L’épineuse question des risques de durabilité pour les PME

Créé le

14.11.2023

-

Mis à jour le

21.11.2023

L’absence de données et de méthodes robustes met à mal le dessein européen de renforcer la transparence des informations divulguées par les banques, en particulier lorsqu’il s’agit des petites et moyennes entreprises.

Les Piliers 2 et 3 pour les risques environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) ont pour objectif d’encourager les institutions financières à être plus attentives et transparentes, à les pousser à identifier et communiquer leur contribution à une économie plus durable, tout en accompagnant leurs clients et partenaires dans cette direction. L’Union européenne et les autorités de régulation affichent leur ferme volonté de renforcer la transparence des informations divulguées par les banques. Ce dessein est mis à mal par l’absence de données et de méthodes robustes, en particulier lorsqu’il s’agit des petites et moyennes entreprises (PME).

Les banques traversent une période de grands changements dans leur gestion des risques ESG avec la nouvelle réglementation. Elles doivent désormais intégrer ces considérations dans leur stratégie globale, dans la manière dont elles sont gérées et dont elles gèrent les risques. Dorénavant, il faut aborder le sujet de l’ESG et de la durabilité avec autant de sérieux et de rigueur que tout autre risque. À ce jour, les grandes banques y consacrent des ressources, mais sans afficher de méthode claire et précise.

Un véritable casse-tête

Naviguer dans le monde de la collecte de données auprès des PME n’est pas de tout repos. À ce stade, ces dernières ne sont pas soumises à l’obligation de reporting ESG selon la feuille de route de la directive sur les rapports de durabilité des entreprises (CSRD). De plus, historiquement, elles n’ont pas une culture qui se prête à la gestion de ces risques ou de méthode uniformisée pour les appréhender. Face à cela, les banques doivent non seulement comprendre ce que leur communiquent les PME, souvent sans pouvoir effectuer de vérification, mais également concevoir comment ces entreprises sont exposées aux risques ESG.

Cet état de fait constitue un véritable casse-tête qui obligera à aller plus loin dans l’accompagnement des PME. Les banques doivent comprendre en profondeur comment chacune les identifie et les gère. Il leur incombe également de vérifier le degré de maturité de leurs pratiques de gestion des risques. Ce sont, avant tout, ces informations qui les aident à prédire si ces PME sont susceptibles de rencontrer des difficultés.

Pourquoi est-il si difficile pour les banques de déterminer l’importance financière des risques ESG de chaque entreprise ? Principalement parce que les méthodes d’évaluation habituelles se concentrent sur des risques théoriques et de long terme, et non sur les aspects pratiques du quotidien des PME. Les banques se voient aujourd’hui obligées d’approfondir la manière dont les risques extra-financiers affectent la gestion d’une entreprise, par exemple la manière dont elle gagne de l’argent, le dépense et l’investit. Cette compréhension est essentielle pour déterminer les risques d’échec d’une entreprise et sa valeur.

Afin de réduire, dans les faits, les risques dans leurs portefeuilles d’entreprises, les banques doivent mettre en place des moyens pour aider les PME à identifier et gérer les risques ESG majeurs. En surveillant leurs performances, les institutions financières s’assurent de garder une longueur d’avance. Les banques ne peuvent plus se contenter de collecter des données et elles doivent devenir des partenaires clés pour aider ces entreprises à relever ces défis.

L’impact des critères ESG sur la notation et la qualité de crédit va devenir un sujet de préoccupation pour les entreprises de toute taille. Il s’agit également d’un sujet prégnant pour les banques dans le cadre de l’octroi de financements. Les institutions financières et les banques ont un rôle prépondérant à jouer en déployant des outils efficaces, afin de collecter des données structurées et d’identifier des opportunités de financement vert en facilitant la compliance. À ce titre, chacun doit contribuer à l’atteinte de cet objectif pour créer les conditions d’une économie globale, durable et verte.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº886