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BCE : le verdissement qui vient

Dossier réalisé par Laure Bergala

Introduction

BCE : le verdissement qui vient

Au second semestre, la Banque Centrale Européenne (BCE) va achever sa révision stratégique incluant la question de la lutte contre le changement climatique. La banque centrale prend déjà en compte le climat dans son approche du risque climatique comme risque pour la stabilité financière, à travers la supervision bancaire notamment ; mais elle pourrait aller plus loin, à l’avenir, pour participer à l’objectif de l’Union d’atteindre la neutralité carbone en 2050, et inciter les acteurs économiques et financiers à y participer davantage.

BCE, le verdissement qui vient

Les actes évolueront-ils aussi rapidement que les discours ? Alors que la Banque Centrale Européenne (BCE) doit terminer au second semestre, sa revue stratégique dans laquelle Christine Lagarde a inscrit la question de la lutte contre le changement climatique, la nécessité que la banque centrale prenne sa part à cette lutte ne rencontre plus beaucoup d’adversaires. Et les déclarations – de banquiers centraux en particulier – sur le sujet ont beaucoup changé en quelques mois. Frank Elderson, membre du directoire de la BCE et président du Réseau pour le verdissement du système financier (NGFS) – né fin 2017 à Paris et qui rassemble désormais 90 banques centrales, dont la Fed depuis fin 2020 – expliquait ainsi le 13 février sur le blog de la BCE que cette lutte est totalement compatible avec les objectifs principal et secondaire de la banque centrale.

« La prise en compte du changement climatique par l’Eurosystème […] n’est pas une mode, c’est un impératif », déclarait François Villeroy de Galhau le 11 février. Le gouverneur de la Banque de France évoquait alors des propositions qu’il porte au sein du Collège des Gouverneurs dans le cadre de la revue stratégique concernant le projet de verdissement de la politique monétaire : « Je propose de commencer à décarboner le bilan de la BCE selon une approche pragmatique, progressive et ciblée sur tous les actifs corporate, qu’ils soient détenus au bilan de la banque centrale (les achats) ou pris en garantie (le collatéral), sans retenir donc les titres souverains. […] Une seconde étape nous permettrait d’étendre la stratégie de décarbonation aux titres émis par les institutions financières. »

Des blocages sont tombés. Le mandat actuel de la BCE, son objectif principal de stabilité des prix, est concerné par le changement climatique qui a une incidence certaine sur cette stabilité. La prétendue neutralité de marché ne doit pas être un frein à la neutralité carbone, qui est un objectif de l’Union européenne et donc un objectif secondaire du Système européen de banques centrales (SCBC), car l’Eurosystème doit apporter son soutien aux politiques économiques générales de l’Union selon l’article 127 du Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne (TFUE). Et le climat n’est plus abordé sous le seul angle du risque financier – qu'il est, certes, nous le savons depuis l’apport majeur du discours fondateur de Mark Carney, alors gouverneur de la Banque d’Angleterre, en 2015 – mais aussi sous l’angle d’actions plus directes.

Transition

Le verdissement de l’action de la BCE devrait donc progresser, sans que l’on sache encore de quelles nuances de vert va se parer la banque centrale. Nathalie Aufauvre (Banque de France) revient sur les différents volets de la prise en compte du climat par les banques centrales à ce jour. La tâche de verdissement sera complexe et les obstacles techniques nombreux, analysent Sylvain Broyer et Emmanuel Volland (S&P Global Rating). Les banques centrales ne pourront pas tout tant s’en faut, et il ne faut pas oublier le rôle et la responsabilité des politiques et l’indispensable mise en place d’une taxe carbone, rappelle Éric Chaney (Institut Montaigne).

Les résultats de la révision stratégique et le programme qui devrait en découler pourraient s’inspirer de neuf options publiées en mars dernier par le NGFS. Mais ces propositions risquent d’être trop modestes pour permettre une action suffisamment efficace, analysent Jézabel Couppey-Soubeyran et Wojtek Kalinowski (Institut Veblen), notamment parce que ce sont les titres publics qui constituent désormais la majeure partie du portefeuille de la Banque. La transition écologique est aussi une question de financement, et la BCE pourrait chercher à y prendre plus directement part selon certains travaux. Des propositions dans ce sens ont également été formulées par Nicolas Dufrêne et Ano Kuhanathan (Institut Rousseau) qui invitent à repenser en profondeur le rôle des banques centrales.

Ce rôle a fortement évolué lors des différentes grandes étapes du capitalisme, rappellent dans un retour historique sur le central banking Esther Jeffers et Dominique Plihon (Universités de Picardie et Sorbonne Paris Nord). Chaque période a eu son rapport à l’énergie et l’heure serait aujourd’hui à la transition. Les choix idéologiques et leurs déclinaisons dans les traités, mandats et stratégies, ne sont pas immuables sur le temps long.

 

 

 

 

 

 

Dossier réalisé par Laure Bergala

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