Actifs financiers

Un nouvel outil mesure
la performance de l’épargne
des Français

Créé le

15.03.2023

-

Mis à jour le

20.03.2023

Disposer d’un tableau de la performance d’un portefeuille moyen d’épargne des ménages sur le long terme est d’autant plus utile en phase d’inflation et de remontée
des taux. L’Observatoire de l’épargne européenne (OEE)
a annoncé en décembre dernier un nouvel indice
de mesure pour la France. Les premières données ont
été publiées le 16 mars : elles sont dans Revue Banque.

L’indice de mesure de la performance de l’épargne financière des ménages français, annoncé par l’Observatoire de l’épargne européenne (OEE), est calculé une fois par trimestre par IEM Finance, cabinet d’étude indépendant spécialisé dans la conception, la gestion et le calcul d’indices boursiers. Le fondateur de IEM Finance, Didier Davydoff, a notamment très activement participé à la création des indices STOXX en 1998, quand il était directeur des Études et de la Stratégie à la SBF-Bourse de Paris, de même qu’à la création des premiers indices Investissement socialement responsable (ISR) français, en partenariat avec Vigeo. Il est l’auteur d’un ouvrage important sur les indices boursiers paru en 19991. La première mise jour avec les données de l’ensemble de l’année 2022 a été publiée le 16 mars 2023. Les publications sont prévues chaque année le troisième jeudi de mars, juin, septembre et décembre.

Le principe est assez simple et s’appuie sur la méthodologie traditionnelle de calcul des indices boursiers. Il s’agit de mesurer la performance sur le long terme d’un portefeuille d’actifs financiers correspondant au portefeuille moyen d’un ménage français. Chaque année, le poids de chaque classe d’actifs dans l’indice est révisé, en fonction de l’évolution de la composition du patrimoine financier des ménages français au niveau macroéconomique. Toutefois, comme nous pouvons le voir sur le graphique, cette composition reste assez stable d’une année sur l’autre et les rebalancements ont un impact relativement faible sur la performance de l’indice. La méthodologie a été développée en consultation avec la Banque de France et l’Association française de la gestion financière (AFG) (tous deux membres fondateurs de l’OEE). Toutes les données source utilisées, notamment sur la performance des différentes classes d’actifs, sont disponibles publiquement et proviennent de la Banque de France ou de France Assureurs.

L’indice est basé à 100 au 31 décembre 2012 et atteint le niveau de 123,172 à la fin de l’année 2022. Cela signifie qu’un épargnant ayant placé 1 000 € en 2012, avec une allocation de portefeuille sur les différentes classes d’actifs semblable à celle de l’ensemble des ménages français, aurait gagné 231,70 € en dix ans. Cela correspond à un taux annuel moyen (en prenant en compte la capitalisation des intérêts) égal à 2,11 %. Ce taux de performance annuel moyen peut paraître relativement faible, mais comme nous pouvons le voir sur le graphique, il restait la plupart du temps supérieur à l’inflation sur la période étudiée. C’est depuis 2022, avec la forte montée de l’inflation, que nous observons une performance nette de l’indice largement négative. Cela illustre bien, dans le contexte actuel, le risque nouveau pour les ménages de perdre une partie importante de la valeur de leur patrimoine (en termes réels), si ce dernier n’est pas suffisamment placé sur des supports permettant d’avoir du rendement. Or, pour beaucoup d’épargnants, notamment les plus jeunes, cet environnement économique avec une inflation supérieure à 4 % et des taux d’intérêt qui ne sont plus proches de zéro représente une nouveauté. Il faut en effet remonter aux années 70/80 pour observer des périodes avec une inflation supérieure à 4 %. Il faudra probablement du temps pour que les comportements d’épargne des ménages s’adaptent pour prendre en compte cette nouvelle donne.

Par ailleurs, comme nous pouvons le voir sur le graphique, l’indice nous permet chaque année de décomposer la performance globale entre contribution des produits de taux (essentiellement des obligations détenues directement et indirectement) et contribution des produits de fonds propres (essentiellement des actions détenues directement et indirectement).

Le même graphique montre bien comment, avec la baisse des taux observée sur les dix dernières années, pour atteindre des niveaux quasiment nuls, la contribution des produits de taux à la croissance globale n’a cessé de baisser. Ainsi, en moyenne sur 10 ans, les produits de fonds propres ont contribué à près de la moitié de la performance globale du patrimoine financier des ménages, alors que leur poids dans le portefeuille des ménages était en moyenne inférieure à 20 %.

Aussi, sur le long terme, une exposition minimum au marché des actions est nécessaire pour que l’épargne financière des ménages atteigne un taux de performance supérieur à l’inflation.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº879
Évolution de la composition du patrimoine financier des ménages en France (Mds €)
$!Un nouvel outil mesure la performance de l’épargne des Français
Performance annuelle en % comparée avec le taux d’inflation sur 10 ans
$!Un nouvel outil mesure la performance de l’épargne des Français
Contribution des produits de taux et des produits de fonds propres à
la performance de l’indice de performance de l’épargne financière des ménages
$!Un nouvel outil mesure la performance de l’épargne des Français
Notes :
1 Didier Davydoff, Les Indices boursiers, Economica, 1999.
2 Niveau provisoire estimé pour 2022 par l’OEE en attendant la publication par France Assureurs des taux de rendements moyens sur l’année des contrats d’assurance vie.