La morosité du marché français impacte les tarifs du crédit conso

Créé le

08.12.2023

-

Mis à jour le

20.12.2023

Le plafonnement des taux d’intérêt et les incertitudes économiques, la digitalisation et le durcissement des normes pèsent sur le marché du crédit à la consommation, qui stagne depuis fin 2022.

En France, aujourd’hui, le marché du crédit à la consommation rencontre des difficultés. Après une croissance significative depuis 2015, ponctuée d’un léger ralentissement en 2020 en raison de la pandémie de Covid-19, le secteur traverse une période morose en 2023. L’encours des crédits à la consommation continue certes d’augmenter et s’est stabilisé à 204 milliards d’euros en septembre 2023, mais le taux de croissance de la production de crédit à la consommation des particuliers a considérablement diminué, passant de 4,2 % en septembre 2022 à 1,9 % à septembre 2023.

En parlant d’une « baisse circonscrite du marché du crédit à la consommation », l’Association française des sociétés financières (ASF) a parfaitement décrit la situation dans le tableau de bord de l’activité des établissements spécialisés au premier semestre 2023. Le marché du crédit à la consommation accuse un léger retard au premier semestre, imputable à l’essoufflement de la croissance des crédits renouvelables en plus de la dégradation continue des prêts personnels due à la hausse trop lente du taux d’usure.

Cette morosité sur le marché de crédit à la consommation provient de facteurs multiples et a des répercussions significatives sur les tarifications pratiquées par les institutions financières.

Tout d’abord, la conjoncture économique incertaine couplée aux pressions inflationnistes a conduit à une prudence accrue de la part des prêteurs. Les banques sont certes ressorties de la pandémie relativement indemnes en termes de pertes de crédit, néanmoins, de nouveaux risques ont fait surface en 2022. Conflits géopolitiques, changement climatique, crise énergétique, inflation et émergence des fintechs accentuent l’incertitude, pour les banques ou leurs clients, entraînant une réduction de la demande de crédit, forçant les entreprises du secteur à ajuster leurs politiques tarifaires pour maintenir leur rentabilité.

En outre, la rigidité des normes de régulation a restreint l’accès au crédit pour certains emprunteurs, ce qui a eu un impact considérable sur le volume global des prêts accordés. Les lois Lagarde de 2010 et Hamon de 2014 combinées aux critères d’octroi plus rigoureux ont conduit à une diminution du nombre de clients éligibles, contribuant à une stagnation du marché.

Des charges répercutées sur les emprunteurs

L’augmentation des taux d’intérêt et la trop lente hausse des taux d’usure, qui plafonnent les tarifs et réduisent les marges, constituent le facteur majeur dans cette situation. Les institutions financières, confrontées à des coûts d’emprunt plus élevés, répercutent les charges sur les emprunteurs sous la forme de taux d’intérêt plus élevés, ce qui influe directement sur les tarifications des crédits à la consommation. Pour les crédits de plus de 6 000 euros, le taux d’usure est passé de 5,79 % en janvier 2023 à 7,01 %, un niveau plus rassurant comparativement au niveau observé en début d’année, auquel certaines banques étaient confrontées au dilemme du « prêter à perte ou ne pas prêter du tout ».

Les consommateurs se retrouvent aujourd’hui confrontés à des conditions de prêt moins avantageuses. Les taux d’intérêt plus élevés et les exigences plus strictes rendent l’accès au crédit plus difficile.

Cette situation met en lumière la nécessité d’une adaptation continue des politiques tarifaires dans le marché du crédit à la consommation, pour s’ajuster aux évolutions économiques et réglementaires. L’innovation des produits et services proposés, la personnalisation de la relation client, le partenariat avec les fintechs, l’inclusion des risques climatiques et la modernisation des processus de recueil et d’utilisation des données (cloud, Web3, l’IA générative) sont autant de leviers sur lesquels les institutions financières devraient se tourner pour faire face aux pressions et exigences d’un marché en perpétuel changement.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº887-888
Encours des crédits accordés aux particuliers en France (1993-2023)
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