Offre bancaire

S’adapter aux anticipations de l’inflation par les clients

Créé le

20.03.2023

L’inflation a rendu les clients prudents. Les banques mettent l’accent sur l’accompagnement, notamment dans l’accès
à la liquidité. Couplée à la hausse des intérêts,
elle oblige les établissements français à veiller,
en particulier, au risque
de défaut.

Le taux d’inflation a atteint 6,2 % sur un an en février 2023, après 6 % en janvier et 5,9 % en décembre 2022, d’après les données provisoires de l’Insee. L’augmentation des prix en février se chiffre même à 14,5 % sur les postes alimentaires, dont 14,2 % pour les produits frais et 14,6 % pour les autres produits alimentaires. Le secteur de l’énergie a vu ses prix augmenter de 14 %.

Lorsque les produits et biens de première nécessité ainsi que le coût de l’énergie sont autant affectés par la hausse des prix, l’inflation devient une source de préoccupation majeure pour les consommateurs. La tension sur le pouvoir d’achat est d’autant plus importante et brutalement évolutive qu’elle exacerbe l’incertitude à leurs yeux car, dans le même temps, les salaires de base progressent moins vite que l’inflation. En effet, selon la Direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques (Dares), si le taux d’inflation annualisé était de 5,9 % en décembre 2022, les salaires de base n’ont progressé que de 3,8 % sur la même période. Si bien que la perte de pouvoir d’achat est devenue particulièrement sensible sur cette période.

Comportement précautionneux

Face à l’évolution brutale de l’inflation, la Banque Centrale Européenne (BCE) a relevé ses taux directeurs à plusieurs reprises, ce qui a eu pour conséquence immédiate de ralentir les investissements et aussi de restreindre l’accès aux crédits (immobiliers notamment) pour les particuliers. Par exemple, le taux d’intérêt moyen pour les crédits immobiliers était de 2,34 % en décembre 2022, selon l’Observatoire Crédit logement, contre 1,06 % un an auparavant. De plus, le taux d’usure, très encadré, bien qu’ajusté désormais à un rythme mensuel, ne laisse que peu de marge de manœuvre aux banques pour octroyer des crédits immobiliers. Avec des conditions aussi restrictives, près d’un dossier de demande de crédit immobilier sur deux est refusé aujourd’hui.

L’incertitude politique induite par le conflit en Ukraine a aussi conduit les Français à constituer une épargne de précaution, malgré l’inflation galopante et la perte de pouvoir d’achat, d’autant plus que le taux du Livret A a été fixé à 2 % en août 2022, et actuellement à 3 %. Les flux nets trimestriels sur l’épargne réglementée ont ainsi atteint 15,1 milliards d’euros au T3 2022 contre 4,1 milliards d’euros au T2 2022. Les données provisoires anticipent des flux nets de 12,8 milliards d’euros au T4 2022. En revanche, les flux sur les produits de fonds propres, qui correspondent aux produits d’investissements à risque, ont reculé au T3 2022, passant de 22,8 milliards d’euros au T2 2022 à 6,9 milliards.

Ce comportement précautionneux des ménages français se confirme lorsque l’on se penche sur l’évolution des dépenses de consommation. La consommation alimentaire (hors tabac) a notamment diminué de 3 % du T3 au T4 2022, et la consommation énergétique de 5,5 %. La consommation de biens fabriqués a augmenté de 0,3 %, mais la tendance est plutôt au repli, avec un mois de décembre à -1,7 %.

Avec une consommation hésitante et une tendance forte de l’inflation, le risque de stagflation est plus que jamais d’actualité.

La gestion de trésorerie cruciale

Les banques assument, entre autres, un rôle dans l’exécution de la politique monétaire, via le canal des taux d’intérêt. En ce sens, la remontée des taux directeurs opérée par la BCE est censée ralentir les investissements des agents économiques financés par les banques et donc l’activité économique ainsi que l’inflation.

