Entretien avec... François de Bodinat, Chief Product Officer chez Younited

« Aller plus loin dans le déploiement
de services de crédit instantané »

Créé le

22.05.2023

-

Mis à jour le

05.06.2023

Acteur du crédit à la consommation par accès direct dans cinq pays européens, rentable au moins en France et en Italie, Younited multiplie les partenariats. Le dernier avec le Suédois Tink.

Quels sont les grands axes de votre partenariat avec Tink ?

Younited est l’un des pionniers de l’open banking. Nous nous sommes lancés en 2018 grâce à la directive DSP2, qui obligeait les banques à délivrer, à la demande de leurs clients, leurs données bancaires à des tiers. Initialement, cette avancée nous a permis de réduire la charge administrative pour nos clients. Grâce à un accès aux relevés bancaires, nous pouvons établir le profil de crédit de chaque client en nous appuyant sur un algorithme, sans avoir à leur demander des documents administratifs comme les bulletins de paie ou encore les déclarations d’impôt. Notre algorithme est en effet en capacité d’identifier chaque ligne de dépense et de revenu et de déterminer sur cette base la solvabilité de chaque client.

Le partenariat avec Tink nous permet d’aller plus loin dans le déploiement de ce type de services. Cette fintech, qui a développé un service pour « monitorer » les finances personnelles, possède des liens avec la très grande majorité des banques et des filiales de banque présentes en Europe. Elle nous permet ainsi de mieux servir l’ensemble de nos clients individuels. Ce partenariat n’est pas exclusif : si Tink est utilisé comme interface pour l’open banking dans 90 % de nos transactions, nous travaillons aussi en parallèle avec des acteurs locaux comme Linxo en France ou Unnax en Espagne.

Alors que les innovations s’accélèrent dans l’analyse crédit, comment parvenez-vous à vous distinguer ?

Nous sommes l’une des rares fintechs à posséder une licence d’établissement de crédit. Nous sommes une banque et donc régulés en tant que telle, ce qui offre une plus grande sécurité à nos clients. Nous améliorons sans arrêt nos offres et nous nous appuyons, depuis notre lancement, sur l’intelligence artificielle. Initialement, nous pouvions offrir une réponse à une demande de crédit en 24 heures, maintenant, nous sommes capables de donner notre accord pour un crédit en une poignée de secondes seulement. Nous sommes particulièrement vigilants en matière d’information des clients, ces derniers savent qu’ils s’engagent dans un crédit et que celui-ci doit être remboursé, ce qui n’est toujours le cas en matière de paiement fractionné. Des dérives ont été constatées dans le cadre des offres dites « buy now pay later », ces dernières n’étant pas toujours présentées comme un crédit. Les régulateurs sont devenus plus vigilants à ce sujet.

Collaborez-vous aussi avec des banques qui souhaitent utiliser votre plateforme technologique ?

Les banques traditionnelles souhaitent aussi accélérer dans la digitalisation de leur process et offrir une meilleure expérience clients. Nous collaborons ainsi en France avec Orange Bank ou encore avec Fortuneo, qui utilise notre plateforme pour proposer du crédit à la consommation à ses clients. Nous intervenons aussi en collaboration avec la BPI en France, dans le cadre du crédit aux entreprises. Nous avons également développé des partenariats avec des banques en Espagne, au Portugal et en Italie dans le cadre du crédit à la consommation. Nous sommes régulièrement approchés par des banques qui souhaitent s’appuyer sur nos solutions.

L’utilisation d’algorithme n’induit-elle pas un risque d’exclusion de certains profils ?

Dès notre lancement, nous avons privilégié une approche tournée vers les besoins de nos clients et l’inclusivité. À ce titre, nous ne proposons que des crédits amortissables et non renouvelables. En ce qui concerne la sélection des dossiers, notre approche à travers un algorithme est exhaustive et nous prenons en compte l’ensemble des dépenses et des recettes de chaque ménage. Nous ne privilégions pas les hauts revenus, mais les ménages qui disposent d’une capacité d’épargne et peuvent rembourser leur crédit quels que soient leurs revenus.

Quelle est la proportion de particuliers qui refusent de donner un accès à leurs relevés bancaires ?

Cela dépend des pays. En Espagne, par exemple, les ménages affichent peu de réticences à partager leurs données bancaires, mais c’est moins le cas en France. Nos estimations indiquent que 70 % des clients sont prêts à partager leurs données bancaires et à utiliser des solutions automatisées. Nous devons orienter les autres vers des solutions plus classiques. Nous travaillons notamment, dans le cadre de notre partenariat avec Tink, à faire de la pédagogie et à développer la confiance des ménages vis-à-vis de ce type de solution.

Propos recueillis par Sandra Sebag

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº881