Philippe Brassac

« Il y a aujourd’hui une limite
qui devient structurelle à la capacité
de rentabilité en Europe »

Créé le

23.01.2023

Philippe Brassac, directeur général de Crédit Agricole SA, assure désormais la présidence de la Fédération bancaire française (FBF). Stratégie des banques, réglementations française et européenne, contexte économique, monnaie numérique, il évoque avec Sylvie Guyony les sujets qui façonnent son mandat.

Vous êtes président de la Fédération bancaire française (FBF, actionnaire de La Revue Banque) jusqu’en août 2023 : une sorte d’intérim après le départ du président de BPCE, qui avait ce rôle jusqu’en décembre. Auparavant, le Crédit Mutuel avait pris son tour, pour la première fois. Jusque-là, le vice-président (aujourd’hui, Frédéric Oudéa) devenait président pour un an. Quelle est désormais la logique ?

La logique reste la même. Depuis sa création en 2001, la FBF change de présidence tous les ans, le 1er septembre. J’ai aujourd’hui une pensée particulière pour Jean Laurent qui en fut le premier président (Jean Laurent a fait toute sa carrière dans le groupe Crédit Agricole, jusqu’à devenir président du Crédit Lyonnais, puis directeur général de Crédit Agricole SA, ndlr).

Le président est issu du Comité exécutif (Comex) de la FBF. Les membres du Comex sont les cinq principales banques françaises, incarnées par leur dirigeant exécutif, auxquelles s’ajoute l’Association française des banques (l’AFB représente les banques commerciales sous convention collective de la banque, au niveau interprofessionnel et institutionnel, ndlr) représentée par La Banque Postale. Laurent Mignon a quitté la présidence du directoire de BPCE, où Nicolas Namias l’a remplacé en décembre. Nicolas Théry (président du Crédit Mutuel, ndlr) l’avait précédé dans l’exercice de la présidence de la FBF. Le Comex m’a proposé de prendre à nouveau cette présidence pour la durée restant à courir de Laurent Mignon.

À titre personnel, c’est la troisième fois que je suis président (en 2016-2017, puis en 2020-2021, ndlr). Le principe, c’est de donner un peu de son temps, à tour de rôle, pour que nos interlocuteurs – le gouvernement, les parlementaires, les médias, les régulateurs ou superviseurs, etc. – aient accès à un interlocuteur principal, ce qui ne nous empêche pas d’être souvent en collectif pour les rencontres jugées les plus sensibles.

Combien de temps ?

La présidence nécessite probablement d’ajouter 10 % à 20 % de temps au-delà de celui consacré à nos propres responsabilités. Par ailleurs, tous les membres du Comex de la FBF président une commission spécifique. Pour ma part, la Commission « banque de détail », pour la deuxième fois, après celles de la « prospective » et de la « régulation ».

Le rôle de la FBF est d’expliquer et de défendre le modèle bancaire français. Et son devoir, surtout en période de crise, est d’organiser l’action collective. Depuis bientôt huit ans me concernant, je constate que le Comex fonctionne de façon très fluide, avec une confiance réciproque, quelles que soient les personnes.

On dit la concurrence bancaire très vive, mais vous répondez aussi collectivement lorsque le gouvernement vous demande de geler les tarifs. Est-ce bien légal ?

Les sujets dont est saisie la FBF sont ceux d’intérêt commun, non concurrentiels, que nous rencontrons dans nos fonctions de dirigeants bancaires. Nous jouons collectif, mais il ne peut y avoir d’« entente » entre nous. Nous n’avons pas de conversation d’ordre commercial ou tarifaire, au risque de poursuites pénales. Le droit de la concurrence s’applique: toute entente est interdite. Sur le gel des tarifs, le « bouclier tarifaire » a été demandé par le ministre de l’Économie Bruno Le Maire pour 2023, considérant que nous devions contenir nos évolutions tarifaires entre 0 % et 2 %. La FBF a bien précisé qu’il appartient à chaque banque de prendre ses décisions « dans le respect du droit de la concurrence ».

La FBF constitue un interlocuteur organisé pour tous ceux qui s’adressent à la profession, mais son travail porte plutôt sur les règles du jeu, d’où qu’elles viennent, et sur la gestion de l’image du système lui-même. Notre objectif est de défendre et d’expliquer notre modèle de banque universelle, fondé sur l’approche globale des besoins de nos clients et notre ancrage en proximité, au service des territoires.

Les nouveaux dirigeants français de BPCE et de la Société Générale sont issus de la banque de financement et d’investissement. Est-ce le signe d’une évolution des modèles ?

Ces deux changements de dirigeants sont évidemment sans lien. Les banques françaises sont toutes largement universelles, même si le poids de chaque activité diffère d’un établissement à l’autre. L’essentiel de nos préoccupations sont « les règles du jeu ». Elles doivent assurer un level playing field, c’est-à-dire pas d’inégalité structurelle dans la concurrence. Par ailleurs, ces règles influencent directement le modèle de financement de l’économie. Par exemple, si la pression sur la taille des bilans bancaires devient trop forte, elle va engendrer le besoin de titriser les crédits ou de financer directement l’économie par les marchés ; dans ce cas, l’Europe devra développer beaucoup plus le marché des capitaux pour ne pas se retrouver en insuffisance de capacité de financements.

L’évolution de la directive Mif 2, et notamment l’avant-projet de nouveau régime des rémunérations et commissions (inducements) pour la gestion et la commercialisation d’instruments financiers va-t-elle dans ce sens ?

C’est un exemple très direct de mon propos. Si les banques (les distributeurs) ne peuvent plus être rémunérées par les producteurs (par exemple un asset manager qui ne pourrait plus commissionner les banques qui distribuent ses produits), et bien dans ce cas, nécessairement, la banque devra se concentrer sur son seul bilan pour obtenir des revenus (donc l’épargne bancaire transformée en crédits), et c’est tout le modèle relationnel, celui de l’approche globale, qui sera mis en cause. La banque n’aura plus du tout d’intérêt à proposer de l’assurance, des produits de prévoyance, des fonds communs d’épargne, ou encore de l’immobilier. Une nouvelle fois, les règles du jeu déterminent directement le jeu, et donc les modèles.

Même raisonnement pour le crédit immobilier : le crédit à la française (attribué sur la capacité de remboursement, maintenu pendant toute sa durée dans le bilan de la banque qui l’a accordé, et à taux fixe sur de très longues durées), finira par devenir un mortgage à l’américaine (accordé sur la valeur du gage, à taux révisable et titrisé sur les marchés financiers en dehors des bilans, et donc de la responsabilité de la banque émettrice).

L’Union des marchés de capitaux et l’Union bancaire ne sont-elles pas des compléments indispensables à l’Union économique et monétaire, au marché intérieur ?

Il n’y aura pas de marchés des capitaux sans faculté de titrisation, notamment des crédits immobiliers, qui occupent aujourd’hui plus de 50 % des bilans commerciaux des banques. Ils ne pourront pas non plus se développer en profondeur sans un équivalent européen des fonds de pensions américains. Autrement dit, il faut développer le marché des capitaux mais nous ne voyons pas comment il pourrait se comparer à la taille du marché américain. Il faut donc arrêter de pénaliser autant la taille des bilans bancaires. Ces règles vont impacter tous les établissements dans le monde mais seront beaucoup plus pénalisantes pour l’Europe que pour les États-Unis.

Quant à l’Europe bancaire, elle ne peut pas réellement exister tant que les différents États continueront à imposer des frontières entre territoires pour se différencier avec des règles du jeu nationales. Pour la finalisation de Bâle 3, les pays dits « host » (les pays membres où sont implantées des filiales de groupes étrangers, comme la Belgique, l’Italie ou le Luxembourg, ndlr) refusent que les banques soient considérées à leur plus haut niveau de consolidation sur le territoire européen. Dès lors, ce qui est appelé Union bancaire se résume en réalité à une organisation commune de la supervision et des régulateurs (et encore, ne s’appliquant pas à toutes les banques, seulement les plus grosses), et à des règles de solidarité financière entre établissements en cas de résolution ou de garantie des dépôts. Et, à ce jeu-là, les banques françaises paient beaucoup plus que celles de tout autre pays, ce qui est réellement une anomalie. Nous sommes en revanche favorables à une Union bancaire qui ne soit pas superficielle et par ailleurs très inégalitaire sur le plan financier.

La consolidation européenne est-elle nécessaire ?

Parmi les 10 plus grandes banques dans le monde, deux sont françaises. On en dénombre même 5 parmi les 20 plus grandes. La question de la taille critique ne se pose donc pas pour nous. Par ailleurs, les spécificités réglementaires maintenues et aggravées par pays limitent les synergies réelles que les banques pourraient obtenir en cas de fusion transfrontalière.

Après de nombreuses années du dogme prudentiel du « too big to fail », passer aussi rapidement à la promotion contraire de la consolidation, c’est tout de même un peu déroutant. La réalité, c’est qu’il y a aujourd’hui une limite qui devient structurelle à la capacité de rentabilité en Europe. Cela ne provient pas d’un problème de taille insuffisante, mais tout simplement d’un excès d’exigence en fonds propres qui pénalise maintenant lourdement les rentabilités par les dénominateurs de ce ratio.

La réglementation est en cours de construction. Faudrait-il une pause, comme dans la finalisation de Bâle 3 dont l’application était initialement prévue en 2019 ?

Ce n’est pas une pause dont nous avons tous besoin, mais d’une stabilisation naturelle des règles. Il n’y a pas de raison, et c’est même malsain, de penser qu’il faut toujours ajouter des exigences ou des contraintes. En réalité, c’est un jeu à somme nouvelle : les fonds propres que nous mettons dans le prudentiel, nous ne les mettons pas dans le financement de l’économie. Par ailleurs, cette finalisation de Bâle 3 est en fait un retour arrière sur les bénéfices que nous pouvions tirer de Bâle 2, avec la mise en place de modèles internes sur les risques. Les Américains n’ont jamais appliqué les modèles internes et, de ce fait, ils nous ramènent en arrière vers les calculs des modèles standard. C’est à leur avantage : leurs meilleurs crédits sont en dehors de leur bilan. Le modèle standard sur les crédits moins bons est plus avantageux que de leur appliquer les modèles internes tels que les Européens les avaient développés.

Dominique Laboureix, président du Conseil de résolution unique, a rappelé dans Revue Banque, en janvier, que l’Union bancaire est fondée sur une mise en commun. Vous n’êtes pas d’accord avec lui ?

S’agissant du Fonds de résolution unique, pour atteindre les 80 milliards d’euros ciblés, la part des établissements bancaires français sera cette année de près de 40 % : 39 % exactement en 2022, soit 4,66 milliards d’euros. Or il n’y a pas d’union des territoires. Une banque présente en France est considérée comme un établissement français, soumis à des spécificités françaises ; la même présente en Italie ou en Allemagne sera considérée comme banque allemande ou italienne, avec des règles spécifiques à ces pays. Il n’y a aucune raison une nouvelle fois qu’une telle quantité de richesse échappe de manière aussi disproportionnée au financement de l’économie française, au nom de principes de solidarité avec des banques de pays qui refusent le principe même de continuité territoriale.

Une banque dotée de suffisamment de fonds propres, c’est aussi dans l’intérêt des actionnaires...

Non, c’est dans l’intérêt des déposants, pour garantir leurs dépôts ou leur épargne en cas de résolution ou de faillite. Mais les fonds propres n’ont cessé de croître depuis 2008. De plus, au-delà de minima qui ont été multipliés depuis 10 ans, les banques françaises ont des ratios deux fois plus élevés que leur minimum réglementaire ! Mais ce n’est toujours pas suffisant : les banques ont dû constituer du MREL (Minimum Required Eligible Liabilities, obligatoire pour toutes les banques systémiques au niveau européen ou national, ndlr) ou du TLAC (Total Loss-Absorbing Capacity, imposé aux banques systémiques globales, ndlr) qui, en réalité, est une deuxième quantité de potentiels fonds propres destinés à remplacer les premiers si ceux-ci étaient perdus.

Depuis la crise financière de 2008, les banques françaises ont vu leur ratio de fonds propres passer d’une fourchette de 5 % à 10 % à une nouvelle de 25 % à 30 %, si on y intègre ces quasi-fonds propres de remplacement. Mais le pire, c’est qu’en cas de crise, on ne laisse même pas les banques risquer de baisser un peu. L’interdiction de distribution des dividendes pour 2019 est édifiante sur ce point : non seulement nous pouvions largement payer, mais en plus nos ratios n’auraient pas baissé. Les exigences en fonds propres ne doivent pas devenir un nœud coulant qui se resserrerait au fur et à mesure que les performances s’améliorent. C’est sans fin et cela n’a plus de sens.

La France est souvent en proue dans la protection des clients en Europe. Devrait-elle attendre les réglementations européennes sur des sujets plus ou moins innovants, comme le paiement fractionné ou les cryptos ?

Lorsque certains acteurs profitent d’un flou entre paiement et crédit, il faut réglementer. C’est le cas pour les paiements différés. Ce qui est envisagé en termes d’extension des règles de protection me paraît légitime.

Concernant les crypto-actifs, en fait, la dématérialisation des actifs est une innovation qu’il faut évidemment suivre tout en la surveillant. Mais pour les cryptomonnaies, le déficit de régulation paraît énorme. Émettre une monnaie était jusqu’à présent un privilège régalien et il n’est pas du tout anodin de laisser des acteurs privés se mettre dans le jeu. Par ailleurs, les responsables n’existent parfois tout simplement pas ! Le monde est vraiment en train de jouer aux apprentis sorciers. Et ce n’est pas l’affaire des banques commerciales, mais bien celle des Pouvoirs publics.

La Monnaie numérique de banque centrale (MNBC) est-elle la bonne réponse, comme moyen de paiement pour les particuliers ?

Elle ne viendra pas remplacer les cryptos. L’objectif est plutôt de concurrencer, voire de faire quasiment disparaître la monnaie fiduciaire. Les particuliers auraient un compte, ou un wallet, à la banque centrale sur lequel les euros seraient de la « monnaie banque centrale », en complément d’un compte bancaire sur lequel les euros seraient de la « monnaie commerciale ».

Outre la confusion que cela pourrait entraîner dans l’esprit des clients, nous ne partageons pas les convictions de la Banque Centrale Européenne (BCE) en termes de valeur d’usage. Par ailleurs, ces montants ne seraient mécaniquement plus au bilan des banques et ne pourraient donc plus être mobilisés pour financer l’économie par les crédits bancaires. Les banques françaises se sont beaucoup investies pour la création d’un scheme européen, mais cette initiative de l’EPI (European Payment Initiative) n’est pas assez soutenue par certains pays. Treize acteurs financiers se sont fortement investis et sont présents pour le lancement.

Les banques ne sont-elles pas mises sur la touche dans les paiements ?

Non, les banques sont toujours dans le jeu, mais le périmètre lui-même s’est considérablement élargi : désormais, ni les paiements ni les moyens de paiements ne sont une exclusivité bancaire. Il y a donc tout un nouvel écosystème qui se met en place : avec des start-up, des acteurs spécialisés, mais aussi de nouvelles coopérations entre tout type d’acteurs, traditionnels ou pas.

Dans un autre registre, comment les banques gèrent-elles l’augmentation des taux ?

Durant la crise du Covid, la BCE s’est mobilisée en mettant en œuvre un quasi « pontage monétaire » pour sauver l’économie. La normalisation était inévitable et s’opère par l’augmentation des taux d’intérêt. Fondamentalement, le niveau des taux est avant tout une affaire entre les épargnants, qui doivent être rémunérés pour l’argent qu’ils laissent à la disposition de l’économie, et les emprunteurs, qui doivent payer pour faire usage de ces sommes sous forme de prêts. La banque sert d’intermédiaire et assume de surcroît le risque de taux, c’est-à-dire qu’elle prend le risque des impacts d’un ajustement non immédiat des taux entre les épargnants et les emprunteurs. Cette « gestion actif-passif », nous la couvrons avec des instruments de marché pour contenir les effets temporaires d’une variation à la baisse ou à la hausse.

La difficulté actuelle, c’est que le mouvement du côté de l’épargne est très rapide, très brutal, du fait notamment des taux de l’épargne réglementée qui sont, au moins en partie, liés à l’inflation. Cet impact temporairement négatif pour les banques doit être positivé, en faisant valoir que le système bancaire français est celui qui, en Europe, protège le plus ses emprunteurs en diffusant majoritairement des taux fixes. Plutôt que de s’inquiéter de l’impact financier des taux sur les banques, il me semblerait plus judicieux de veiller à ce que les règles européennes ou internationales ne viennent sans cesse attaquer ce modèle.

Les banques françaises subissent-elles un contexte différent de leurs voisines ?

Oui. D’une part, dans d’autres pays, les taux des emprunteurs sont souvent révisables ou variables. D’autre part, nous sommes les seuls à devoir en plus intégrer une épargne réglementée pour laquelle nous ne décidons pas des taux. En France, l’environnement est donc plus difficile pour les banques et plus protecteur et favorable pour les acteurs économiques que dans d’autres pays. C’est bien notre taille et ce modèle de banque universelle qui offre un champ très large de produits et de services, ainsi qu’une relation longue avec nos clients, qui nous permettent de délivrer des performances, et in fine une solidité, parmi les meilleures en Europe.

Les courtiers se sont mobilisés contre le taux d’usure qui exclurait certains emprunteurs. Un calcul mensuel plutôt que trimestriel, est-ce la bonne solution ?

La loi ne fixe pas le rythme de calcul. Par trimestre, c’est pratique et suffisant lorsque le mouvement est lent : il a fallu 30 ans pour que les taux passent de 20 % à 0 % ! Une possible révision mensuelle, c’est une réponse pragmatique pour s’adapter, temporairement, à cette très brutale augmentation des taux d’épargne liée au contexte d’inflation.

Dans ce contexte, faut-il craindre pour les entreprises françaises un mur de faillites ?

Des faillites, oui, comme toujours, mais un mur, non. Le Covid a d’abord été traité par la fermeture volontaire de l’économie, avec des aides financières publiques et la création de monnaie par la BCE. Les prêts garantis par l’État (PGE) ont été souscrits par les entreprises pour améliorer leur trésorerie ou par précaution. Les PGE, au nombre d’environ 700 000 pour 142 milliards d’euros, ne sont pas des aides : 25 % à 30 % de leur capital ont d’ores et déjà été remboursés. À cet instant, nous n’avons dû faire appel à la garantie de l’État que pour 2 % d’entre eux. Cela va probablement augmenter, mais reste contenu et nous pouvons espérer que la durée des remboursements (jusqu’en 2027 pour certains) permettra une sortie sans crise de ce dispositif d’exception.

Propos recueillis par Sylvie Guyony
le 12 janvier 2023.

À retrouver dans la revue
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Revue Banque Nº877
Ed 2023