Créée en 2015 pour favoriser l’investissement long terme dans les entreprises non cotées et l’infrastructure, la réglementation Eltif (European long term investment fund) devait permettre au grand public d’investir dans des fonds habituellement réservés aux investisseurs professionnels, avec l’objectif d’associer le plus grand nombre au financement d’entreprises en quête de capitaux.
On ne comptait, début 2023, que très peu de fonds Eltif. Le règlement n’a été appliqué que dans quatre pays et pour un nombre très limité de fonds : 48 au Luxembourg, 21 en France, 13 en Italie et 2 en Espagne. Eltif est pourtant le seul format de fonds non sectoriel commercialisable dans toute l’Europe auprès des investisseurs particuliers, dans le cadre d’un régime spécifique de passeport de commercialisation.
Sur le papier, la promesse de commercialiser des fonds au grand public a été tenue, mais ses conditions trop strictes (notamment les règles de composition de l’actif et de diversification) ont été autant de barrières pour les sociétés de gestion.
Les critiques ont été entendues. Eltif 2 reprend toutes les possibilités offertes par Eltif 1 et va plus loin.
Une suite indispensable
Il n’est plus nécessaire de détenir que 55 % d’actifs éligibles (vs 70 % pour Eltif 1). Leur liste est plus large, facilitant notamment les stratégies de fonds de fonds ou le financement d’obligations vertes. Les entreprises éligibles ont aussi été élargies, avec l’inclusion des fintechs créées depuis moins de cinq ans (une grande nouveauté d’Eltif 2) et des entreprises cotées ayant une capitalisation boursière inférieure à 1,5 milliard d’euros (vs 0,5 milliard pour Eltif 1).
Les fonds Eltif 2 peuvent être plus concentrés sur une même entreprise, la limite étant portée à 20 % du fonds (contre 10 % avec Eltif 1). Le risque de contrepartie autorisé est doublé, pour atteindre aujourd’hui 10 %. Le ratio d’emprise passe de 25 % à 30 % : les fonds de taille modeste peuvent bénéficier de plus gros tickets (limite évidemment non applicable pour les feeders qui, par nature, détiennent de 85 % à 100 % du fonds maître). Les fonds peuvent emprunter plus largement des liquidités, avec une limite de 50 % de l’actif net (contre 30 % précédemment).
Enfin, et c’est là un changement majeur, les investisseurs individuels dont le portefeuille financier est inférieur à 500 000 euros pourront désormais investir dans les fonds Eltif sans avoir à respecter un plafond d’exposition de 10 %, ni un ticket d’entrée de 10 000 euros : le minimum de souscription est désormais d’un euro ! Le test d’adéquation spécifique Eltif sera supprimé et remplacé par les règles standards de l’Union européenne applicables aux produits d’investissement (Mif).
Deux voies sont désormais envisageables. La première est la plus réaliste, mais elle peut sembler pessimiste : l’effet d’annonce et les améliorations apportées par Eltif 2 génèrent un succès temporaire, mais les problèmes de fond n’ayant pas été traités, Eltif repartira aux oubliettes.
La seconde est à la fois plus ambitieuse et plus optimiste. Elle nécessite que chacun des acteurs se saisisse du sujet, sur les plans réglementaire, de la distribution et opérationnel. L’appel d’air doit être plus fort, notamment en ouvrant Eltif à l’assurance vie, soit un encours colossal de 2 000 milliards d’euros.
Un déploiement profitable
De plus, pour distribuer ces fonds à l’échelle européenne, une présence et une expertise étendues sont fondamentales. Les distributeurs capables de relever ces défis pourront saisir les opportunités offertes par les avancées de la réglementation. Si ces enjeux sont assurés, une nouvelle population d’investisseurs retail émergera. Les gérants les mieux équipés face à cette évolution seront ceux qui ont déjà adopté des solutions digitales adéquates.
Il s’agit là d’une opportunité inédite de rendre l’investissement alternatif accessible à tous et l’occasion de transformer Eltif 2 en un succès retentissant. Qui, parmi les acteurs de la finance, aura la vision et le leadership nécessaires pour saisir cette opportunité ?