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Intelligence artificielle

Une inflexion rapide et profonde pour le secteur bancaire

Créé le

22.02.2024

-

Mis à jour le

18.03.2024

La combinaison de la montée en puissance de l’intelligence artificielle et des capacités de traitement et de stockage des données inaugure une période inédite. Ces technologies ne changeront pas les fondamentaux de l’industrie, mais elles vont radicalement transformer son fonctionnement, notamment avec l’IA générative.

En 2023, presque toutes les banques ont commencé à expérimenter l’intelligence artificielle (IA) générative avec, pour nombre d’entre elles, des résultats impressionnants. Le phénomène devrait sensiblement s’accélérer. Les banques sont en effet plus susceptibles de bénéficier de l’IA générative que tout autre secteur, avec une augmentation potentielle de la productivité de 22 % à 30 %. Pour parvenir à de tels résultats, il sera essentiel de placer les collaborateurs au cœur de la stratégie d’IA.

Un dividende digital à faire fructifier. La plupart des banques maîtrisent aujourd’hui l’expérience client digital. De fait, la grande majorité des points de contact se jouent à distance ce qui induit un enjeu de fond : transformer cette surface de contacts digitaux en conversations. L’IA est amenée à jouer un rôle clé à ce titre, en aidant à mettre à profit la richesse des données clients pour offrir une expérience engageante et authentique, avec le même niveau de personnalisation que celui proposé dans les réseaux de proximité.

Une meilleure prévision des risques. Les risques sont de plus en plus complexes à prévoir : la cybersécurité qui va nécessiter toujours plus d’investissements, les pressions croissantes sur l’immobilier résidentiel comme commercial dans un contexte de taux et d’accès à la liquidité transformé, les tensions géopolitiques, la profusion du shadow banking ou encore la fragilité de la croissance économique. L’IA pourrait être amenée ici aussi à jouer un rôle en aidant les dirigeants bancaires dans leur planification, en apportant une vision plus fine des grands inducteurs de risque.

Une toute nouvelle façon de travailler. L’ère digitale a été marquée pour les banques par une course aux talents. Celle de l’IA pose des défis différents dans la mesure où son développement impacte toutes les fonctions de la banque avec une rapidité et une profondeur inédite. La réponse viendra moins de l’ajout de nouvelles compétences que de la capacité à repenser organisation et modes de fonctionnement. Mais l’adoption de l’IA n’est pas sans ambivalence : notre étude montre que si seuls 29 % des dirigeants pensent que l’IA soulève des questionnements sur l’emploi, ce sont 58 % de leurs employés qui associent le développement de l’IA générative à une forme d’insécurité (lire l’encadré).

Une tarification mieux maîtrisée. Les banquiers ont une sensibilité et une connaissance fine de l’élasticité prix, le nouvel environnement de taux ne cesse de le rappeler. Toutefois, la capacité à apporter une réponse rapidement et efficacement, en gérant au mieux l’arbitrage volume vs valeur, sur des millions de combinatoires clients-produits-canaux, restait du domaine de la théorie. En donnant la capacité d’appréhender cette complexité mais aussi de simuler ses impacts, l’IA ouvre de nouvelles voies pour explorer une tarification mieux ciblée et davantage personnalisée.

Vers une approche cloud first. Le cloud reste un sujet complexe mais aussi au cœur des attentions avec l’accroissement des besoins en capacité de calcul, d’exploitation et de sécurisation des données. Les acteurs bancaires vont être amenés à s’orienter vers une approche cloud first avec une convergence croissante et un pilotage commun des infrastructures cloud et sur sites, facilitant les migrations.

Pour une réglementation plus équilibrée. Le volume de réglementations auxquelles les banques doivent se conformer a explosé depuis la crise financière de 2008 et cette inflation n’est pas amenée à marquer le pas. Si la régulation est une dimension essentielle des systèmes financiers, trouver le juste équilibre entre les besoins des régulateurs et les coûts induits pour les banques sera crucial en 2024. À ce titre, des progrès peuvent déjà être observés avec un partage de données plus efficace entre banques et régulateurs, et une digitalisation croissante.

De la technologie à l’ingénierie. L’IA, le cloud et les applications composables vont permettre de réduire considérablement le temps consacré à la gestion des infrastructures, permettant aux équipes IT de se concentrer de plus en plus sur l’innovation et la conception de nouveaux produits. De façon symétrique, les équipes métiers vont apprendre de leur côté à intégrer les potentialités qu’offrent les nouvelles frontières technologiques pour renforcer développement et créativité. Ce rééquilibrage de la « maintenance » vers la conception va permettre aux banques de nourrir de nouvelles trajectoires de développement.

Accélérer la modernisation des systèmes cœur. Les enjeux de modernisation des systèmes cœur bancaires n’ont rien de nouveau et n’ont fait que croître avec l’avènement du digital. Il y a matière à penser que nous entrons dans une nouvelle ère : en quelques mois d’existence, l’IA générative a démontré une capacité remarquable à procéder à la rétro-ingénierie pour démêler le code non structuré du langage COBOL, qui gère encore de nombreux traitements bancaires. Les outils et actifs à même d’accélérer la modernisation des systèmes cœur ne vont cesser de se multiplier.

Un déploiement à grande échelle

Beaucoup de fondamentaux ont évolué pour les banques, mais force est de constater que les coefficients d’exploitation sont eux restés relativement stables. En 2024, avec l’essor de la technologie, la courbe des coûts pourrait sensiblement s’infléchir. L’IA générative permet en effet de franchir de nouvelles frontières d’efficacité avec la possibilité de répondre à des enjeux d’automatisation et de simplification qui restaient encore inaccessibles, mais qui peuvent être désormais déployés à grande échelle.

Ce n’est pas la première fois que le secteur bancaire est confronté à une inflexion. Avec la diffusion croissante de l’IA générative, la transformation s’annonce particulièrement rapide et profonde en 2024. Elle est à la fois humaine, sociétale et technologique et suppose de concilier la vision stratégique avec la qualité et la vitesse d’exécution. À la clé, un nouveau palier dans l’efficacité opérationnelle.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº890
Une nouvelle façon de travailler
$!Une inflexion rapide et profonde pour le secteur bancaire