Ils sont nés dans les années 1980 au sein des salles de marchés de grandes banques d’investissement aux États-Unis et en Europe. À l’époque, les produits structurés sont conçus pour répondre à la demande d’investisseurs institutionnels désireux d’obtenir des rendements supérieurs à ceux des obligations classiques, tout en maîtrisant le risque de perte en capital. Techniquement, ces produits reposent sur une construction hybride : d’un côté, un actif obligataire – généralement un zéro coupon – assurant la garantie partielle ou totale du capital à terme ; de l’autre, un ou plusieurs instruments dérivés optionnels utilisés pour capter la performance d’un actif – action, indice, matière première, etc. De quoi offrir une grande flexibilité dans les profils rendement/risque proposés.
En France, leur essor intervient à la fin des années 1990 avec l’apparition des fonds à formule, principalement destinés à une distribution auprès des clients particuliers. Trois facteurs vont contribuer à leur adoption croissante :
– la faiblesse persistante des taux d’intérêt, synonyme de moindre attractivité des obligations classiques et des fonds en euros ;
– le cadre fiscal avantageux de l’assurance vie en France et l’essor des unités de compte et des contrats multi-support ;
– la capacité des produits structurés à répondre à des objectifs patrimoniaux précis, combinaison de rendement cible, horizon d’investissement défini et protection partielle ou totale du capital.
Une réglementation durcie en 2008
La crise financière de 2008 constitue un véritable tournant pour l’industrie financière : elle a révélé les dangers liés à la complexité excessive et au manque de transparence de certaines structures et la fragilité des clients les plus inexpérimentés. En réponse, l’Autorité des marchés financiers (AMF) et l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR) ont élaboré une doctrine spécifique visant à sécuriser la commercialisation de ces produits et à prévenir les dérives (Position AMF 2010-05 et recommandation ACPR 2016-R-04). En Europe, MiFID II introduit un cadre protecteur renforcé de la commercialisation des produits, avec la mise en place de la gouvernance produit et un renforcement de la protection de la clientèle. Ce mouvement a été consolidé par une élévation continue de la qualité et de l’expertise de l’offre et de la distribution.
Si l’innovation permanente sur les produits structurés peut parfois être perçue comme un facteur de complexité, elle répond en réalité à une nécessité d’adaptation continue : celle de proposer des solutions capables de rechercher un équilibre optimal entre protection du capital et performance potentielle, dans un environnement de marché souvent difficile et mouvant (taux bas, volatilité accrue, poussées inflationnistes, incertitude économique...). Ainsi, conformément aux objectifs de la gouvernance produits, l’ingénierie et l’innovation des produits visent à servir l’intérêt de l’épargnant en adaptant les mécanismes aux contraintes contemporaines.
Les autocalls s’imposent
Dans la variété des produits structurés, les autocalls sont rapidement devenus l’une des formes les plus populaires, au point de représenter près de 90 % de l’offre de produits structurés émis sur le marché français en 2021. Ces produits se distinguent par la possibilité d’être rappelés par anticipation à des dates fixes, si certaines conditions sont remplies, permettant à l’investisseur de récupérer son capital et un gain sans attendre la maturité finale du produit.
Leur succès s’explique par leur flexibilité, leur rendement potentiel attractif et la possibilité d’adapter les conditions de rappel à différents profils de marché et d’investisseurs. Mais également au fait que, même en l’absence de rappel anticipé, la protection conditionnelle du capital repose généralement sur des barrières placées à des niveaux de baisse très élevés, souvent entre 40 % et 50 % sous le niveau initial de référence choisie. Cela réduit considérablement le risque de perte pour l’investisseur, y compris dans des conditions de marché extrêmes.
L’effet positif de la hausse des taux
Deux autres grandes tendances marquent l’évolution récente du marché des produits structurés en France. D’abord, le retour des produits offrant une garantie en capital totale, ou presque totale. En effet, des taux d’intérêt plus élevés permettent d’acquérir la composante obligataire des produits structurés à un prix actuel réduit, libérant ainsi une soulte plus importante pour la composante optionnelle. En 2023, plus d’un produit sur trois offrait une garantie totale du capital, contre moins de 10 % une décennie plus tôt. Cette évolution a permis de répondre à une demande accrue des épargnants pour des placements sécurisés, dans un contexte où l’inflation a fortement augmenté, la volatilité est restée forte et les produits de taux classiques (fonds en euros, obligations d’État), ont offert des rendements réels moins attractifs malgré la hausse des taux.
