairages sur ce phénomène.
1. Recul de la natalité, baisse de la population active, la France vieillit
D’ici 2050, la population des 20-64 ans diminuera de 49 millions en Europe. L’évolution de la démographie annonce d’importants défis sociétaux et économiques.
2. Les seniors au travail, quels défis en 2030 ?
En 2022, les individus âgés de plus de 55 ans constituent déjà 18 % de la population au sein des entreprises. Ce phénomène soulève des enjeux majeurs pour la gestion des ressources humaines.
3. Les migrations au secours du vieillissement français ?
Face à un vieillissement inéluctable de la population française, l’apport de l’immigration s’avère crucial pour le dynamisme de la société.
Et demain ?
Ce choc démographique nous interroge sur ce que sera demain le monde du travail face à un vieillissement massif de la population et à une démographie changeante. Comment les entreprises devront-elles naviguer demain dans ce paysage de travail transformé ?
Ce vieillissement de la population française entraînera-t-il des conséquences d’ampleur sur le marché du travail pour les années 2030 ? Quels métiers seront indispensables au regard de l’explosion des besoins dans les métiers du soin ? Comment compenser la pénurie de talents, l’une des conséquences les plus préoccupantes de ce changement démographique ?
Quel apport migratoire sera nécessaire pour compenser les besoins en main-d’œuvre ? Comment travailler avec plus de seniors dans les entreprises ? Quelles conséquences le vieillissement des salariés aura-t-il sur les organisations et le travail ? Comment répondre dès aujourd’hui à ces enjeux du travail de demain ?
À travers les époques, l’importance et la nature du travail ont évolué de manière significative, mais jamais autant qu’aujourd’hui. Ces dernières années, en particulier sous l’impact de la crise sanitaire, le travail a subi des mutations profondes qui redéfinissent notre manière de travailler, nos environnements professionnels et notre perception collective du travail. Nous sommes à un moment crucial où le futur du travail se dessine sous nos yeux.
Le travail est aujourd’hui marqué par des paradoxes frappants. L’essor du travail hybride et la montée du freelancing illustrent une redéfinition profonde du travail, annonçant la fin de la notion traditionnelle de carrière. Le sens au travail est questionné. La montée de l’individualisation versus le collectif interroge les entreprises.
Plongez dans ces changements, explorez comment divers facteurs, tels que les innovations technologiques et les mutations sociales, interagissent pour transformer radicalement le monde du travail.
Aujourd’hui
Bouleversé par la pandémie de 2019, ébranlé par l’émergence des IA génératives, et confronté aux défis posés par les chocs climatiques, le monde du travail est en pleine mutation. Quatre influences à suivre.
1. Une redéfinition du travail : fin de la notion de carrière, sens et individualisme
Le travail est aujourd’hui marqué de paradoxes. L’idée que le travail occupe une place prépondérante dans notre société semble s’affaisser.
2. Salarié/indépendant : vers quelle hybridation ?
Même si le CDI reste la norme, le travail indépendant augmente. Passer d’un statut d’emploi à un autre pourrait devenir une nouvelle norme dans l’avenir.
3. Travail hybride et temps choisi, une nouvelle organisation en marche
Le télétravail a profondément influencé les pratiques professionnelles en France. Le travail est désormais hybride, partagé entre présence dans l’entreprise et domicile.
4. La plateformisation du travail, Talent Economy vs Gig Economy
Plateformes de travail indépendant ou plateformes de micro-travail, ces modèles préfigurent peut-être une nouvelle manière de travailler dans les années à venir.
Et demain ?
Bouleversé par la pandémie de 2019, ébranlé par l’émergence des IA génératives et confronté aux défis posés par les chocs climatiques, le monde du travail est en pleine mutation. Allons-nous vers une totale hybridation des statuts d’emploi entre salariat et indépendance ? Le bureau sera-t-il le marqueur d’une nouvelle organisation du travail du futur ?
Verrons-nous une puissante montée du travail via des plateformes de mise en relation, créant une polarisation des travailleurs entre Happy Economy et Gig Economy ?
Pourrions-nous demain être managés par des algorithmes ? Serons-nous amenés à refonder le commun, face à la montée de l’individualisme ? Et s’il fallait radicalement repenser l’organisation du travail, telle qu’elle existe aujourd’hui dans les collectifs de travail ?
À l’horizon 2030, ces éléments clés du monde du travail pourraient ne pas cesser d’évoluer, posant ainsi la question fondamentale de savoir comment et pourquoi nous travaillerons dans ce futur proche.