Communication

Banquiers d’affaires : comment lire utilement
la presse

Créé le

29.08.2022

-

Mis à jour le

31.08.2022

Qu’il s’agisse de suivre l’actualité de certains secteurs
ou des parties prenantes rencontrées sur leurs opérations, les banquiers d’affaires doivent s’informer aussi méthodiquement que possible. Cela nécessite
de mettre en place une véritable stratégie informative,
tant au niveau individuel qu’au niveau de la banque.

L’activité d’un banquier d’affaires est intimement liée aux informations susceptibles d’être exploitées sur leur marché, afin d’être positionné sur une opération en amont en disposant du meilleur angle possible.

Ces informations cruciales peuvent être recueillies par différents moyens, au premier rang desquels figurent les sources humaines, constitutives du réseau du banquier. La lecture de la presse ne permet pas de bénéficier de tels avantages puisqu’une opération qui y est évoquée est réalisée ou pressentie. Toute la place étant par définition informée du dossier, les chances de se positionner efficacement sur l’opération sont réduites. La presse présente cependant d’autres avantages, en termes d’origination de mandat.

Instaurer une routine

Les titres dédiés au corporate finance permettent de s’informer sur les opérations réalisées au fil de l’eau ou d’effectuer des recherches sur l’historique d’opérations réalisées par les acteurs du secteur en préparation de conférences telles que l’IPEM ou SuperReturn. La presse économique et professionnelle permet quant à elle d’anticiper les besoins des clients et prospects en les identifiant tout en s’informant sur leurs actualités ou sur les bouleversements de secteurs suivis (biens de consommation, pharmacie, etc.) ou de suivre les mouvements professionnels des parties prenantes de son écosystème. Ces articles fournissent en outre un prétexte idéal à la reprise de contact, de manière asynchrone à un besoin ou de le susciter en contactant le client quel qu’il soit (chef d’entreprise, responsable croissance externe, etc.) avec une idée de diversification sectorielle ou de build-up par exemple.

Ces différentes strates d’informations méritent d’être triées et priorisées, au niveau de la banque d’affaires, en sélectionnant d’abord les publications auxquelles s’abonner. Il appartient ensuite à chaque banquier de choisir les publications les plus intéressantes au regard de son activité. À chacun d’instaurer une routine en lisant la presse dans un ordre défini, comme le ferait un journaliste préparant une revue de presse. De nombreux établissements proposent une veille centralisée à leurs banquiers. Si celle-ci est précieuse, elle n’est pas suffisante. D’abord parce que chaque banquier d’affaires peut voir l’intérêt d’un article particulier qui n’aurait pas été sélectionné par la personne en charge de la veille en termes de développement d’affaires. Plus regrettable encore, un jeune banquier d’affaires comptant trop sur cette veille ne pourrait pas se constituer la culture économique indispensable à son activité.

Se contenter des newsletters proposées par les différents médias est également une erreur. Comme les autres publications, celles qui sont propres au corporate finance ne reprennent que les informations les plus importantes, alors que de nombreuses autres présentent un intérêt sectoriel. Pire encore, lorsqu’elles sont trop fréquentes ou intempestives, ces newsletters ne sont plus lues. La lecture méthodique de la presse peut cependant être complétée par plusieurs outils.

Paramétrer certains outils numériques

Efficacement configurées, des alertes d’actualité, telles que celles proposées gratuitement par Google, permettent de faire remonter de précieuses informations, émanant de diverses sources. Elles peuvent aussi bien porter sur des personnes, des thématiques spécifiques que sur des opérations. Il est cependant fondamental d’apprendre à les configurer en utilisant les opérateurs boléens. Un opérateur boléen se définit comme « un outil grâce auquel l’on peut combiner des recherches informatiques afin de les expliciter ou de les préciser. Les trois mots courants de notre langage considérés comme des opérateurs booléens sont ET, OU et SAUF1 ». Si ce n’était pas le cas, l’utilisateur serait vite submergé d’alertes qui ne seraient pas appropriées. Comme le rappelle le blog dédié aux techniques documentaires Serendipidoc2, ces alertes ne sont cependant pas parfaites. L’auteur rappelle que Google est connu pour présenter des biais tels que la localisation de l’utilisateur, sa langue ou ses centres d’intérêt connus.

D’autres outils plus confidentiels existent. C’est le cas de l’outil français Flint qui donne la possibilité de recevoir des newsletters intelligentes, créées sur mesure par un utilisateur affinant ses résultats au fur et à mesure des propositions qui lui sont faites par des robots. S’il peut être utile, cet outil demande un certain investissement en temps avant de se révéler efficace. Il est donc complémentaire à l’alerte Google, mise en place instantanément au gré des besoins.

Un réseau social comme LinkedIn permet de s’informer différemment. S’il peut être utile d’y suivre quelques pages, telles que celles de certains médias, il est fondamental de prendre en compte l’impact de son algorithme. Très schématiquement, celui-ci sélectionne les contenus mis en avant en fonction de multiples critères peu connus des utilisateurs du réseau social. Par conséquent, ce n’est pas parce qu’un membre de LinkedIn suit une page, comme celle de Revue Banque par exemple, qu’il se verra proposer tout son contenu.

La principale valeur ajoutée de LinkedIn réside plutôt dans le suivi des mouvements professionnels. Le réseau social notifie en effet les mouvements professionnels des personnes auxquelles on est connecté, lorsque celles-ci mettent à jour leur profil. Un banquier d’affaires pourra suivre l’évolution des directeurs de participations de fonds, responsables fusions et acquisitions de groupes mid et large cap ou membres des conseils d’administration avec lesquels il est connecté sans qu’ils ne l’en informent spécifiquement.

Il s’agit d’un changement de paradigme en termes de suivi des mouvements. Rappelons-nous que les nominations étaient historiquement annoncées dans la presse économique ou sectorielle, ce qui présentait le double inconvénient de ne laisser la place qu’aux nominations les plus importantes et de nécessiter un suivi acharné de la part des lecteurs pour ne pas manquer les changements de poste des personnes de son réseau proche ou lointain.

Les banques d’affaires disposant des budgets les plus conséquents pourront s’appuyer sur un agrégateur de presse. Comme le rappelle le magazine Archimag, qui a effectué une analyse comparative de ces outils3 : « Ces agrégateurs, qui ont négocié des contrats de droits d’auteur avec les éditeurs, proposent donc à leurs clients sur une seule et même plateforme des contenus issus de la presse écrite quel que soit son support, mais aussi de la radio, de la télévision, de sites internet, de blogs, des réseaux sociaux et même d’études ou de rapports. » Un agrégateur permet bien sûr de faire des recherches dans des archives extrêmement fournies et de mettre en place des alertes d’actualité. Ces dernières ont cependant besoin d’être savamment paramétrées pour être pertinentes.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº871
Notes :
1 Définition fournie par le dictionnaire de Linternaute.fr
2 Les sources presse et la vie des affaires – Sérendipidoc (serendipidoc.fr)
3 « Veille : quel agrégateur de presse choisir en 2019 ? », Archimag n° 320, 30 décembre 2018.