Banque et fintechs : quelle proposition de valeur pour les PME ?

Créé le

09.06.2026

-

Mis à jour le

23.06.2026

Six ans après sa première étude de place sur la banque des PME à l’ère des fintechs, le cabinet Fincley consulting publie une nouvelle édition. Avec les témoignages de Memo Bank et du Crédit Agricole Atlantique Vendée, un constat s’impose :
la proposition de valeur bancaire se réinvente,
à la croisée de l’agilité technologique et de la proximité relationnelle.

Les PME constituent l’un des principaux moteurs de l’activité économique. La vitalité du tissu entrepreneurial français se confirme via notre dernière étude sur la banque des PME. Comparé à notre précédente édition publiée en 2020, le nombre de PME françaises a augmenté de plus de 7 % pour atteindre 159 000 en 2024. Au sortir de la pandémie, ces dernières ont réussi à maintenir des marges opérationnelles, parfois au prix d’une adaptation de leurs modèles économiques ou d’une révision de leur structure de coûts. Face à ce marché porteur et sous la pression croissante de la concurrence, les banques traditionnelles ont profondément fait évoluer leur proposition de valeur. Malgré cela, peu de PME de l’étude se déclarent « totalement satisfaites » du traitement de leurs demandes par les banques, et 73 % se disent seulement « moyennement satisfaites » (voir graphique).

Une relation bancaire paradoxale

Le niveau de satisfaction des PME à l’égard des banques traditionnelles demeure globalement limité, en raison de procédures jugées lourdes et d’un manque de réactivité et de souplesse, notamment dans le cas de l’accès au crédit. Le classement des attentes formulées par les PME interrogées met en évidence une hiérarchie claire : en premier, la qualité du service, puis la confiance et la sécurité, et enfin seulement le coût des services. Les PME recherchent avant tout un partenaire fiable, capable d’accompagner leurs besoins financiers avec efficacité et transparence (voir graphique), plutôt qu’un simple fournisseur de services à bas coût. Ces attentes se traduisent par des standards d’expérience de plus en plus exigeants.

Le positionnement de Memo Bank ou de Crédit Agricole Atlantique de Vendée (voir les témoignages en encadré) répond à une réalité que les chiffres confirment : malgré leur insatisfaction, les PME demeurent fidèles à leurs banques. Interrogées sur une éventuelle intention de changement, 45 % déclarent « ne pas savoir », traduisant une forme d’hésitation mais aussi d’attachement à leur établissement actuel. Fait notable, aucune PME interrogée n’envisage de substituer totalement une fintech à sa banque traditionnelle, ce qui souligne la place encore centrale et incontournable de ces dernières dans la gestion bancaire des entreprises.

Une redéfinition des règles du jeu par les fintechs

En 2020, seulement 1 % des PME interrogées avaient recours aux fintechs. En 2024, d’après le baromètre TPE-PME de Qonto, 26 % des PME se reposaient exclusivement sur une solution digitale, et 31 % combinaient fintech et banque traditionnelle. Ce bond illustre le passage progressif d’un modèle fondé sur la promesse d’innovation à un modèle plus mature : la France compte en 2025 près de 1 200 acteurs fintechs et s’impose comme le premier écosystème fintech de l’Union européenne. En quelques années, ces acteurs ont imposé un nouveau paradigme : la banque doit devenir invisible, parfaitement intégrée dans les processus quotidiens de l’entreprise : API, IBAN virtuels, réconciliation automatisée, pilotage de trésorerie en temps réel. Des acteurs comme Qonto ou Shine proposent désormais des solutions quasi-tout-en-un, contraignant les banques traditionnelles à s’aligner en matière d’innovation, de réactivité et de transparence tarifaire.

Pour autant, les fintechs sont confrontées à des limites structurelles qui ont favorisé l’émergence de modèles hybrides, cherchant à combiner l’agilité technologique des fintechs avec la robustesse des banques régulées.

Entre transformation digitale et réaffirmation du conseil

Conscientes d’être challengées par les fintechs, les banques ont engagé leur transformation digitale en investissant dans la dématérialisation de leurs parcours clés (entrée en relation, signature électronique, selfcare) et en élargissant leur proposition de valeur au-delà du bancaire traditionnel : facturation électronique, pilotage de trésorerie, intégration comptable. Les banques qui parviennent à conjuguer conformité, expérience client et services élargis sont celles qui construiront un avantage compétitif durable face aux fintechs.

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Mais leur véritable facteur différenciant reste leur rôle de conseil. Là où les fintechs excellent sur l’opérationnel, les banques accompagnent les décisions complexes : financement structuré, transition énergétique, gestion de crise. Le conseiller « augmenté » par la data et l’IA incarne cette évolution : libéré des tâches à faible valeur ajoutée, il se concentre sur le conseil.

Cette transformation du rôle du conseiller, rendue possible par la technologie, se décline différemment selon les acteurs et leur infrastructure. Cette logique du conseiller libéré par la technologie, Memo Bank l’applique à sa propre organisation (voir témoignage).

