« Je ne suis pas payé
pour emprunter le chemin le plus confortable »

Créé le

24.05.2024

À l’origine de l’offre de rachat hostile
sur Sabadell, le président de BBVA,
Carlos Torres Vila, s’impose comme
l’un des banquiers stars en Espagne.

Coup de maître ou flop annoncé ? En décidant de lancer une offre publique d’achat (OPA) hostile sur Sabadell le 9 mai dernier, Carlos Torres Vila, président de BBVA, a plongé l’Espagne en état de choc. Il faut en effet remonter à l’OPA ratée de la Banque de Bilbao, alors numéro trois en Espagne, sur son concurrent Banesto en décembre 1987 pour retrouver un mouvement de concentration hostile dans le secteur bancaire espagnol.

Cette offre de rachat possède aussi un petit air de déjà-vu : le numéro deux du marché espagnol a déjà tenté de mettre la main sur son concurrent catalan en novembre 2020. Mais les pourparlers s’étaient soldés par un échec, BBVA et Sabadell n’ayant pas réussi à se mettre d’accord sur le ratio d’échange de leurs actions.

Tout avait pourtant bien démarré : Carlos Torres Vila a expliqué avoir rencontré à la mi-avril son alter ego chez Sabadell, Josep Oliu, pour discuter d’un rapprochement. Des fuites dans la presse auraient alors précipité l’annonce d’une OPA : « Nous n’avons pas pu avoir ce meeting le 30 avril comme prévu de ce fait, a indiqué publiquement Carlos Torres Vila. Les fuites nous ont contraints à déposer les communications financières (filings) obligatoires. »

La première offre non sollicitée, qui évaluait les actions de Sabadell à une prime de 30 %, est refusée par le conseil d’administration de la banque cible. Motif : l’offre sous-évalue considérablement le potentiel et les perspectives de croissance de la banque catalane.

Aucune marge de manœuvre

Dans un message électronique à Sabadell, rendu public, Carlos Torres Vila riposte en signalant ne disposer d’aucune marge de manœuvre pour relever l’offre. On connaît la suite : BBVA contre-attaque en s’adressant aux actionnaires de Sabadell sans changer les conditions de l’OPA : toujours 12,23 milliards d’euros avec un rapport d’échange d’une action BBVA nouvellement émise pour 4,83 actions Sabadell, soit une prime de 30 % par rapport aux cours de clôture du 29 avril. En réponse, le gouvernement espagnol, qui doit approuver in fine de son blanc-seing l’opération, s’y montre farouchement hostile.

La transformation réussie de cette transaction constituerait pourtant un point d’orgue à une carrière impeccable. Originaire de Salamanque en Galice dans le nord-ouest de l’Espagne, Carlos Torres Vila déménage à Boston pour étudier l’ingénierie électrique puis le commerce au sein de la prestigieuse université américaine MIT, avant de passer plus d’une décennie chez McKinsey. Il rejoint ensuite l’énergéticien espagnol Endesa en 2002, avant de quitter l’entreprise cinq ans plus tard, après son rachat par l’Italien Enel. Chez BBVA, qu’il intègre en septembre 2008, il occupera successivement les postes de directeur de la stratégie et de responsable de la banque digitale, avant de prendre la responsabilité des opérations et la direction générale du groupe en mai 2015.

BBVA peut encore mieux faire

Depuis 2018, lorsque Carlos Torres Vila accède à la présidence du groupe, le dynamisme de BBVA ne faiblit pas : en 2021, le groupe cède la totalité de sa branche américaine à PNC Financial Group pour 11,6 milliards de dollars avant de monter à plus de 86 % dans sa filiale turque Garanti en 2022, moyennant 1,4 milliard d’euros. Pour ne rien gâcher, le groupe est très performant : en 2023, BBVA a généré des bénéfices historiques de 8 milliards d’euros et peut encore mieux faire, selon Carlos Torres Vila. Ce dernier parie en effet sur une marge de manœuvre supplémentaire au Mexique, où BBVA dégage près de la moitié de ses revenus, et de bonnes perspectives en Turquie, son troisième marché.

Pour l’heure, l’issue de l’OPA est encore loin d’être tranchée. BBVA doit ainsi convaincre plus de la moitié des détenteurs du capital de Sabadell de la pertinence de son offre. Le prêteur doit aussi déposer prochainement le prospectus de l’OPA auprès du régulateur CNMV, avant de demander le feu vert de l’autorité de la concurrence espagnole ainsi que le soutien de la BCE et du régulateur britannique, la PRA. Au Financial Times, Carlos Torres Vila signalait que la décision la plus simple aurait été d’en rester là après le rejet initial de Sabadell : « je ne suis pas payé pour emprunter le chemin le plus confortable mais pour m’assurer de donner de la valeur aux actionnaires », a-t-il indiqué. L’avenir dira s’il a bien fait.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº893
Dates clés
Chez BBVA
2018 Président
2015 Directeur général
2014-2015 Responsable de la banque numérique
2008-2014 Responsable de la stratégie et du développement d’entreprise
Auparavant
2007 Directeur financier d’Endesa
2002-2017 Directeur de la stratégie et membre du comité exécutif d’Endesa
1990-2002 McKinsey & Company
(élu associé en 1997)