La finance durable
n’a jamais été autant
indispensable

Créé le

16.10.2026

-

Mis à jour le

29.10.2026

Alors que les engagements ESG sont contestés, la transition écologique et sociale impose au contraire de maintenir le cap.
Les banques doivent financer les acteurs utiles, mesurer l’impact
de leurs choix et en apporter la preuve.

Il est franchement paradoxal que les politiques ESG soient remises en cause au moment où nos économies occidentales sont de plus en plus soumises à des contraintes majeures (technologiques, énergétiques, accès aux matières premières...). Vouloir s’en libérer en pensant devenir plus compétitifs face au reste du monde est illusoire voire suicidaire. Il faut au contraire parier sur les exigences d’une économie régénérative pour retrouver une position stratégique. La finance durable en est un outil, qui peut de ce fait contribuer à la résilience de la société et à la survie de notre civilisation sur la planète.

Face aux doutes : imposer l’urgence scientifique

Les connaissances scientifiques démontrent chaque jour que nous allons vers un épuisement des ressources naturelles de notre planète. Cette trajectoire n’est structurellement pas compatible avec la façon dont nous avons conçu et organisé notre confort de vie. Nous sommes donc aujourd’hui face à des choix systémiques dont dépend l’avenir, non pas de la planète qui pourra se passer de nous, mais de ce que l’humanité a construit.

Les banques et les institutions financières ont un rôle majeur à jouer dans cette transition, à leur échelle et dans leurs responsabilités, notamment en soutenant des projets durables et utiles au travers de leurs stratégies de financement. Donc en faisant des choix au détriment d’autres, en étant sélectives.

Cela n’est pas naturel et certains contestent que ce soit leur vocation de faire des choix qui ne soient pas seulement guidés par la rationalité financière, et contestent même le principe d’exigences non financières fondées sur l’utilité écologique et sociale. Les institutions financières sont donc à la croisée des chemins et j’aurais pour ma part plutôt tendance à inverser les termes du débat : comment les banques peuvent-elles encore ne pas financer utile ?

Certes, les notions de durabilité et d’utilité comportent une part de subjectivité et d’incertitude. Néanmoins, on peut difficilement nier que toutes les entreprises qui forment le lien social, aussi bien dans les centres-villes que dans les bourgs isolés, sont utiles. Il en va de même pour celles qui défendent la souveraineté alimentaire ou sanitaire. Il y a donc une multitude d’acteurs économiques qui sont sans aucune ambiguïté utiles. Les financer est donc utile par nature, cela relève du bon sens, d’autant plus qu’utilité et performance financière ne sont pas incompatibles. La performance des uns peut servir celle des autres.

Face aux réalités scientifiques et sociales, la mesure d’impact de nos financements devrait s’imposer comme un prérequis de place : nous pouvons et nous devons financer des projets durables. Loin de s’essouffler face aux crises, les besoins de financement de la transition sont croissants. Et contrairement à certaines idées reçues, qui laissent présager un recul de ces enjeux, nous constatons sur le terrain qu’il y a désormais dans la société une véritable prise de conscience, non seulement parmi les personnes sensibilisées à ces enjeux sociaux et environnementaux, mais aussi, beaucoup plus largement, dans toutes les franges de la société. Au sein des territoires les acteurs du développement économique et social constatent et subissent les réalités concrètes du dérèglement climatique. Les entreprises, les agriculteurs, les associations, les collectivités locales... tous ces acteurs et bien d’autres doivent repenser leur activité dans ce cadre-là. La dynamique est lancée et notre responsabilité de banquiers est de maintenir ce cap, pour embarquer collectivement nos clients vers cette trajectoire.

Maintenir le cap face aux engagements
de court terme

Les entreprises ne peuvent plus se contenter d’avoir les yeux rivés sur leur seule activité. Elles doivent intégrer d’autres dimensions dans leur responsabilité économique.

Au Crédit Coopératif, nous faisons le choix du maintien voire de l’approfondissement du cap. Nous assumons pleinement depuis une quarantaine d’années le fait d’être une banque engagée, qui conditionne son activité à une certaine vision du monde. Non seulement en veillant à la provenance de nos ressources et en ne les employant pas n’importe où. Nous assumons de financer prioritairement dans des secteurs et dans des filières utiles, responsables et durables. Nous avons été pionniers sur le bio et sur les énergies renouvelables. Nous avons inventé l’investissement socialement responsable et la finance solidaire. C’est dans l’ADN du Crédit Coopératif et nous devons conserver cette capacité de nous projeter sur de nouveaux territoires à impact positif. C’est d’autant plus indispensable aujourd’hui sur des chantiers complexes comme la protection de la biodiversité, l’accès aux soins, les technologies de santé, la production agricole, l’alimentation durable, la transformation écologique de l’industrie...

Bien que nous évoluions dans un monde de plus en plus incertain et que les acteurs économiques soient dans l’obligation compétitive de faire certains arbitrages de court terme, cette stratégie n’est pas forcément plus difficile à tenir aujourd’hui que par le passé. Nous ne notons d’ailleurs pas d’inflexion majeure dans la nature des sollicitations que nous font remonter nos clients. Ce serait même plutôt l’inverse : ils sont demandeurs de solutions qui correspondent aux valeurs qu’ils défendent... et qu’ils partagent avec nous.

Nous n’avons d’ailleurs jamais eu autant de clients dans des secteurs très différents, notamment des entreprises, qui nous sollicitent avec des exigences fortes en matière de critères ESG. Si le contexte macroéconomique pousse naturellement certains à interroger la rentabilité de leurs dépôts, ils ne renoncent pas pour autant à leurs exigences d’impact, conformément à nos engagements communs fondateurs.

Ce sont d’ailleurs nos clients, à l’origine, qui nous ont demandé d’être une banque engagée, dans le cadre de notre fonctionnement coopératif et de l’éthique que nous lui associons. Mais ils attendent et nous demandent aujourd’hui un supplément d’expertise, d’ingénierie et d’accompagnement. Au-delà du simple octroi de crédit, notre rôle est d’animer un écosystème coopératif de partage de bonnes pratiques et de retours d’expérience pour accélérer leur propre transition.

Réinventer nos exigences

Les banques doivent être irréprochables sur le circuit de l’argent pour ne pas trahir la confiance des clients.

Le débat sur la finance durable nous impose une grande lucidité. Nous avons une conviction : il ne s’agit ni d’un effet de mode ni d’un supplément d’âme, mais du cœur même de notre responsabilité de banquier. Face à la complexité de ces sujets, le besoin de repères clairs est devenu fondamental pour nos clients et tous les épargnants, qui doivent pouvoir être en mesure de savoir à quoi sert leur argent.

C’est pourquoi nous avons pris des engagements en termes de transparence et que nous allons amplifier ceux qui sont relatifs aux indicateurs d’impact. Ce que nous excluons de faire ne suffit plus: nous voulons affirmer une vision et délivrer des preuves à l’appui de nos choix. Nous devons également approfondir notre travail de pédagogie économique et financière à destination de nos clients et sociétaires, car il est nécessaire de comprendre les mécanismes du nouveau monde qui s’annonce.

Tenir ses engagements et en faire la démonstration par la preuve concrète : c’est notre réponse à la remise en question actuelle de la finance durable, et la condition sine qua non pour pérenniser la confiance de nos clients.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº921