Dans les jours qui ont suivi la fermeture de Silicon Valley Bank (SVB) et Signature Bank, les dépôts des petites et moyennes banques ont fondu de 185 milliards de dollars (168,4 milliards d’euros). Trop petites pour attirer l’attention du public focalisée sur les groupes d’importance systémique depuis 2008, les banques régionales représentent une part majeure des 4 200 organismes bancaires supervisés par la Réserve fédérale (Fed) et assurés par la Federal Deposit Insurance Corporation (FDIC). Elles jouent aussi un rôle crucial dans l’économie et accordent 70 % des prêts commerciaux. Outre-Atlantique, elles désignent par défaut les institutions opérant dans un ou plusieurs États, plus grandes que les banques communautaires (de moins de 10 millions de dollars d’actifs) et plus petites que leurs consœurs nationales. La Fed y englobe les banques de 10 à 100 milliards de dollars d’actifs, mais nombre d’entre elles (dont Truist, issue de la fusion de BB&T et SunTrust, en 2019, ou Citizens Bank, qui vient de reprendre SVB) dépassent largement ce seuil.
Posent-elles un risque systémique ? « Cela dépend de la définition des banques “régionales et de taille moyenne” », pointe Christopher Wolfe, Managing Director chez Fitch. Des banques comme PNC Financial, US Bancorp et Truist Financial sont souvent qualifiées de « régionales » alors que les actifs de chacune dépassent 550 milliards de dollars. « Dans l’hypothèse d’un seuil beaucoup plus bas pour les banques régionales et de taille moyenne, une banque isolée ne devrait généralement pas présenter de risque systémique, poursuit l’analyste. Cela dit, l’effet de contagion pourrait transformer le risque en un risque systémique pour les banques. »
C’est ce risque de contagion qui a motivé la mise en place du Bank Term Funding Program et de prêts d’urgence à court terme par la Fed et le sauvetage de First Republic par onze banques, pour contenir la crise.
Le même risque que SVB
De nombreuses banques régionales sont confrontées aux mêmes risques que SVB. Amit Seru, professeur de finance à Stanford, estime à 2 000 milliards de dollars les pertes liées à l’évaluation aux prix de marché des titres et des prêts détenus par les banques. 10 % ont des pertes non réalisées plus importantes que SVB et les dépôts non couverts par la FDIC atteignent 9 000 milliards de dollars. Une situation précaire confirmée par la Fed, selon laquelle les prêteurs régionaux et communautaires ont 300 milliards de dollars de plus en prêts et en investissements qu’en dépôts, du fait de l’accélération des retraits en mars.
Les banques régionales sont donc scrutées de près. Fitch a abaissé la note de PacWest et Western Alliance et les a placées sous surveillance négative. « Ces banques présentent des caractéristiques similaires, bien qu’à des degrés divers, à celles de SVB, Signature et First Republic, comme leur présence dans l’écosystème technologique, leurs facilités d’appel de fonds et une forte croissance des dépôts pendant la pandémie », explique Christopher Wolfe.
Les analystes de Morgan Stanley ont réduit les estimations de bénéfice des banques régionales de 17 % pour cette année et de 29 % pour 2024 en raison du coût des fonds, de la croissance des prêts, des frais et du capital. Ils s’attendent aussi à une réglementation plus stricte des groupes régionaux de 100 à 250 milliards de dollars d’actifs, qui pourrait peser sur leur rentabilité. Mais c’est avant tout une question de supervision : « Si la Fed ne peut pas superviser SVB, changer les règles ne résoudra pas le problème », prévient Aaron Klein, chercheur à la Brooking Institution.
La confiance dans le système reste fragile. « Tout dépendra de la politique future en matière d’intérêts, de la suite donnée à First Republic, et des changements apportés à la réglementation et à la surveillance des banques régionales et de taille moyenne », résume Christopher Wolfe.