Attractivité des banques européennes: les investisseurs sont sélectifs

Dossier réalisé par Sophie Gauvent

Introduction

Attractivité des banques européennes: les investisseurs sont sélectifs

Si les investisseurs montrent un certain appétit pour la dette bancaire européenne, ils ont tendance, en revanche, à bouder ce secteur en Bourse. La médiocre rentabilité des établissements est en cause. Espérant qu’elle s’améliore, les investisseurs surveillent plusieurs paramètres : comment les banques réduisent-elles leurs coûts ? Des fusions transfrontalières sont-elles en germe ? etc.

Attractivité

Entre 15 et 20 % par an de ROE [1]… ce sont, selon les calculs de la BCE, les niveaux de rentabilité que les banques européennes étaient capables d’atteindre en 2006, c’est-à-dire avant la crise financière de 2007-2008. Plus de dix ans après, le profil qu’offrent les banques aux investisseurs a radicalement changé. Pour les 50 plus grandes banques européennes, S&P Global Ratings s’attend à un ROE moyen de 6,5 % en 2018 et ce chiffre est décevant depuis de nombreuses années. Mais aujourd’hui, la plupart des banques européennes sont nettement plus sûres, grâce au renforcement de leurs fonds propres que l’agence de notation juge satisfaisant. Et dans ce domaine, l’essentiel du travail a été fait, ce qui devrait rassurer les investisseurs : « par exemple, dans le texte de la finalisation de Bâle III publiée le 7 décembre 2017, l’augmentation des exigences de fonds propres a été revue à la baisse et les banques avaient anticipé cet accord, note Alexandre Birry responsable mondial des études bancaires chez S&P Global Ratings. C’est donc maintenant davantage la faible rentabilité des banques européennes qui préoccupe. Leur ROE peut être comparé à celui des banques américaines qui sera certainement à deux chiffres cette année. » Cette faible rentabilité explique en grande partie la mauvaise performance boursière des établissements européens : leur « price to book » [2] montre que leur valorisation en Bourse reste, pour la plupart, inférieure à leurs fonds propres comptables, observe l’agence de notation.

En revanche, il n’y a guère d’anomalie à déplorer du côté des émissions obligataires des banques qui se financent à des taux raisonnables et trouvent facilement preneurs, selon Alexandre Birry, qui explique : « Si les investisseurs en titres obligataires ne sont pas insensibles à la rentabilité de l’émetteur et à sa valorisation boursière, ils ont tendance à privilégier le critère du risque que présente l’émetteur et ils apprécient, sans doute plus que les investisseurs en actions, le renforcement des bilans des banques. De plus, la politique monétaire actuelle est encore très favorable aux émetteurs, dans la mesure où elle contribue à tirer à la baisse le taux auquel ils se financent. »

À des degrés divers, tous les investisseurs espèrent une amélioration prochaine de la rentabilité des banques européennes. Celle-ci pourrait venir d’une remontée des taux, qui permettrait aux banques d’améliorer leurs marges nettes d’intérêt. Bien sûr, cette remontée présenterait également des inconvénients, mais elle est plutôt souhaitée par les investisseurs.

Autre point d’attention : les investisseurs surveillent la baisse des taux de NPL [3]. Selon Alexandre Birry, « des progrès restent à accomplir, notamment dans certains établissements italiens, mais beaucoup a déjà été fait, en particulier en Espagne, au Portugal et en Irlande. Ailleurs dans la zone euro, dans des pays comme la France, le Benelux ou l’Allemagne, le coût du risque [4] est au plus bas, reflétant un bon climat. »

Autre mouvement attendu : les fusions transfrontalières. Pour Jean-Pierre Mottura, directeur général de la Capssa, « il faut que les banques européennes réussissent leurs fusions » (voir son interview). Selon lui, ces opérations pourraient créer de la valeur. Elles sont également souhaitées par le Mécanisme de surveillance unique (MSU) de l’Union bancaire. L’économiste Nicolas Véron, cofondateur du Think Tank Bruegel, note l’exemple du rachat récent de BPI au Portugal par l’espagnol Caixa Bank, mais il observe que ce n’est pas toujours aussi simple et qu’il est impossible de prédire quelles fusions auront lieu à l’avenir ni à quel rythme (voir son interview).

Les investisseurs regardent également la capacité des banques à réduire leurs coûts, par exemple au travers des fermetures d’agences. Mais dans le même temps, les banques doivent investir pour se digitaliser ! « Pour les investisseurs, l’analyse n’est d’ailleurs pas simple, note Jérôme Legras d’Axiom (voir son article), car il n’y a rien de plus dur à juger de l’extérieur que la qualité d’un investissement informatique ; source d’économies et de nouveaux revenus ou puits sans fond, nous avons tout vu… »

Enfin, le secteur bancaire européen est en réalité constitué d’une multitude de marchés nationaux qui demeurent très distincts, malgré l’Union bancaire (qui reste à achever !). En comparaison, les grandes banques américaines disposent d’un marché domestique beaucoup plus vaste !

 

[1]Return On Equity, en français « retour sur fonds propres ».

Dossier réalisé par Sophie Gauvent

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