Une autre tendance clé concerne l’usage des indices à décrément. Techniquement, ces indices réintègrent les dividendes mais opèrent un prélèvement forfaitaire (décrément fixe ou en pourcentage). Ils permettent aux émetteurs de structurer des produits avec des coupons plus élevés et des barrières de protection plus favorables pour les investisseurs. Sur les dix dernières années, ces indices présentent un bilan positif pour les investisseurs avec des performances moyennes supérieures de 1,60 % annualisés et des barrières de protection plus protectrices de 8 % à celles des produits sur indices standards, selon Structured Retrail Products (SRP), confirmant les bonnes performances de la famille (voir encadré). Si leur part a fortement augmenté jusqu’en 2021, elle tend désormais à se stabiliser autour d’un tiers des produits émis.
Un meilleur ciblage nécessaire
pour les décréments
Conscients que, par leur construction même, ces sous-jacents sont parfois moins intuitifs pour l’investisseur final, l’AFPDB et ses membres ont engagé une démarche de pédagogie active concernant les indices à décrément. Dans ses bonnes pratiques, l’AFPDB recommande notamment d’intégrer, au sein du parcours client, des questions de connaissance spécifiques permettant de s’assurer de la compréhension de ces mécanismes. Une vigilance particulière doit être portée sur les indices à décrément basés sur une seule action (single stocks). Ces derniers s’adressent à une clientèle avertie en raison de leur profil de risque plus élevé, comparé à celui des indices classiques. À travers cette initiative, l’AFPDB milite pour une plus grande transparence et une meilleure compréhension de ces mécanismes par les investisseurs et leurs conseillers. Sans pour autant restreindre leur usage dès lors qu’ils apportent de la valeur au produit vérifiée via les tests VfM notamment (voir encadré).
Aujourd’hui, le succès des produits structurés en France s’explique également par la structure même du marché : selon la cartographie AMF-ACPR 2024, près de 80 % des produits sont distribués en conseil via des contrats d’assurance vie, où ils trouvent pleinement leur place aux côtés des autres supports d’investissement dans les stratégies d’épargne et de diversification patrimoniale. Leur diffusion repose sur un réseau dense de professionnels régulés (banques, conseillers en gestion de patrimoine, assureurs), qui les intègrent comme des solutions patrimoniales à part entière.
La légitime rémunération des acteurs
Notons sur ce point que, dans sa construction même, le produit structuré intègre la rémunération légitime des différents acteurs de la chaîne de valeur, généralement prélevée en seule fois (up-front) à l’émission. Cette rémunération concerne l’émetteur, qui supporte les risques de structuration et de couverture, ainsi que les distributeurs, dont le rôle de conseil est essentiel. La rémunération du conseil, et pour autant qu’elle soit encadrée, est un gage de qualité du service rendu et participe à la protection de l’investisseur en assurant un accompagnement adapté. L’ensemble de ces coûts sont communiqués à l’investisseur final, en application de la réglementation.
Les produits structurés ne sont pas conçus pour remplacer les actions, obligations ou fonds classiques. Ils se sont imposés comme un outil de diversification conçu pour répondre à des objectifs spécifiques d’un épargnant dans une allocation globale. Leur valeur ajoutée réside dans trois éléments majeurs, en l’occurrence leur capacité à :
– adapter le niveau de protection du capital en fonction du profil de risque du client. ;
– connaître le rendement attendu, en lissant les effets de la volatilité de marché ;
– valoriser des convictions d’investissement, comme une orientation ESG, ou une préférence sectorielle ou géographique.
Besoin de rationaliser les brochures commerciales
Enfin, leur distribution reste encadrée par des obligations de conseil strictes, avec un ciblage affiné du marché, une vérification de l’adéquation et un devoir de documentation renforcé. Régulateurs et émetteurs s’accordent aujourd’hui sur la nécessité de rationaliser les brochures commerciales, alourdies ces dernières années par une réglementation dense et l’inflation des avertissements, afin de rendre l’information plus lisible. Parallèlement, l’éducation financière des investisseurs est essentielle, pour leur permettre de mieux comprendre les mécanismes de ces produits et faire des choix éclairés.
Portés par une réglementation exigeante, une professionnalisation de la distribution et une transparence renforcée, les produits structurés offrent des réponses concrètes aux objectifs actuels et variés des investisseurs. Les produits structurés sont aujourd’hui une composante légitime et efficiente d’une allocation patrimoniale équilibrée, à condition d’être bien conçus, bien distribués, et bien compris. Ils se sont donc installés pour durer.