L’intelligence artificielle,
catalyseur de la transformation

Créé le

16.04.2024

-

Mis à jour le

23.04.2024

Ouvrir l’écosystème financier augure d’un vaste champ de développements, mais aussi d’une transformation plus profonde. Sous réserve de la capacité des acteurs à s’adapter.

L’avènement de l’open finance marque une révolution dans le secteur financier, bien au-delà de la simple évolution de l’open banking. Cette transformation, qui s’est heurtée à la complexité des systèmes d’information bancaires et à la sacro-sainte protection des données clients, trouve aujourd’hui son catalyseur : l’intelligence artificielle (IA). Ce n’est plus un secret, l’IA ne joue plus un rôle de support dans l’open finance ; elle en devient un acteur clé, redéfinissant les contours du secteur financier.

Longtemps, les banques ont conservé les données de leurs clients sans les exploiter pleinement. L’IA change la donne. Elle distingue les sources d’informations structurées, comme les transactions, des sources non structurées, telles que les communications avec un conseiller, et soulève un défi majeur : celui de l’unification et de l’exploitation pertinente et non biaisée de ces données.

L’open finance porte en soi la capacité à briser les silos de données propriétaires. Aucune institution financière ne peut se contenter de ses données internes pour offrir des recommandations véritablement pertinentes. Les données externes deviennent cruciales, pour entraîner les modèles d’IA mais aussi pour enrichir l’analyse des informations clients.

L’IA joue également un rôle prépondérant dans la sécurisation et la fiabilité des transactions financières. En vérifiant les données et documents, l’IA contribue de manière significative à la lutte contre la fraude. Elle est capable d’analyser en profondeur les informations fournies par les clients, de les comparer avec leur comportement bancaire réel, et de détecter ainsi toute incongruité ou anomalie qui pourrait indiquer une tentative de fraude. Cette évolution est essentielle pour gagner la confiance des utilisateurs et encourager l’adoption généralisée de l’open finance, pavant ainsi la voie à un avenir financier plus inclusif et innovant.

Les implications sont vastes. Quelques entreprises facilitent déjà l’accès à des informations génériques en sécurisant le partage de données entre entités, réduisant ainsi la charge des banques et redistribuant la chaîne de valeur au sein de l’industrie. L’IA permet de prédire les tendances de marché et d’offrir des conseils d’investissement plus affinés, comme le montre l’exemple de banques numériques avec l’agrégation des comptes clients ou d’autres qui proposent la gestion de patrimoine. À l’avenir, grâce à des modèles prédictifs avancés, il sera possible d’évaluer la dynamique de carrière d’un individu pour anticiper son potentiel de financement, révolutionnant ainsi l’évaluation du risque et la gestion de portefeuille.

Cependant, des défis demeurent. Certains acteurs du secteur, notamment dans le monde des actifs alternatifs, restent ancrés à d’anciens paradigmes et se heurtent à des limites technologiques. La transition vers l’open finance, bien qu’inéluctable, dépendra de la capacité de ces acteurs à embrasser la nouvelle réalité.

Laisser le marché évoluer

La gouvernance des données et la régulation du secteur nécessitent une attention particulière. Les institutions européennes sont en train d’établir un cadre réglementaire plus strict pour assurer une utilisation éthique et durable des données, mais il est fondamental de laisser le marché évoluer pour identifier les cas spécifiques nécessitant une régulation.

L’Union européenne a déjà mis en place un cadre de transparence, le Règlement sur la publication d’informations en matière de durabilité dans le secteur des services financiers (SFDR1). Cette réglementation pose les bases d’une évolution vers des pratiques plus responsables et durables.

L’open finance, propulsé par l’IA, offre non seulement un gain d’efficacité opérationnelle mais aussi une amélioration significative de la fiabilité des services financiers. Grâce à une analyse plus profonde et personnalisée des données clients, l’IA ouvre de nouvelles voies pour conseiller, investir et gérer les risques financiers. La transition vers ce nouvel écosystème est en march ; son succès repose sur notre capacité collective à naviguer entre innovation, régulation et éthique.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº892
Notes :
1 « Sustainability-related Disclosure in the Financial Services Sector » : https://finance.ec.europa. eu/sustainable-finance/disclosures/sustainability-related-disclosure-financial-services-sector_en