La CSRD, une vraie
problématique data

Créé le

14.11.2023

-

Mis à jour le

21.11.2023

Se préparer à l’obligation de reporting RSE nécessite une approche structurée afin de clarifier les concepts, de faire remonter des données pertinentes et d’assurer la qualité et l’auditabilité des indicateurs.

Pour plus de 50 000 entreprises européennes, l’extension sans précédent du reporting RSE aura lieu dans moins de 400 jours. Près de 1 200 données à communiquer, des thématiques nouvelles (biodiversité, communautés affectées...), l’inclusion des partenaires amont (fournisseurs) et aval (distributeurs, clients) dans le périmètre étudié, une matérialité étendue aux impacts de l’activité de l’entreprise, la nécessité de faire auditer et de publier la méthode de construction et les résultats obtenus, c’est peu de dire que la CSRD (Corporate Sustainability Reporting Directive) représente une petite révolution pour les acteurs concernés.

Afin d’atteindre ce résultat ambitieux, il convient de traiter plusieurs dimensions. Les plus évidentes d’abord : mobilisation de l’ensemble des acteurs contribuant à la chaîne de valeur (internes et externes), analyse des textes réglementaires et, surtout, mise en place d’une gouvernance dédiée et d’une démarche de travail. Ensuite, vient la question de la mise en œuvre concrète du reporting.

Calculer des indicateurs auditables, c’est de la data

Sur les 1 178 data points publiés par l’EFRAG (European Financial Reporting Advisory Group) le 26 octobre, près des trois quarts sont dits « narratifs » (description des démarches engagées, éléments de contextualisation...). Il reste néanmoins près de 300 indicateurs à produire.

Par ailleurs, l’ensemble du reporting sera audité par un tiers indépendant, avec un niveau d’assurance modéré dans un premier temps (20 % du périmètre), puis raisonnable à partir de 2028 (50 % du périmètre).

Ces deux exigences font écho aux démarches de mise en œuvre data, où calculer des indicateurs auditables est précisément l’objectif recherché.

Plusieurs étapes clés jalonnent cette démarche. Il faut d’abord construire un core data model, pour définir les concepts (les « objets métier ») et forger un vocabulaire commun à tous les acteurs, internes ou externes.

Sur la base des data points, on documentera ensuite les indicateurs attendus pour chaque European Sustainability Reporting Standard (ESRS), avec leurs modalités de calcul, leurs axes de consolidation et les « objets métier » sur lesquels ils s’appuient.

En parallèle, des travaux conséquents d’identification et de qualification des sources de données, qu’elles soient issues d’un système d’information (SI), interne ou externe, ou collectées manuellement, seront menés. En l’absence de sources existantes, la mise en œuvre d’un processus de collecte fiable et documenté sera indispensable pour assurer l’auditabilité. Des standards d’échange seront également à définir avec les parties prenantes externes. Les données collectées devront être vérifiées et fiabilisées. Ce processus sera également à documenter.

Pour la mise en œuvre des trajectoires et leur suivi dans le temps, il faudra se mettre en capacité de recalculer l’ensemble des indicateurs selon de nouvelles règles. En effet, sur des thématiques aussi nouvelles, il y a fort à parier que les règles de calcul et le périmètre de reporting vont évoluer au fil du temps, rendant inopérants les calculs des exercices passés pour la trajectoire future.

Enfin, la capacité à industrialiser progressivement la production du reporting RSE et à mettre à disposition des outils de visualisation permettra de mieux communiquer (en interne, auprès des clients et des actionnaires...) et surtout d’intégrer ces nouveaux indicateurs au pilotage d’entreprise pour mener à bien la véritable révolution, celle de la transformation des modèles d’affaires vers des modèles enfin soutenables.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº886