La finance tokenisée est désormais sortie de la phase purement exploratoire pour entrer dans une phase de structuration progressive. Elle ne se résume plus à la seule émission d’actifs numériques : elle s’étend désormais aux infrastructures de marché, aux paiements, au règlement-livraison et à l’optimisation du collatéral. Les participants ont souligné que les grands acteurs de marché se préparent activement, non seulement pour capter de nouvelles opportunités, mais aussi pour répondre à des enjeux croissants de compétitivité et de souveraineté. Trois points forts ont marqué les débats.
Un gain à démontrer
Un premier point a porté sur les cas d’usage aujourd’hui jugés les plus pertinents. Du côté des infrastructures établies, la priorité semble porter sur des applications concrètes et ciblées, en particulier les paiements 24/7, les dépôts tokenisés, les opérations de repo ou encore certains segments des marchés de capitaux. Il a également été rappelé que la proposition de valeur doit rester très claire : les infrastructures traditionnelles ont été construites au prix d’investissements considérables, et leur remplacement ne se justifie que si les gains en efficacité, en résilience ou en fluidité sont démontrés. Plusieurs exemples ont illustré cette logique, comme les travaux menés autour de la dette de court terme ou l’intérêt croissant pour la gestion et l’optimisation du collatéral.
Vers une pluralité de DLT
La question de l’interopérabilité a constitué un autre axe central des échanges. Un consensus s’est dégagé sur le fait qu’il n’y aura pas « une » blockchain unique, mais une pluralité de DLT, publiques ou privées, portées par des coalitions, des institutions ou des écosystèmes spécialisés. Dans ce contexte, l’interopérabilité ne peut pas être pensée uniquement comme un problème technique : elle implique aussi des standards communs, des interfaces avec la finance traditionnelle, et des mécanismes de confiance compatibles avec les exigences institutionnelles en matière de contrôle, de KYC et de conformité. Les participants ont ainsi insisté sur le rôle que pourront jouer les couches d’orchestration et les acteurs d’infrastructure pour relier ces différents mondes, tout en évitant l’idée d’un basculement intégral et immédiat on-chain.
Une réglementation nécessaire
Enfin, la discussion sur le passage à l’échelle a montré que la réglementation n’est plus seulement perçue comme un frein, mais aussi comme une condition de maturation du marché. Les cadres existent désormais davantage, même si des problèmes d’alignement subsistent encore entre juridictions et entre régimes applicables. Cette clarification réglementaire, combinée aux progrès sur les stablecoins, les dépôts tokenisés et certains cas d’usage institutionnels, explique en partie pourquoi le sujet semble plus mûr aujourd’hui qu’il ne l’était il y a dix ans. Les échanges ont toutefois rappelé qu’un changement d’échelle durable supposera de répondre à une exigence essentielle : démontrer la robustesse de ces nouveaux dispositifs en situation de stress. À horizon de cinq ans, la direction prise semble globalement jugée pertinente, mais les intervenants ont insisté sur le fait que l’adoption dépendra moins de la promesse technologique seule que de la capacité à construire des infrastructures sûres, interopérables et réellement utiles pour les marchés.