Quels sont les enjeux dans le déploiement de l’accord avec Mistral AI sur l’IA générative ?
Quand l’IA générative est arrivée, on s’est interrogé sur la meilleure manière de la déployer chez nous, en considérant comme prioritaire la protection des données de nos clients. Nous avons ainsi rapidement constitué des offres permettant de développer des cas d’usage. C’est dans ce cadre-là que notre métier Global Markets a commencé à expérimenter les modèles de Mistral AI, qui a fait le pari de la sobriété, un critère important pour nous. Cette première collaboration ayant délivré des résultats solides, nous avons ainsi élargi la collaboration à l’ensemble du Groupe et signé cet été un accord de partenariat couvrant tous leurs modèles.
Il y a quatre fondamentaux à mettre en place pour sécuriser le développement dans la durée de ces cas d’usage :
– les RH avec un enjeu de sensibilisation, d’acculturation et de mise à niveau des compétences ;
– la qualité des données : avec des millions de clients de toute nature, il est complexe d’avoir les bonnes données et d’en garantir la mise à jour. Il faut donc renforcer le cadre de la gestion des données ainsi que leur qualité pour que l’IA donne de bons résultats ;
– le processus de mise en production et l’entretien des modèles, avec un investissement technique de capacité de calcul et un cadre précis à définir pour le faire de manière ordonnée et planifiée ;
– les risques liés à l’IA. En particulier, comment s’assurer que ces IA ont toutes les vertus nécessaires en matière d’explicabilité, de transparence, et de biais secondaires cachés ?
Nous construisons un cadre avec la gouvernance associée (voir encadré). Nous continuons de travailler sur la fréquence et la profondeur des contrôles selon la sensibilité du cas d’usage en question. Le système de maîtrise des risques et de contrôle va monter en puissance pour suivre les dispositions de l’IA Act.
Ces quatre fondamentaux devront être mis en place opérationnellement d’ici à la fin de l’année.
L’IA générative va transformer l’ensemble de métiers du groupe. Quelles sont les familles de cas d’usage envisagées ?
Nous avons quatre grandes familles. La première est celle de la relation client qui permet d’améliorer la connaissance client de manière à les conseiller de façon plus personnalisée. Les assistants virtuels nous intéressent plus particulièrement pour répondre aux questions des clients à tout moment.
Une deuxième grande famille est celle de l’informatique avec la capacité à générer soit du code, soit de la documentation de code, de manière plus efficace, avec moins d’erreurs. Mais aussi la surveillance de nos systèmes avec l’analyse prédictive des pannes.
La troisième famille est relative aux activités de marché. Comment des modèles plus puissants permettent d’analyser des signaux faibles et d’assister le travail en salle de marché.
La dernière famille est plus générique autour de l’interprétation, la compréhension de documents et la rédaction. On peut imaginer des cas d’usage d’analyse de risque de crédit qui font gagner du temps sur la constitution du dossier avant d’apporter son expertise pour affiner la recommandation. On pourra aussi, par exemple, analyser l’ensemble de nos contrats avec nos fournisseurs pour s’assurer que les réglementations sont respectées.
Selon une étude de Citi, les bénéfices du secteur bancaire mondial pourraient augmenter de 9 % grâce à l’adoption de l’IA en 2028. Quels sont les gains de productivité attendus avec l’IA générative ?
Nous n’avons pas calculé précisément l’impact de l’IA générative, mais on estimait déjà que l’IA allait générer pour BNP Paribas 500 millions d’euros de création de valeur à horizon 2025 grâce à 1000 cas d’usage.
Suite à l’accord avec Mistral AI, nous réévaluons à la hausse ce nombre à horizon 2026, avec encore plus de création de valeur sous forme de revenu annuel additionnel, de processus plus efficace ou de marketing plus pertinent qui génère plus de revenus avec une sélection des clients plus affinée et une charge de risque en diminution.
Cela va-t-il avoir un impact sur les effectifs ?
La question de l’emploi se pose pour toutes les révolutions technologiques.
Le métier de banquier a toujours évolué et continuera à évoluer, notamment avec l’IA qui permet d’offrir à nos clients de nouveaux services et d’améliorer la qualité de l’expérience client. Nous pouvons automatiser des processus mais l’expertise, le conseil et la capacité à décider restent propre à l’humain. Le banquier reste au cœur de notre modèle. Nous nous appuierons également sur les cas d’usage. Si demain, nous sommes capables de gagner 20 % sur le coût de développement d’un projet informatique, le plus probable est que nous pourrons faire plus de projets et ainsi améliorer notre capacité à transformer la banque.
Quoi qu’il en soit, notre priorité est de garantir la montée en compétence et l’employabilité de tous nos collaborateurs. Pour améliorer leur formation, nous avons décidé de rassembler toute notre offre de formation relative à la data et à l’IA sous la forme d’une académie, avec des filières comme à l’Université. Nous appliquons le même modèle que celui que nous avons opéré en matière de finance durable.
En quoi l’IA générative va-t-elle jouer un rôle dans l’accélération de la transformation de la banque ?
Aujourd’hui, l’intensité des relations avec les clients s’est considérablement renforcée. L’IA générative va permettre d’améliorer, de mieux personnaliser ces canaux d’interaction avec les clients. Lorsqu’elle permettra de mieux conseiller, ce sera un pas en plus. Et dès qu’elle permettra, quand elle sera prolongée par tous les moyens d’automatisation nécessaires, au client de donner une instruction orale et que la machine l’exécute, ce sera vraiment un tournant dans l’expérience client.
Aujourd’hui, on n’en est pas encore là. Tout cela s’inscrit en continuité avec ce que nous avons fait jusqu’à présent. Mais on peut avancer que tout cela pourrait être effectif d’ici 2030.
À long terme, nous nous poserons la question du poids relatif des différents canaux d’interaction avec les clients. Combien d’agences bancaires dans cinq ans, je n’ai pas la réponse à cette question. Mais nous observons que les clients veulent de l’interaction avec une personne et ils veulent du conseil. Pas tous les jours et pas sur tout mais quand ils en ont besoin, pour des projets de vie mais aussi dans les moments difficiles.
L’IA générative est une étape transformante pour la banque. Car cela va toucher tous les domaines. Mais c’est un continuum, même si le rythme de l’innovation technologique s’accélère.
Propos recueillis par Emmanuelle Leneuf, éditrice du FlashTweet