Pour suivre la performance annuelle des valeurs bancaires, nous maintenons pour la sixième année consécutive notre indice boursier répliquant les cours des banques françaises cotées : BNP Paribas, Crédit Agricole SA et Société Générale. Comme chaque titre est équipondéré, en base 100 au départ, cette moyenne restitue les variations des trois titres, sans prétendre constituer un portefeuille diversifié. En 2024, lestées par la dissolution et par le faible effet des baisses de taux sur les résultats, les valeurs bancaires françaises avaient réalisé un exercice boursier mitigé, en légère hausse de 3,7 %, contre un recul de 2,2 % du CAC 40. L’exercice 2025 fut bien plus porteur, mais ses cinq grandes phases ne constituent pas une hausse uniforme.
Phase 1 : flux de bonnes nouvelles,
notamment les résultats du 4e trimestre 2024
Au 1er trimestre 2025, les marchés s’avèrent réceptifs aux bonnes nouvelles. Début février, les résultats du quatrième trimestre 2024 sont encensés. La croissance des revenus surprend dans un contexte difficile, avec l’instabilité politique, la fin de l’effet Jeux olympiques... Elle profite aussi d’une comparaison flatteuse avec les publications décevantes du quatrième trimestre 2023. En particulier, le titre Société Générale gagne 20 % en une semaine.
Aux États-Unis, le discours d’investiture de Donald Trump le 20 janvier est jugé favorable aux affaires et l’inflation en recul augure des baisses de taux de la Réserve fédérale américaine. En Europe, les perspectives de croissance profitent d’un plan de défense mobilisant 800 milliards d’euros à horizon 2030, soit un budget réhaussé de 1,5 % du produit intérieur brut par an, avec un effort marqué de l’Allemagne. En outre, les flux d’investissement reviennent vers les fonds Europe, par un effet de rattrapage sur les marchés américains mieux valorisés. Les flux profitent plus précisément à la gestion value ciblant les valeurs décotées, notamment bancaires.
Sur le plan domestique, le vote du budget 2025, le 17 février, coïncide avec une détente des spreads souverains France-Allemagne, de 85 points de base fin 2024 vers une fourchette 65-70. Enfin, le repli de l’inflation ouvre des perspectives de refinancement plus attractif, par une baisse du taux du Livret A de 60 points de base à 2,4 % au 1er février, et par les baisses de taux directeurs de la Banque Centrale Européenne (-25 points de base le 5 février puis le 1er mars). Cet alignement de facteurs positifs justifie une envolée de 43 % pour notre indice bancaire français au 25 mars.
Phase 2 : Liberation Day
Le 2 avril, l’annonce unilatérale de nouveaux tarifs douaniers américains – une hausse de 10 points, modulée par pays exportateur et par secteur – déclenche une escalade protectionniste. Les craintes pour la croissance et l’inflation entraînent une forte correction boursière : Le CAC 40 perd -15 % en deux semaines, et les valeurs bancaires, 19 %. En temps de crise, les marchés redoutent l’exposition des banques en revenus, coût du risque et refinancement. Les titres bancaires affichent donc une volatilité supérieure au marché, observable aussi dans les stress précédents, comme la dissolution de l’Assemblée nationale, les difficultés du Credit Suisse ou de SVB, l’invasion de l’Ukraine, la crise de la Covid...
Phase 3 : reprise sur les résultats solides
du premier semestre
La chute du marché est toutefois endiguée le 9 avril à l’annonce d’une pause de 90 jours dans la mise en œuvre desdites taxes. Le décrochage, point bas de l’année boursière 2025, a donc été éphémère, mais il en demeure une aversion aux valeurs exportatrices. Les titres bancaires profitent ainsi d’une rotation sectorielle vers les valeurs domestiques européennes, à l’abri des effets directs de futures taxes. Le rebond est amplifié par les bons résultats du premier trimestre 2025, confirmant la vigueur du métier de banque d’investissement (CIB) et montrant de premiers effets des baisses de taux sur les performances des réseaux. C’est à ce moment que la Société Générale se détache clairement, notamment par rapport aux banques européennes (voir encadré).
Fin mai, les cotations diminuent mécaniquement au détachement du dividende, assurant un rendement de 2,5 % pour Société Générale et près de 7 % pour Crédit Agricole SA et BNP Paribas. Puis les cours semblent indécis sous l’effet des tensions géopolitiques, jusqu’aux frappes aériennes en Iran du 22 juin. Le marché se focalise fin juillet sur les résultats du second trimestre 2025, à nouveau bien accueillis. Le refinancement des banques profite aussi d’une nouvelle baisse du taux du livret A, à 1,7 %. Cette phase de hausse se conclut avec l’entretien Trump-Poutine en Alaska, dans l’espoir d’une solution en Ukraine. Entre le creux de Liberation Day et le 15 août, notre trio de banques a regagné 40 %, soit 25 points de plus que le CAC 40.
Phase 4 : le retour de l’incertitude politique et des résultats T3 sans surprise
L’incertitude prévalant en France depuis la dissolution s’était s’atténuée au premier semestre, ainsi que le spread souverain avec l’Allemagne. Pourtant, l’impasse politique ressurgit le 27 août, lorsque François Bayrou sollicite un vote de confiance avant l’examen du budget 2026. La démission du Premier Ministre désavoué est suivie d’une dégradation de la France par l’agence Fitch. Malgré le rejet de la censure le 16 octobre, la France est à nouveau dégradée le lendemain par S&P de AA- à A+. L’effet des notations souveraines sur les banques a été abordé l’an passé dans ces lignes. À l’actif du bilan, les pondérations prudentielles des titres souverains sont dictées par des classes de qualité de crédit, appelées CQS, le A constituant un seuil, avec un effet toutefois modéré. Au passif, les rendements des dettes bancaires évoluent à ce jour bien distinctement des taux souverains, comme mesuré par les swaps spreads. Plus directement, les spreads souverains impactent les taux d’actualisation dans les modèles des investisseurs.
Dans un climat peu porteur, les résultats corrects mais sans surprise du troisième trimestre reçoivent un accueil mitigé, d’autant plus que la BCE confirme concomitamment un statu quo sur les baisses de taux, l’un des moteurs de hausse des résultats. La Société Générale se distingue toutefois positivement. De son côté, BNP Paribas est sanctionnée pour un litige au Soudan, en contestant les griefs. Entre le 15 août et le 5 novembre, notre échantillon cède ainsi 12 points alors que le CAC 40 est en petite hausse, porté notamment par le rebond des valeurs du luxe délaissées depuis Liberation Day.
Phase 5 : hausse de la croissance et des taux longs
Le mois de novembre montre un regain d’intérêt pour les valeurs financières, tandis que s’essouffle le rebond des valeurs exportatrices et que des doutes émergent sur une bulle des valeurs liées à l’intelligence artificielle. Les investisseurs anticipent par ailleurs une baisse des taux de la Réserve fédérale américaine, avantageuse sur la partie courte des taux.
Les groupes français publient en outre des communiqués appréciés : le Plan stratégique ACT2028 de Crédit Agricole SA inclut une cible de résultat net part du groupe à 8,5 milliards d’euros et de rentabilité ROTE à 14 %, tandis que BNP Paribas réhausse sa cible de capital CET1 à 13 % à l’horizon 2027. Sous l’angle géopolitique, des discussions reprennent à Genève avec la Russie, autour d’un plan de paix américain. Et sur le plan macroéconomique, les prévisions de croissance du produit intérieur brut 2025 sont révisées à la hausse en fin d’année, retrouvant ainsi des niveaux attendus avant Liberation Day, soit 3,2 % au niveau mondial selon le Fonds monétaire international et 0,9 % en France selon la Banque de France. Ces perspectives portent les taux longs à la hausse d’environ 30 points de base, pentifiant ainsi la courbe des taux. Ce rallye de fin d’année profite aussi d’un effet technique visant à détenir les valeurs vedettes aux dates-photos. Dans un marché stable, notre indice bancaire gagne 21 % sur ces deux derniers mois.
Perspectives 2026
Le CAC 40 a évolué dans un étroit couloir durant l’année 2025, pour une performance de 10,4 %. Notre indice bancaire le surperforme de 63 points, pour une progression annuelle de 73,8 %. Le parcours des valeurs bancaires françaises repose sur trois facteurs. Un, la rotation sectorielle revalorisant les titres value, puis les valeurs domestiques européennes. Deux, la croissance des résultats. L’année 2025 a notamment été portée par la Banque de financement et d’investissement depuis une base élevée (voir encadré). Au-delà de la hausse des revenus, les résultats d’exploitation ont progressé par les efforts opérationnels et un coût du risque maîtrisé avec un taux de prêts non performants stable sur un an à 2,1 % au 30 septembre en France, selon l’autorité bancaire européenne. Trois, le redressement de Société Générale, en hausse de 153 %. Déjà en tête du CAC 40 sur l’année 2021 après le krach Covid (+77 %), la banque rouge et noire avait aussi fortement rebondi en 2012-2013, après la crise de la zone euro.
Après cette année de hausse, les perspectives des valeurs bancaires reposent notamment sur la satisfaction des ROE attendus. Les déterminants incluent la bonne dynamique de la Banque de financement et d’investissement, l’évolution de la marge nette d’intérêt au gré de la politique de taux, les efforts continus d’efficacité opérationnelle et le coût du risque dans un contexte toujours incertain. L’année écoulée a aussi confirmé la sensibilité des cours aux choix sectoriels du marché et à la dimension souveraine, qui influencent les multiples de valorisation.