Les risques climatiques, la difficulté d’accès aux crédits, le franchissement des limites planétaires et les problématiques d’approvisionnement forcent de nombreux secteurs à faire évoluer leurs business models. C’est le cas de l’immobilier, de l’agriculture, de l’énergie, des transports et de nombreux autres secteurs de l’économie. La Banque Centrale Européenne vient d’ailleurs d’inciter les banques, au même titre que les entreprises et les États, à accélérer leur transition à la suite des résultats de son deuxième stress-test sur les risques climatiques.
Pour les institutions financières, cela signifie financer et sensibiliser leurs entreprises clientes à développer de nouveaux modèles d’affaires plus responsables, par exemple circulaires (en développant des écosystèmes industriels colocalisés) ou régénératifs (pour contribuer à la restauration de la biodiversité et limiter l’artificialisation des sols). Ces nouveaux business models requièrent des besoins de financement importants.
À l’heure où de nombreuses entreprises doivent reconsidérer leur modèle (notamment celles dont l’activité ne correspond pas aux Accords de Paris, ou celles devant sécuriser le risque lié à la modification de leurs processus industriels), la nécessité d’une transition vers une économie circulaire est aujourd’hui largement reconnue et promue. Sans doute parce que, désormais, les dirigeants d’entreprises, les clients et fournisseurs sont davantage conscients de la finitude des ressources naturelles et de l’impact négatif de certains modèles économiques sur l’environnement.
Autrefois réservée aux penseurs et économistes à la pointe de l’écologie, l’économie circulaire est ainsi désormais passée dans le langage courant et encadrée par des réglementations officielles. Elle est incluse dans les objectifs de développement durable (ODD) de l’ONU ainsi que dans les textes législatifs de nombreux pays, à l’image de la loi relative à la transition énergétique pour la croissance verte de 2015, en France, ou encore dans les objectifs de développement national de la Chine et du Japon, et dans les nouvelles réglementations européennes Taxonomie et CSRD (Corporate Sustainability Reporting Directive).
Limitant la consommation et le gaspillage des ressources ainsi que la production des déchets, l’économie circulaire s’est imposée comme un levier incontournable d’une économie plus responsable. Et pour cause : elle est l’une des rares à présenter des opportunités d’affaires compatibles avec les limites écologiques de notre planète, tout en réduisant les risques d’exposition à la volatilité des prix des ressources naturelles ainsi qu’aux ruptures d’approvisionnement. Et pourtant, malgré cet avantage financier certain, les entreprises circulaires sont souvent mal comprises au lieu d’être favorisées.
Inventer de nouveaux modèles de risques
Pour valoriser correctement les entreprises circulaires, les banques devront tenir compte à l’avenir des impacts écologiques des organisations et de leur niveau de dépendance au capital naturel. Cela nécessite d’installer d’autres modèles de risques, et de réinventer les schémas d’amortissement ainsi que les méthodes d’évaluation pour suivre les actifs sous-jacents et estimer la valeur future des matériaux et des ressources.
L’enjeu est fort pour les banques. En adaptant leurs modèles de risques et leurs services financiers à ces nouveaux business models, elles peuvent devenir un catalyseur majeur de la transition par le financement des entreprises circulaires.
Cela nécessite d’augmenter leur expertise technique afin de mieux évaluer le niveau de circularité d’un produit, son espérance de vie, sa valeur résiduelle, et pour estimer s’il pourra ou non respecter les critères de rentabilité à long terme. Une évolution incontournable si elles veulent devenir des partenaires stratégiques de l'économie circulaire et tirer parti du passage à l’échelle de l’économie circulaire, dont les principes doivent être partagés début 2024 par l’Institut national de l’économie circulaire.