2025 a ouvert la voie à une période d’incertitude

Créé le

08.01.2026

-

Mis à jour le

09.01.2026

Monétaire : la Fed plus bas que 3 % ?

Les marchés monétaires des pays développés devraient connaître en 2026 des évolutions divergentes. Au centre du jeu, la Banque centrale européenne campe sur ses positions attentistes, au vu d’une reprise plus solide que prévu et d’une inflation toujours têtue. La Banque du Japon devrait poursuivre ses hausses de taux en réaction à la relance budgétaire de Takaichi, à l’inflation salariale et à la faiblesse alarmante du yen.

Au contraire, la Réserve fédérale américaine devrait poursuivre ses baisses de taux au moins jusqu’à un taux « neutre » estimé à 3 %. Le débat porte sur l’ampleur d’un possible dépassement du taux neutre à la baisse, du fait d’une politisation de l’institution ou en réaction aux risques sur la stabilité financière. Le risque d’une réaction forcée aux menaces d’instabilité financière reste élevé, comme l’atteste la persistance des tensions sur le marché du repo malgré l’annonce d’une reprise de l’expansion bilantielle dès le mois de décembre. Selon la Fed de New York, l’endettement des fonds à effet de levier approche les 7 000 milliards de dollars, dont 3 000 sur le marché du repo où les taux d’intérêt dépassent régulièrement le plafond des taux Fed Funds.

Obligataire : une pente de plus en plus raide

Les marchés obligataires ont aussi connu des évolutions contrastées avec des taux américains à 10 ans en baisse de 4,6 % à 4,10 % alors que les taux allemands progressaient de 2,35 % à 2,85 % et que les taux japonais s’envolaient de 1,1 % à 2,06 %. La tendance américaine pourrait s’inverser dans le cours de l’année : la Fed, sous influence, devrait conduire une politique trop expansionniste eu égard à d’une croissance américaine susceptible de surprendre positivement, aidée par les stimuli monétaire et fiscal. La pentification de la courbe devrait s’exacerber d’autant que la défiance à l’égard du dollar complique le financement de la dette par les étrangers. En Europe, les promesses d’une contribution active de la croissance allemande à la croissance mondiale, après des décennies d’accompagnement passif, augmente les besoins de financement et légitime tendanciellement la hausse des rendements. Au Japon, le vieillissement de la population contribue à la hausse des salaires, mis sous l’éteignoir pendant plus de trente ans. La boîte de Pandore est ouverte, la tendance pourrait s’amplifier dans les années à venir avec toutes les conséquences que cela implique sur la tenue du yen. L’instabilité future des marchés financiers pourrait donc principalement venir des marchés obligataires, surtout si l’inflation se rappelait à leur bon souvenir...

Actions : sale temps pour le consensus...

Les craintes liées aux droits de douane ont fait long feu. La baisse des taux américains, le dynamisme de la profitabilité américaine et la thématique de l’IA ont, toutes ensemble, conduit à un bon millésime 2025. La faiblesse du dollar a contribué à un rebond des marchés émergents qui pourrait bien se transformer en renaissance après quinze années de sous-performance relative. La baisse du dollar s’est aussi accompagnée d’une grande vigueur des métaux précieux et du cuivre et de leurs producteurs. Ainsi, résumer l’année 2025 à la performance de l’IA est probablement une grave erreur de perspective.

2025 aura au contraire marqué le début d’une période d’incertitudes capable d’ouvrir sur un régime économique et de marchés très éloigné des attentes consensuelles, une période où l’or serait préféré aux emprunts du Trésor américain, où la technologie asiatique pourra s’avérer une concurrente redoutable à l’américaine et où les politiques budgétaires pourront rallumer la flamme de l’inflation.

Quant à la question d’un krach de l’IA, il ne semble pas justifié de la considérer très sérieusement : ses principaux acteurs ont les poches profondes. Les déconvenues toujours possibles occasionneraient des dégâts collatéraux difficilement capables de créer d’importants effets en chaîne sur les marchés. Au contraire, l’économie pourrait subir les effets d’importantes volte-face éventuelles relativement aux espoirs portés par l’IA.

Ce que change le retour de l’inflation au Japon
La résilience des tensions salariales japonaises occasionne des hausses de taux d’intérêt directeurs qui ne devraient pas tarder à retourner la tendance baissière du yen. Au-delà du dénouement du yen carry trade, des rapatriements massifs de capitaux vers le Japon sont envisageables, susceptibles de déséquilibrer les marchés par des ventes massives d’emprunts d’État non japonais. Ce changement de régime – ajouté à un policy mix international plus favorable à la croissance aux États-Unis, en Chine et en Europe – est
en mesure de déjouer en 2026 – et au-delà – les attentes des marchés en matière de taux d’intérêt et d’inflation sur le Vieux Continent et Outre-Atlantique. Les conséquences sur les marchés d’actions et sur le dollar seraient importantes, sous l’effet d’une rotation des marchés américains vers ceux du reste du monde, dont les émergents.