Dans un environnement aussi incertain, si les entreprises ont besoin de continuer à investir pour soutenir la croissance, la gestion de trésorerie est tout aussi cruciale afin de minimiser leur risque financier. C’est sur ce plan que les banques peuvent se démarquer grâce à leur expertise d’accompagnement de ces structures. Des solutions de découvert autorisé, de facilités de caisse ou autres crédits à court terme entre autres rassurent les entreprises tout en maintenant les risques sous contrôle.

Concernant la clientèle des particuliers, le rôle des banques ne se limite pas qu’au financement des projets de vie. Au même titre que pour les entreprises, la banque doit renforcer son rôle de conseiller dans la gestion financière du client, en mettant à sa disposition des solutions de gestion de trésorerie adaptées à la situation, tels que les découverts autorisés ou les facilités de caisse, ou encore la possibilité de rééchelonner certaines échéances financières. En clair, l’enjeu pour les banques, dans ce contexte d’incertitude, est de continuer à conseiller et à soutenir leurs clients afin de préserver leur confiance pour le futur.

Un ajustement des tarifs

Fort logiquement, les banques françaises se sont ajustées à la situation en adaptant leur offre et leurs tarifs. Concernant la clientèle des particuliers, considérée comme fragile car la plus vulnérable aux variations de prix, la plupart des banques ont réduit les frais bancaires à 1 euro pour ces clients. Le gouvernement a aussi obtenu de ces dernières de limiter l’augmentation de leurs tarifs aux particuliers de 2 % au maximum en 2023.

Ailleurs en Europe, les banques espagnoles n’ont apporté aucune contribution aux efforts de l’État, ce qui a poussé le gouvernement espagnol à mettre en place un impôt exceptionnel sur leurs revenus, alors qu’au Royaume-Uni, la Financial Conduct Authority (FCA), l’instance de régulation du secteur financier britannique, a ordonné aux banques et aux prêteurs d’aider davantage les clients en difficulté financière, au moyen de conseils plus adaptés ou via de nouvelles solutions de remboursement de dette. L’Allemagne, dont le taux d’inflation dépasse 10 %, a mis en place une série de mesures anti-inflation (extension du nombre de bénéficiaires des aides au logement, limitation des hausses de l’impôt sur le revenu, ajustement des forfaits mensuels des transports en commun, bouclier tarifaire sur l’énergie) afin de soulager les ménages et les entreprises. Pour autant, les banques allemandes n’ont pas été sollicitées pour intervenir.

Malgré l’inflation, les grandes banques européennes ont largement répondu aux attentes de rentabilité de leurs actionnaires, voire les ont dépassées en 2022. Ces résultats en hausse sont principalement dus à l’évolution des revenus d’intérêt : la hausse des taux leur a permis de tirer leur épingle du jeu en prêtant essentiellement à des taux variables, suivant la courbe des taux directeurs appliqués par la banque centrale. La situation des banques françaises est plus contrastée.

Vigilance requise

La banque de détail a souffert du ralentissement de la demande de crédit au T4 2022. Crédit Agricole et BPCE, dépendant davantage des activités de détail, ont connu une diminution de leur marge nette d’intérêt (MNI). BPCE a vu son produit net bancaire reculer de 10 % à 6,3 milliards d’euros, et son bénéfice net chuter de 33 % à 549 millions d’euros, tandis que le résultat net des 39 Caisses régionales du Crédit Agricole a reculé de 10,5 % sur un an. Les stocks de prêt étant majoritairement à taux fixe en France, cette tendance risque de se poursuivre sur une bonne partie de l’année 2023, avec en plus la hausse des taux de l’épargne réglementée (maintenant à 3 % pour le Livret A) et un taux d’usure encore très contraignant, qui pénalisent les banques.

Avec la stagnation des salaires couplée à la hausse des taux, ainsi que l’incertitude ambiante, les banques devront redoubler de vigilance afin de réduire au maximum les risques de défaut. Il serait probablement utile d’analyser les dossiers de prêts et de crédits en cours sous le prisme de la capacité de remboursement des clients. Dans un tel contexte, la capacité des banques à conseiller et soutenir ses clients dans la gestion de leur trésorerie sera d’autant plus cruciale.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº879