Julien Martin, président-directeur général et fondateur du Digital Climate Group (DCG) depuis 2023, met son expérience des places de marché et émissions d’actifs verts ou numériques au service de l’économie circulaire. Auparavant, il était directeur général principal du Hong Kong Exchanges and Clearing Limited (HKEX), à la tête du développement de produits obligataires relevant de critères environnementaux, sociétaux et de gouvernance (ESG), carbones, numériques. Il a été l’architecte du Bond Connect, la connexion obligataire entre Hong Kong et la Chine continentale. Pour Revue Banque, il explique comment le DCG utilise aujourd’hui des technologies sur-mesure au service de l’investissement à impact et de la finance régénérative.
Quelle est la genèse du Digital Climate Group (DCG) ?
Lorsque j’étais en charge des émissions vertes (green bonds) au HKEX, j’ai observé l’écart criant entre la taille des actifs à impact et celle des fonds d’investissement voués à les financer. La courroie de transmission était inexistante ! La décision d’investir était freinée par le manque de données fiables disponibles concernant l’impact environnemental (et sociétal) des plans de développement des actifs ou projets ciblés. J’ai souhaité apporter une solution à cet écueil. L’une des missions du DCG est de récolter puis de monitorer des données d’impact crédibles, afin de les mettre à disposition des investisseurs.
Comment le DCG intègre-il les technologies de blockchain ?
Nous utilisons ces technologies pour stocker les informations récoltées concernant les projets environnementaux que nous sélectionnons. Lorsqu’une donnée est enregistrée sur la blockchain, il est impossible de la retirer et difficile de la contredire. C’est un gage de crédibilité. Nous exploitons aussi le Web3 pour la conception et la structuration des produits financiers à émettre. Ces technologies permettent à la fois de démocratiser la faculté d’investir et d’instaurer une gouvernance décentralisée de projet. Cela évite d’imposer des initiatives qualifiées de « positives », alors qu’en réalité, sur le terrain, les populations locales les subissent. Chaque habitant d’une ville doté d’un wallet (porte-monnaie) peut participer au financement de projets locaux. Grâce au mode de stockage inhérent à la technologie blockchain, des propositions de vote, des retours d’information peuvent être introduits, enregistrés et conservés dans notre base de données. En outre, la blockchain nous permet d’innover, avec des smart contracts intégrant plusieurs produits en un seul, telle une obligation avec une partie du coupon payée en certificat d’énergie renouvelable ou en crédit plastique, ou, en biodiversité.
Quelle place de marché est la plus avancée en matière de technologies digitales ?
En Asie et Moyen Orient, où nous opérons, la place d’Abu Dhabi a une tête d’avance en matière de réglementation du Web3. Le DCG l’a choisie comme l’une de ses bases. Le cadre réglementaire dessiné y est clair et précis, tout en stimulant les échanges d’actifs digitaux. Hong Kong et Macao également constituent un pilier de notre déploiement, mais plutôt pour leur appartenance à la Grande Baie. Le vivier technologique de cette région est vibrant. L’hydrogène vert, en particulier, est un domaine où la Chine investit massivement. Notre troisième pilier est Singapour-Brunei, porte vers l’Asie du Sud-Est (ASEAN) devenue premier partenaire commercial de la Chine en valeur (devant l’Europe), où les projets dédiés à la construction d’une économie circulaire foisonnent.
La rentabilité devient-elle un critère de sélection des projets à impact ?
Certainement. Auparavant, les projets environnementaux intéressaient surtout des associations caritatives ou des organisations en quête de crédits carbone. Maintenant que le potentiel financier des actifs verts se démontre, de nouveaux investisseurs apparaissent. Les initiatives à impact bénéficient de plusieurs catalyseurs, d’incitations gouvernementales, de crédits carbone, ou de synergies avec d’autres entreprises. Ciblant des projets multifacettes, dès qu’un potentiel synergique se manifeste, le DCG met en relation leurs initiateurs respectifs. Par exemple, nous présentons des sociétés en quête de solutions pour recycler leurs déchets verts à des entreprises fabriquant du charbon d’origine végétale (biochar) ou du biogaz. Nous promouvons un écosystème vertueux d’économie et de technologie circulaires. À l’heure actuelle, nous étudions le modèle inspirant des fermes de poisson organiques de Brunei. Installées dans les terres, elles filtrent l’eau de mer totalement. 100 % de la biomasse est utilisée, les déchets sont recyclés en engrais fertilisants.
Comment définiriez-vous, en trois mots, le DCG ?
Comme un « Mini Green Connect ». Mobilisant les technologies digitales adaptées, nous conseillons, structurons des « minifinancements » de projets environnementaux à impact, tout en provoquant la rencontre entre émetteurs et investisseurs soucieux de participer à l’édification d’une économie circulaire.