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L’agrégation bancaire ouvre de nouvelles voies dans
le développement du crédit

Créé le

20.09.2024

-

Mis à jour le

04.10.2024

Grâce à la digitalisation, le financement a connu des transformations majeures. Avec l’émergence de nouvelles technologies, les institutions financières disposent de moyens toujours plus sophistiqués, comme l’agrégation bancaire, pour évaluer la solvabilité des emprunteurs.

Dans un contexte marqué par le retour de l’inflation, une meilleure évaluation de la solvabilité est cruciale tant pour les emprunteurs, qui doivent s’assurer de leur capacité à rembourser leurs crédits, que pour les prêteurs, qui cherchent à minimiser les risques tout en continuant à financer la consommation. L’agrégation bancaire apparaît ainsi comme une innovation essentielle pour atteindre cet objectif.

Cette application web se différencie des méthodes traditionnelles basées sur les informations fournies par les demandeurs et l’évaluation statistique des risques de non-remboursement. Elle enrichit les données et améliore significativement les évaluations de solvabilité.

Deux éléments majeurs façonnent le paysage du financement en ligne : la deuxième Directive européenne sur les services de paiement (DSP2) et la digitalisation des habitudes de consommation.

Les atouts de DSP2

La directive européenne sur les services de paiement a ainsi rendu possible l’agrégation bancaire. Après une longue période de mise en œuvre, cette directive est désormais une réalité bien établie, facilitant l’innovation et l’amélioration des services financiers. Elle a rendu « l’authentification forte » obligatoire et permet aux prestataires de services de paiement (PSP) d’accéder aux informations sur les comptes bancaires des clients. De leur côté, les banques sont tenues de fournir au minimum deux API (interfaces de programmation d’application) : l’une permettant aux prestataires tiers autorisés (Third Party Providers ou TPP) de fournir des services d’initiations de paiement ; l’autre de consulter 90 jours d’historique des comptes bancaires d’un client donné lorsque celui-ci l’autorise au moyen d’une authentification forte.

La transformation du paysage du financement en ligne est aussi la conséquence de l’évolution des habitudes des consommateurs, toujours plus à l’aise avec les applications mobiles et les solutions de paiement telles qu’Apple Pay. Les utilisateurs sont également de plus en plus nombreux à donner numériquement accès à leurs données bancaires en échange d’un parcours de souscription de crédit amélioré, plus automatisé et transparent.

Dans ce contexte, l’agrégation bancaire représente une innovation de rupture dont les bénéfices en termes d’évaluation du risque sont nombreux. Cet outil permet ainsi de réduire les fraudes, notamment sur les fiches de paie ou les éventuels oublis de charges comme les autres crédits déclarés dans le parcours de souscription. Il procure aussi une inclusivité renforcée : l’analyse avancée des données financières des travailleurs indépendants facilite ainsi leur accès au crédit malgré des revenus irréguliers.

Meilleure évaluation du risque

Cette technologie offre aussi une meilleure connaissance client, un enjeu majeur pour les sociétés de financement en l’absence de registres de crédit (credit bureau) en France.

Grâce à un aperçu complet et catégorisé des revenus et des charges identifiées sur les comptes bancaires, les prêteurs peuvent non seulement évaluer la capacité de remboursement des emprunteurs mais aussi analyser leur comportement bancaire (par exemple, le nombre de jours débiteurs dans le mois), leurs différentes responsabilités financières ainsi que l’ensemble de leurs obligations sur une période suffisamment longue.

Une interprétation fine de ces données est également rendue possible par une nouvelle génération de scores. Pour définir la probabilité de non-remboursement, on passe de scores statistiques utilisant quelques données sociodémographiques à un « score agrégation » exploitant de grandes quantités de données bancaires. Cette fonctionnalité permet une évaluation beaucoup plus précise de la capacité de remboursement d’un emprunteur.

De multiples données disponibles

En 2019, Franfinance avait mené une phase expérimentale destinée à permettre aux clients s’étant vu refuser une demande de crédit une nouvelle étude de leur dossier. En 2024, Franfinance a décidé d’étendre cette possibilité sur le financement des ventes en e-commerce aux emprunteurs qui souhaitent simplifier leur expérience de souscription. Cette fonctionnalité sera ensuite progressivement étendue aux autres activités (distribution directe, partenariats...).

Cette meilleure analyse du risque est rendue possible grâce à une collecte automatique des données bancaires. Au-delà de la précision accrue dans l’évaluation de solvabilité, cette fonctionnalité s’inscrit dans la digitalisation des processus de souscription de crédit : il n’est plus nécessaire de demander les trois derniers relevés de comptes bancaires pour les crédits d’un montant important, ceux-ci pouvant être récupérées via l’agrégation.

L’agrégation documentaire permet aussi de collecter le justificatif de domicile auprès d’un opérateur téléphonique ou d’un fournisseur énergétique.

Enfin, la vérification de l’identité s’effectue en prenant la photo de la carte nationale d’identité ou du passeport, tout en activant la fonctionnalité d’identification biométrique (reconnaissance faciale) au moment de la signature électronique du contrat de crédit.

Grâce à ces nouvelles technologies, le processus est complètement dématérialisé et beaucoup plus sécurisé.

Des opportunités
sur les lieux de vente

Tout comme le paiement en ligne, l’agrégation bancaire est destinée à devenir un standard du marché. L’acceptation de cette technologie par les utilisateurs progresse et son taux d’usage continuera de croître. Il est estimé à 40 % environ en France selon le Livre blanc Tink. Les clients doivent être convaincus des avantages de l’agrégation bancaire et être prêts à partager leurs données bancaires pour leur propre bénéfice.

La nouvelle directive européenne sur le crédit à la consommation pourrait inclure des exigences de vérification de solvabilité renforcée pour les crédits dès 3 000 euros. Sa mise en œuvre passerait alors nécessairement par l’utilisation de solutions d’agrégation, seules capables de concilier cette vérification avec l’instantanéité nécessaire sur les parcours d’achats, notamment e-commerce.

Des usages toujours plus innovants se dessinent : l’accès aux données bancaires permet déjà de formuler des contrepropositions personnalisées, en ajustant par exemple au mieux le montant du prêt, la durée, voire le taux pour les clients présentant peu de risque. Enfin, la mise en œuvre de ces dispositifs sur le point de vente, notamment en magasin, va permettre une prise de décision instantanée et la finalisation de l’acte d’achat en fonction de l’acceptation ou du refus du crédit. Une démarche très intéressante, aussi bien pour le client que pour le commerçant.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº896