Innovation

Extension du domaine
de l’intelligence artificielle

Créé le

19.01.2026

-

Mis à jour le

30.01.2026

Trois ans après le lancement de ChatGPT et la révolution de l’intelligence artificielle (IA) générative, le CES de Las Vegas, qui s’est tenu du 6 au 9 janvier 2026, marque un tournant vers l’IA physique et l’expansion quasi universelle de l’IA.

Jensen Huang le patron de l’emblématique Nvidia l’a déclaré : « Le moment ChatGPT pour l’IA physique est là, ce moment où les machines commencent à comprendre, à raisonner et interagir avec le monde réel. » Cette annonce effectuée début janvier 2026, lors du dernier Consumer Electronic Show (CES) de Las Vegas, événement incontournable des innovations technologiques mondiales, fait écho aux dernières avancées rapides que connaît notre économie.

La révolution de l’IA a été, pour les plus anciens, la victoire en 1997 de Deepblue d’IBM sur Gary Kasparov, aux échecs, et avait été un choc.

Pour le grand public, le lancement de ChatGPT en novembre 2022 a démocratisé l’entrée dans l’ère de l’IA générative et bouleversé notamment la création de contenu. Les premiers déploiements de l’IA agentique, avec des assistants pour la logistique ou les services client ont amorcé des pivots majeurs dans le monde du logiciel, du commerce et des services. Nous entrons donc dorénavant dans l’ère de l’IA physique avec une extension encore plus large à notre quotidien qui prend la forme de voitures autonomes, d’applications industrielles étendues, et surtout des robots humanoïdes aux capacités exceptionnelles et dont la dextérité a impressionné lors du CES de Las Vegas !

Objectif : hallucination interdite

Les préoccupations des acteurs de la filière IA semblent pivoter. La volonté ultime de certains d’accéder à l’IA générale, cette IA capable de comprendre, apprendre et accomplir n’importe quelle tâche intellectuelle qu’un humain peut réaliser, dans des domaines très variés, laisse (peut-être ponctuellement ?) place à des considérations bien plus pragmatiques et, on peut l’avouer, plus rentables à court terme.

À un moment où Amazon emploie plus d’un million de robots, pour sa manutention notamment, le choix de modèles d’IA spécialisés est clé, sans oublier toutefois les dimensions polyfonctionnelles qu’ajoutent les dernières avancées de l’IA. Et prime à la sécurité, surtout lorsque l’on promeut des véhicules autonomes, à l’instar de Waymo, filiale d’Alphabet très présente dans le showroom du CES. Waymo est déjà actif dans plusieurs grandes villes américaines comme Atlanta, Austin, Phœnix ou San Francisco, avec un taux d’accident infime par rapport aux véhicules conduits par des humains. En matière d’IA, impossible en effet de tolérer la moindre « hallucination », commune dans les outils d’IA générative, lorsqu’il s’agit de transport du quotidien ou de robots travaillant à proximité d’humains !

Une nouvelle révolution industrielle

Les industriels qui se sont exprimés lors du CES (Amazon, Brunswick, Carrier, Caterpillar, Deere, Hyundai, Nvidia, Oshkosh, PepsiCo, Siemens, Xylem...) ont été particulièrement optimistes quant à la convergence de l’IA et du physique. Plusieurs axes sont étudiés : gains de productivité, maintenance prédictive et suivi des tâches, optimisation des ressources, amélioration de la sécurité des salariés, concentration sur des tâches à plus forte valeur ajoutée, mais aussi proposition de nouveaux services aux clients. Ces exemples font partie des améliorations apportées par cette ère de l’IA physique.

L’illustration la plus spectaculaire de la convergence de l’IA et du physique est peut-être présentée par Hyundai avec des démonstrations incroyables de son robot humanoïde Atlas développé par sa filiale Boston Dynamics et qui sera implanté dès 2028 dans des usines du groupe.

Les conséquences de cette nouvelle révolution industrielle sont multiples. En tant qu’investisseurs sur les marchés, il faut sélectionner, industrie par industrie, les entreprises capables de bénéficier de gains de productivité liés à cette révolution et surtout capables de s’appuyer sur l’IA pour mieux servir leurs clients. Finie la période facile où il suffisait de choisir les fournisseurs de la révolution IA que sont les fabricants de composants, de cloud et de data centers, notamment au sein des « Magnificent seven », ces géants de la Tech US parmi lesquels on peut compter Alphabet, Amazon, Nvidia ou Microsoft...!

Repenser la place du travail
de l’homme

Tous les secteurs sont concernés. La révolution IA s’impose ainsi dans le monde du commerce. Chez Walmart, on commence par avouer que les clients souhaitent continuer à faire du shopping mais on optimise l’expérience et notamment le scrolling sur smartphone, grâce à l’agent Sparky. Ce sont du reste trois agents IA qui sont déployés par le plus grand distributeur du monde : Sparky, Wally pour les achats et Marty pour les annonceurs !

L’impact de l’IA dépasse les gadgets bureautiques et appelle à repenser le monde du travail. Jensen Huang constate, en compagnie de Roland Busch, CEO de Siemens, qu’ « une usine, c’est finalement un robot qui supervise des robots ».

Quelle place alors pour l’homme dans le monde du travail ? Caterpillar donne, avec ses véhicules miniers autonomes implantés dans des zones de météo extrême, une partie de la réponse : « Il s’agit avant tout de définir les métiers que les hommes ne veulent ou ne peuvent pas exercer. »

L’humanité va y gagner !

Les applications de l’IA offrent des perspectives favorables pour l’environnement. Alors que les ressources en eau se font rares, Xylem vante la capacité de l’IA et des outils connectés pour détecter les fuites d’eau potable, avec des résultats spectaculaires. Carrier, qui équipe 40 millions d’Américains en climatisation, optimise grâce à l’IA la consommation d’eau (25 % de l’eau consommée par un foyer) et d’électricité (40 % de la consommation électrique).

Le monde de la santé n’est pas en reste : dans le diagnostic, mais aussi dans la recherche, avec une IA qui accélère radicalement certains processus, dans la médecine de précision, avec les robots chirurgicaux, dans la médecine à distance, dans l’accompagnement au quotidien de patients souffrant d’une dégradation de la santé mentale, ou encore dans les wearables, ces appareils électroniques portables et connectés... Il s’agit bien entendu de soigner, mais aussi d’accompagner l’allongement de la durée de vie dans de meilleures conditions.

Pour le monde de la banque et de l’assurance, les premières phases de la révolution IA sont en cours d’implémentation, mais des éléments sociétaux liés à l’expansion de l’IA physique (les robots) sont à prendre en compte : un effort de formation et une organisation en phase avec cette mutation, une nouvelle approche face au temps gagné et une espérance de vie allongée sont autant de paramètres à intégrer dans une nouvelle équation sociétale. Alors, bienvenue dans l’ère de l’IA physique !

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº913
Biographique de l’auteur