L’intelligence artificielle (IA) n’a peut-être pas encore transformé l’économie mondiale, mais elle a déjà changé le visage des marchés financiers. La thématique des investissements dans l’IA, représente d’ores et déjà directement ou indirectement près de 40 % du marché actions américains, que ce soit à travers Nvidia, les géants de l’internet (Alphabet...) ou encore des fournisseurs et autres acteurs de l’infrastructure. Le risque de surchauffe est régulièrement évoqué, que ce soit sur les valorisations ou sur le montant des investissements. La polarisation, dénoncée sur le plan politique, n’épargne pas les milieux économiques et ainsi deux camps se dessinent : d’un côté, ceux considérant que cette phase d’investissement et de valorisation exubérante devrait bientôt prendre fin, de l’autre, ceux pensant qu’il s’agit d’un début et que la révolution est sur le point de prendre de l’ampleur.
600 milliards d’investissements
L’idée n’est pas ici de tenter de départager les deux camps, simplement d’observer quelques données et de qualifier les risques, les opportunités étant déjà très largement relayées dans les médias. Le risque de surinvestissement est réel, mais les conséquences ne seront en rien semblables à la bulle des années 2000. Il est vrai que Meta, Google, Amazon et Microsoft avancent des investissements sans précédent pour déployer les modèles d’IA, ces derniers ont de nouveau été révisés à la hausse pour l’année 2026 : plus de 600 milliards de dollars d’investissement sont désormais attendus par les géants de l’internet, soit plus de 60 % de hausse annuelle.
Cette intensité capitalistique nouvelle se répercute mécaniquement sur les valorisations de ces acteurs. En effet, à situation exceptionnelle, mesure exceptionnelle : si le fameux ratio de prix sur bénéfice par action n’est en rien exubérant d’un point de vue historique (22 fois les attentes de bénéfice à 12 mois), un ratio tenant compte de ces investissements est beaucoup moins flatteur (170 fois les attentes de flux de trésorerie à 12 mois, un point historiquement haut).
Même si les géants technologiques ont récemment dû s’endetter pour financer ces investissements, force est de constater qu’ils jouissent d’une flexibilité financière leur permettant de ralentir à tout moment pour reconstituer leur trésorerie. Le risque se concentre donc plutôt sur les nouveaux entrants tels que les concepteurs de modèles d’IA générative. Ils n’ont pas les capacités financières des géants technologiques et doivent donc passer par des mécanismes de financement circulaire pour justifier des dépenses capitalistiques colossales.
Des ressources énergétiques manquantes
Ce risque de surinvestissement se couple à deux autres contraintes majeures auxquelles il faudra incontestablement faire face : la capacité de monétisation des modèles d’IA et la contrainte physique, inhérente à un super-cycle de construction d’infrastructure, dont l’accès à une source d’énergie fiable semble la plus imminente. La première prend forme, certes, mais à un rythme bien moins soutenu que le rythme des investissements mentionnés plus haut, dans un contexte de concurrence féroce entre acteurs aux poches profondes.
La seconde contrainte se pose comme une évidence : les gigantesques centres de données IA construits aux États-Unis nécessitent plus d’un gigawatt de capacité, l’équivalent d’une centrale nucléaire, ou assez pour fournir en électricité plus d’un demi-million de foyers américains. Fournir une telle capacité incrémentale requiert la construction de nouvelles infrastructures qui peuvent prendre des années, mais également le renouvellement d’un réseau électrique vieux de près d’un demi-siècle.
Ceux qui extrapolent une croissance linéaire ou même exponentielle seront surpris par les éventuels trous d’air qui ne manqueront pas d’arriver, tout comme les faillites ou retraits d’acteurs qui ne peuvent tenir la cadence. Dans ce contexte, la surchauffe boursière va heurter principalement les investisseurs qui n’ont pas effectué un travail de diversification suffisant.
Ce travail est complexe : investir via un indice sur les actions monde ne fournit pas cette diversification, au contraire, c’était le sens de mon commentaire précédent sur la part de l’IA dans les indices boursiers. Pour se diversifier, il faudra investir de manière plus active dans des segments décorrélés de la thématique comme la santé ou l’Inde.