À force d’avancer sans accélérer, l’Union européenne (UE) reste à quai. C’est l’analyse que l’on peut tirer de la huitième édition du rapport « Union des marchés de capitaux – Indicateurs clés de performance » publié par l’Association for Financial Markets in Europe (AFME). L’écart de compétitivité de l’UE avec les autres grands marchés de capitaux se résorbe lentement, malgré les chantiers de l’Union de l’épargne et de l’investissement. À la mi-2025, le financement des entreprises de l’UE provenant des marchés de capitaux s‘élevait à 13,0 % du financement total, en légère hausse comparé aux 12,1 % en 2024 et 9,7 % en 2023. Mais aux États-Unis, il atteint 29,8 % !
Des introductions à contre-courant
Côté actions, la capitalisation boursière européenne pèse seulement 15 % du total mondial, contre 54 % aux outre-Atlantique. Les introductions en bourse ont chuté de 23 %, contre des progressions de 20 à 60 % aux États-Unis, en Chine, au Japon et en Australie. Avec 33 opérations au premier semestre 2025, les introductions ne représentent plus que 49 % des nouvelles cotations nationales, contre 64 % en 2022 et 79 % en 2020.
Cette dynamique freine le financement à long terme, poussant certaines entreprises vers des alternatives aux introductions classiques sur le marché domestique. La pépite de la fintech, Klarna, dont l’IPO à New York est soulignée dans le rapport, illustre la perte d’attractivité des marchés européens, un phénomène renforcé par la récente conversion, par TotalEnergies, des ADR (American Depositary Receipts) en actions ordinaires sur le même marché. Par ailleurs, l’abondance de financements privés explique que 90 % des licornes européennes de 2021 restent privées, contre 18 % en 2016.
Laminée sur les stablecoins
Malgré les nombreux appels à la relance de son activité, la titrisation demeure atone, ne représentant que 1,3 % des prêts contre 7,5 % aux États-Unis. En revanche, l’UE demeure leader mondial sur le segment des transferts significatifs de risque (SRT). Ils représentent 8 % des volumes européens.
Côté fintech, l’UE, avec la Suisse, représentent plus de 50 % des émissions d’obligations basé sur la technologie des registres distribués (DLT). Toutefois, les États-Unis dominent la tokenisation des fonds et des actifs, et le marché des stablecoins. Il s’élève à 257 milliards de dollars, adossé à 99,8 % sur le dollar. L’oncle Sam se distingue également sur les opérations de repo DLT. La finance durable, elle, croît lentement : les obligations ESG pèsent 10,7 % des émissions totales, malgré une hausse de 14 %.
Une nécessité : accroître l’investissement des ménages
Accroître l’investissement des ménages en Europe est essentiel pour améliorer la liquidité des marchés : aux États-Unis, une épargne moyenne par personne de 290 000 dollars permet des écarts achat-vente très faibles (3-4 points de base ou pdb) pour les entreprises de taille moyenne locales. En Bulgarie, avec 3 000 euros par personne, les écarts atteignent 200 pdb. Selon l’association, une hausse de 10 % de l’épargne de détail pourrait réduire ces écarts d’environ 6 %. En parallèle, les fonds ELTIF (European Long-Term Investment Funds) commercialisés, destinés à canaliser l’épargne vers l’investissement long terme, sont passés au nombre de 118 à 183 pour un encours total de 20,5 milliards d’euros.
Si l’Europe dispose de l’épargne et du potentiel pour rivaliser mondialement, l’AFME juge crucial de mettre en œuvre des réformes décisives pour mieux orienter les capitaux, créer des marchés intégrés et simplifier le cadre réglementaire, afin de stimuler l’investissement, renforcer la compétitivité et mobiliser les capitaux privés pour que l’Union des marchés de capitaux atteigne pleinement ses objectifs.