Les Français n’associent pas spontanément épargne et investissements de long terme. Ils choisissent même majoritairement des véhicules d’épargne de court terme comme le Livret A pour des objectifs de long terme comme la retraite.
L’ampleur du travail de pédagogie à accomplir est mesurable à partir des derniers résultats du baromètre 2024 publié par le Cercle des épargnants et réalisé avec Ipsos. Concrètement, les Français ont du mal à savoir à quoi sont réellement destinées les sommes déposées sur les produits d’épargne auxquels ils souscrivent. Une majorité (53 %) pense que le Livret A sert uniquement à financer des prêts en faveur du logement social. Or sur les 508 milliards d’euros d’épargne des Français placés sur des livrets A, LDDS et LEP, 170 milliards (moins de la moitié donc) est investi par la Caisse des Dépôts dans le financement de la cohésion sociale. Le reste est soit investi dans des obligations d’État et notamment des obligations vertes ou directement prêté par les banques qui collectent l’épargne du Livret A à des entreprises de petites et moyennes tailles (TPE et PME). De manière plus surprenante, 8 % des Français pensent encore que les sommes déposées sur le Livret A peuvent servir à spéculer sur les produits dérivés ou sur les devises et 46 % déclarent ne pas savoir du tout la destination des fonds placés. La corrélation avec le long terme n’est donc pas évidente spontanément.
Faire des choix éclairés
De même si 20 % des Français associent principalement l’assurance vie à l’investissement en actions, une majorité ne sait pas donner la destination des fonds placés sur un plan d’épargne retraite (56 %). Or ces deux produits permettent de manière assez proche une exposition aussi bien aux actions qu’aux obligations selon des profils variant de prudents à dynamiques qui favoriseront plus ou moins la prise de risque selon le choix du porteur. Connaître ces différences et l’organisation générale du système de financement de l’économie française permettrait de faire des choix éclairés pouvant faire une vraie différence.
En matière de placements cela se ressent très concrètement : le Livret A reste la star des produits de placement pour les Français. L’annonce du maintien des taux d’inté́rêt du Livret A à̀ 3 % en 2024 a profité à l’image des livrets auprès du grand public. Ainsi, les livrets classiques (Livret A, LDD, LEP, Livret jeune) ont été pour la deuxième année consécutive les produits d’épargne préférés des Français, devançant largement les assurances vie qui étaient pourtant en tête jusqu’en 2022.
Ces chiffres montrent bien l’ampleur de l’effort de pédagogie à accomplir pour drainer l’épargne des Français vers des investissements à long terme. Pourtant, les choses semblent bouger un peu : en effet, la perte de pouvoir d’achat ressentie depuis deux ans pousse les épargnants à abandonner progressivement la sécurité pour une recherche de rendement. Ils seraient aussi prêts à se détourner en partie des placements très liquides, où l’épargne est mobilisable immédiatement. Compenser la perte de pouvoir d’achat est désormais une priorité pour de nombreux Français qui voient dans le blocage des fonds et la prise de risque un moyen d’y accéder. Mais ne nous y trompons pas, nous sommes encore loin d’une prise de risque généralisée. Ainsi, si la dynamique est bien favorable (+8 points de pourcentage en 7 ans), elle fait passer le nombre de français prêts à prendre un peu plus de risque de seulement 6 % à désormais 14 %. Il reste donc encore du chemin à parcourir !