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Le répit entrevu à partir de fin 2021 avec le fort soutien financier apporté aux entreprises et l’atténuation de l’impact de la Covid-19 favorisée par la vaccination de masse, où l’économie mondiale semblait retrouver un second souffle pour repartir de plus belle, fut de courte durée ! C’était sans compter l’invasion de l’Ukraine par la Russie en février 2022. Cette situation nouvelle a pour effet d’augmenter le nombre de défauts de remboursement des prêts, amplifié par la brusque montée de l’inflation et probablement par une récession à la clé, d’autant plus si le contexte géopolitique perdure. Cependant, ne s’agit-il pas d’une nouvelle opportunité, pour les banques et les investisseurs, de se démarquer et d’atteindre des niveaux d’ambition et de performance plus élevés ?
Par anticipation, les réflexions engagées par les établissements de crédit visent à :
– instaurer des procédures de contact avec le client au premier impayé ;
– optimiser la gestion des crédits non performants (Non Performing Loans – NPL) ;
– accélérer la vitesse de leur recouvrement ;
– réduire leurs stocks et leurs flux ;
– attirer les investisseurs lors de cessions de portefeuilles.
Il s’agit d’un véritable enjeu de qualité et de performance avec pour objectif majeur, au-delà du respect des exigences réglementaires, de renforcer une gestion dynamique des bilans et maîtriser le coût du risque, afin de limiter au maximum les effets négatifs dans un contexte de concurrence accrue. Cette volonté d’anticipation et d’accélération répond également à celle de s’affirmer comme leader en gestion des NPL tout en satisfaisant les exigences croissantes des investisseurs, des régulateurs, et des crises multiformes actuelles ; sans omettre une attention particulière à la gestion de la relation client pour limiter in fine le risque sous-jacent de réputation.
Le retour de l’inflation, catalyseur de flux de NPL
Cette conjoncture est marquée par une inflation galopante : le taux annuel de la zone euro est en hausse à 8,6 % en juin 2022 (contre 1,9 % en juin 2021), poussant les banques centrales à relever leurs taux d’intérêt (0,5 % en juillet 2022 pour la BCE).
Taux d’inflation annuel de la zone euro (BCE, 2022)
La crise en Ukraine engendre de graves conséquences sur les prix de l’énergie, qui ont flambé dans la zone euro à +41,9 % annuel en juin 2022 (Eurostat, 1er juillet 2022), porté essentiellement par l’augmentation du prix du pétrole, dont la poursuite est soutenue par les sanctions imposées à la Russie.
À court et moyen termes, de nouvelles augmentions des prix de l’énergie sont attendues, impactant fortement les particuliers et les entreprises.
Malgré les mesures adoptées, des difficultés majeures pour les ménages et les entreprises sont probables dès cet hiver pour faire face aux dépenses liées aux besoins courants, de production et aux produits de première nécessité. Cela pourrait les amener à avoir recours à des crédits susceptibles, à terme, de se transformer en NPL. Cependant, les conditions d’octroi de prêt commencent à se durcir pour anticiper et limiter les potentielles difficultés de remboursement.
Cours des matières premières importées - Pétrole brut Brent (Londres) – Prix en dollars US par baril (données Insee, 17/05/2022)
La situation dans les principaux pays européens
C’est dans ce contexte de flambée inflationniste et de hausse des taux, engendrant des augmentations des coûts de production, que risque de se poser la question des remboursements par les entreprises des aides d’État, comme les Prêts garantis par l’État (PGE) en France. Ces sociétés, ne pouvant répercuter ces hausses de coûts sur les prix, pourraient être amenées à rogner leurs marges, leurs investissements et embauches, afin d’éviter de perdre des parts de marché. Ces actions contribuent à alimenter l’inflation. Ceci pose la question de leur solvabilité et de leur capacité de remboursement des prêts souscrits. Selon une récente étude de l’entreprise Altares D&B, le nombre de procédures de défaillance en France est en hausse de 49 % au T2 2022 (vs T2 2021).
À ceci s’ajoutent des incertitudes politiques et l’émergence d’éventuelles crises sociales en France, au Royaume-Uni et en Italie, induites par la fragilisation du pouvoir d’achat des ménages et de la solvabilité des entreprises : ces éléments sont de nature à contribuer à accroître le volume des NPL.
Ratio des NPL en Europe
En France, le résultat des élections législatives, en ne donnant pas de majorité absolue à l’exécutif, risque de créer une forte instabilité politique et sociale, ainsi que des difficultés pour le gouvernement à faire appliquer son programme et voter ses lois. Certaines réformes, comme celle des retraites, sont très controversées et suscitent de forts désaccords. Elles risquent de laisser émerger un contexte de crise sociale dès la fin de l’année 2022.
Le Royaume-Uni est quant à lui traversé par un fort mécontentement social face à l’inflation avoisinant les 10 %. En juin se sont produites des grèves historiques des cheminots ; et de nombreuses autres professions demandent des augmentations salariales pour compenser la perte de leur pouvoir d’achat. Dans ce contexte de mécontentement, accentué par l’instabilité politique engendrée par la démission de Boris Johnson, la crainte de voir émerger à court terme de forts débordements sociaux au Royaume-Uni ressurgit.
Enfin, l’Italie est traversée par une nouvelle instabilité politique. Mario Draghi a présenté sa démission en juillet 2022, en réaction à la désertion du Mouvement 5 étoiles (M5S). Ces aléas politiques ont accéléré le calendrier électoral avec un changement de pouvoir qui pourrait engendrer une dégradation de la situation économique, une pression sur la solvabilité des ménages et des entreprises, et augmenter le volume des NPL.
Cette hausse est d’ailleurs anticipée par une prévision défavorable publiée par la BCE. En effet, le volume figurant dans les banques sous contrôle de la BCE, d’un montant de 550 milliards d’euros d’encours à la mi-2020, pourrait atteindre 1 400 milliards à fin 2022, dans le cas d’un scénario « sévère » (Commission européenne, juillet 2022).
Par conséquent, le traitement de ces NPL est plus que jamais une priorité pour les banques qui, de surcroît, doivent rassurer leurs clients et revoir les échéanciers de remboursement pour les plus impactés par cette conjoncture défavorable, voire opérer des titrisations/cessions de créances à des investisseurs, tout en préservant au mieux leur capital. Délicate équation à résoudre, d’autant que la pression des régulateurs s’intensifie et nécessite la disponibilité de données exhaustives et de qualité.
Chiffres clés
71,8 Mds € de provisions en 2020 pour les grandes banques européennes au Royaume-Uni, en France, Italie, Allemagne, Autriche et Suisse.
369,07 Mds € d’encours de NPL en Europe début 2022, soit un ratio de NPL de 1,95 %.
1 400 Mds € d’encours de NPL en Europe fin 2022 (vs le pic de 1 200 Mds € en 2016).
Un écosystème très actif face à des exigences accrues pour soutenir le financement de l’économie
En 2020, de nouvelles mesures ont été prises par l’Autorité bancaire européenne (EBA) :
– favoriser le marché secondaire des ventes de NPL ;
– adapter le cadre sur l’insolvabilité des entreprises et le recouvrement des créances ;
– soutenir à la création et à la coopération les Sociétés nationales de Gestion d’Actifs (SGA) ;
– renforcer les mesures de soutien public de précaution pour garantir la poursuite du financement de l’économie réelle.
Par ailleurs, l’EBA vise la mise en place d’un data hub, la standardisation d’un template (ou modèle de données pour les investisseurs lors des ventes de créances douteuses) et la revue de Pilier 3 (stratégie NPL) en vue de l’amélioration de la transparence des données NPL.