À plus de 70 ans, Sir Douglas Flint est ce que l’on appelle communément un vétéran de la finance. Alors même que beaucoup songeraient à prendre une retraite bien méritée, le professionnel a décidé de donner une nouvelle orientation à sa carrière. Mi-janvier, l’assureur britannique Prudential annonçait sa nomination au poste de directeur non exécutif et de président désigné pour succéder à Shriti Vadera à la présidence du Conseil d’administration. Cette nomination prendra effet le 28 mai 2026, à l’issue de l’assemblée générale annuelle de la société. Douglas Flint devrait cependant rejoindre le Conseil d’administration de l’assureur dès mars, sous réserve de l’approbation des autorités réglementaires.
Pour le dirigeant, ce nouveau rôle s’inscrit dans la droite lignée d’une carrière entièrement dédiée au secteur financier. Titulaire d’une licence en comptabilité décrochée à l’université de Glasgow, Douglas Flint a ainsi passé plus de 40 ans au service de la finance britannique.
Sa carrière démarre ainsi chez Peat Marwick Mitchell & Co., aujourd’hui KPMG, dont il deviendra associé en 1988. Il passera ensuite plus de 20 ans au sein de la banque sino-britannique HSBC, où il entre en 1995. Il y occupera d’abord le poste de directeur financier et accédera ensuite à la présidence, entre 2011 et 2017. Depuis 2018, il présidait à la fois le gérant britannique Aberdeen Group plc et la société de capital-risque et de commercialisation de propriété intellectuelle IP Group plc, deux postes qu’il s’apprête à quitter suite à sa nomination chez Prudential.
Le candidat idéal
Sa carrière au sein d’HSBC fait de lui le candidat idéal à la présidence de l’assureur. Les deux entreprises partagent de nombreuses similitudes, et tout particulièrement leur périmètre géographique. HSBC, dont le siège social est à Londres, réalise la majeure partie de ses bénéfices en Asie. De son côté, Prudential est domicilié au Royaume-Uni, mais ses activités sont concentrées en Asie et en Afrique et l’assureur est coté à la fois à Londres, Hong Kong et Singapour.
La trajectoire des deux entreprises présente aussi des similarités, Prudential ayant connu des changements importants au cours de ces dernières années. Désireux de se concentrer sur les marchés asiatiques et africains, le groupe a réduit la voilure aux États-Unis et au Royaume-Uni. Prudential a ainsi cédé ses activités américaines, Jackson Financial, en 2021 après que le fonds spéculatif activiste Third Point a appelé la société à scinder ses activités américaines et asiatiques. Deux ans plus tôt, Prudential avait cédé sa filiale britannique de gestion d’actifs M&G.
Durant ses années au sein d’HSBC, Douglas Flint a également eu l’occasion d’accompagner les différentes phases de l’entreprise, de son expansion à son redimensionnement. Dès la fin des années 90 jusqu’en 2006, HSBC déboursera des milliards de livres pour se hisser parmi les grands noms de la finance à grand renfort d’acquisitions. L’arrivée de Stuart Gulliver à la direction générale, en 2011, sonne le glas de cette époque et signale la cure d’amaigrissement du réseau mondial, avec le retrait de la banque de quelque 70 opérations.
Une nouvelle phase d’expansion
Dans son nouveau rôle, Douglas Flint devrait accompagner la prochaine phase d’expansion de Prudential. Sous la houlette de son directeur général Anil Wadhwani, l’assureur intensifie actuellement ses efforts pour concurrencer son grand rival AIA – les activités asiatiques du géant AIG – qu’il avait échoué à racheter, en 2010, pour un montant de 35,5 milliards de dollars. Ses efforts se sont déjà matérialisés en ce début d’année via l’augmentation de sa participation dans sa co-entreprise en Malaisie, Sri Han Suria Sdn, de 51 à 70 %, pour un montant de 375 millions de dollars. Ironie de l’histoire : nommé l’an dernier, le président d’AIA n’est autre que Sir Mark Tucker, qui avait succédé à Douglas Flint en mars 2017 au poste de président d’HSBC jusqu’à la fin de septembre 2025. Les deux hommes se retrouveront désormais en face-à-face.