La sortie du Royaume-Uni de l’Europe a exacerbé la concurrence. Qui gagne ? Qui perd à cette nouvelle donne ? Le septième rapport annuel de l’association des marchés financiers en Europe (Association for Financial Markets in Europe, AFME) donne une indication. Notamment avec son classement de la compétitivité des écosystèmes des marchés de capitaux européens basé sur neuf indicateurs de performance. L’Europe du Nord est à la fête : le Royaume-Uni, la Suède, le Danemark, les Pays-Bas et l’Irlande se placent en tête. La France arrive juste derrière.
Dans le détail des critères, l’Hexagone retrouve la tête du classement pour les obligations durables après une seconde place en 2023. Elles représentent 24 % du volume total d’émissions européennes. La part du gouvernement dans ce volume est significative : il est à l’origine de 20 % des 7,7 milliards d’euros émis sur le marché des obligations vertes au premier semestre 2024.
Les fintechs ont été servies
Dans le domaine du numérique, la France est également leader en termes de taille de marché, avec une hausse du financement de 170 % des fintechs. 2023 avait été marquée par un ajustement à la baisse mondial pour les investissements dans le numérique. La France n’avait pas fait exception.
Il en est de même du côté des introductions en bourse. Au premier semestre 2024, elles s’établissent à 700 millions d’euros, soit une progression annualisée de 2 420 %. L’effet de base joue à plein : elles étaient quasiment à l’arrêt en 2023. Le financement de marché des sociétés non financières augmente ainsi de 43 % au premier semestre 2024. Cette augmentation est principalement portée par les émissions d’obligations.
On notera également la seconde position dans la disponibilité des Fonds européens d’investissement à long terme Eltif (European Long Term Investment Funds), ainsi que la première place du point de vue des actifs sous gestion.
Problème d’intégration des marchés
Le bulletin de note délivré par l’AFME relève aussi des faiblesses. Le marché français en particulier se place en 10e position (9e en 2023), sur les 27 pays de l’Union européenne auxquels est ajouté le Royaume-Uni, quant à la capacité des start-up et autres sociétés non cotées d’accéder à un financement de l’innovation : le capital-risque pré-IPO reste stable, mais à un niveau faible. La France souffre en outre d’un manque d’intégration de ses marchés, selon l’AFME.
Le rapport évoque également enfin une « nette diminution » de la conversion de prêts en produits financiers à destination des marchés de capitaux en France : la titrisation, qui avait connu un regain en 2023, marque le pas, à l’instar de l’ensemble des marchés européens.
Alors que le pays s’enorgueillit de son taux d’épargne élevé, l’AFME constate un déficit relatif d’investissements provenant de l’épargne. Les ménages français occupent la sixième place en Europe quant à la détention d’épargne active, elle équivaut à 98 % du PIB, proche de la moyenne européenne. Certains pays comme le Danemark et les Pays-Bas font bien mieux. La liquidité et l’intégration des marchés de capitaux européens supportent de façon générale assez mal la comparaison avec ceux des États-Unis.
C’est pourquoi le rapport appelle de ses vœux des réformes structurelles afin de ne pas « subir une fragmentation croissante de son marché » et une « érosion continue de sa position en matière de capitalisation boursière à l’échelle mondiale » et d’« exploiter son plein potentiel ».