Vers un modèle hybride, la complémentarité comme horizon

La collaboration entre banques et fintechs n’est plus conjoncturelle mais structurelle. Selon une étude de BNP Paribas, 70 acquisitions de fintechs ont été réalisées par 39 banques européennes entre 2014 et 2024. Les banques ne cherchent pas seulement à intégrer des services innovants : elles ambitionnent de maîtriser ces technologies pour transformer en profondeur leurs propres modèles.

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Cette dynamique ne masque pas pour autant l’émergence d’une concurrence plus frontale. Certaines fintechs franchissent le pas de l’agrément bancaire. Qonto a déposé une demande de licence en juillet 2025, tandis que Revolut a obtenu la sienne au Royaume-Uni en mars 2026, pour proposer directement dépôts, paiements et crédits sans dépendre des établissements traditionnels. La frontière entre les deux mondes s’estompe progressivement. Pour autant, la complémentarité reste le modèle dominant : le financement demeure l’apanage des banques, et 33 % d’entre elles n’ont toujours pas de solution dédiée de gestion de trésorerie ; un espace que les fintechs continueront d’occuper.

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Innover sans rompre le lien

Les fintechs ont imposé des standards d’expérience que les banques ne peuvent plus ignorer, tandis que les PME continuent d’exprimer un besoin fort d’accompagnement humain et personnalisé, notamment pour traverser les périodes de tension et anticiper les transitions économiques, écologiques et réglementaires. Face à la montée de la fraude (85 % des PME et ETI touchées en 2025 contre 60 % en 2020 selon une enquête publiée en juin 2025 avec la DFCG), la sécurité s’affirme comme un nouveau terrain de différenciation.

L’avenir de la relation bancaire des PME s’annonce moins comme la victoire d’un modèle sur l’autre que comme une logique de complémentarité : aux banques la solidité et la proximité, aux fintechs l’agilité et la fluidité, aux deux le défi d’innover sans rompre le lien.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº918
Témoignage de Stéphane Bouganim, directeur Entreprises et Innovation, Crédit Agricole Atlantique Vendée : « La relation experte de confiance reste fondamentale »
Face aux fintechs, qu’est-ce qui permet encore aux banques de rester incontournables pour les PME ?
Avec les fintechs, ce sont les standards qui ont été définis : une vitesse, une expérience utilisateur exceptionnelle, parfois une spécialisation ultra-pointue. Les banques apportent quant à elles une taille de bilan, une solidité et un accompagnement à long terme. Une PME peut avoir besoin d’une fintech pour optimiser ses paiements, mais elle aura besoin de la banque pour aller au-delà.
Dans l’expérience client, quel est l’indispensable au-delà du digital ?
Il y a quatre standards véritablement incontournables : l’instantanéité (les PME vivent en temps réel), la fluidité des parcours de plus en plus intégrés dans l’écosystème des dirigeants, la transparence et la lisibilité. Mais au-delà, l’élément fondamental reste la relation experte de confiance. Cette relation dans la durée est stratégique dans l’expérience client.
Comment l’IA transforme-t-elle le métier de conseiller ?
L’IA est progressivement embarquée dans le quotidien du conseiller : gestion de la base documentaire, contrôles, conformité, détection de signaux faibles sur les paiements, la fraude... De plus en plus, la technologie vient alléger la partie non productive du métier. La banque sera totalement hybridée à savoir plus digitale pour l’autonomie client sur l’opérationnel, et plus humaine, augmentée du digital, pour tout ce qui est accompagnement stratégique.
Banque et fintech, coopération ou compétition ?
Je vois quatre voies de coopération : créer nos propres fintechs (c’est ce qu’on fait avec la Fabrique by CA), acquérir des activités stratégiques, coopérer avec des fintechs sur des briques avec la mise en place d’API possible, et conclure des alliances stratégiques comme avec Worldline sur les paiements.
À quoi ressemblera à l’avenir ce marché, côté PME ?
Ce marché va continuer à évoluer de façon plurielle. En gardant à l’esprit que, du côté des PME, pour que cette complémentarité ait lieu, elles devront accepter la valeur du service au-delà de la segmentation.
Témoignage de Candice Chazeau, directrice financière adjointe, Memo Bank : « Conjuguer standards technologiques et solidité bancaire »
Qu’est-ce qui a motivé la création de Memo Bank et comment accompagnez-vous vos clients PME ?
La création de Memo Bank est née d’un double impératif : technologique et solidité. Agréée par la BCE depuis 2020, la banque conjugue les standards d’expérience des acteurs technologiques avec la solidité d’une banque régulée. Interlocuteurs dédiés, nos chargés d’affaires accompagnent nos clients dirigeants de PME tout au long de la relation bancaire, au plus près de leurs enjeux stratégiques et opérationnels.
En quoi votre infrastructure « API-first » change-t-elle l’échelle des paiements et pourquoi ce modèle attire-t-il désormais d’autres acteurs financiers ?
Memo Bank s’appuie sur une infrastructure bancaire propriétaire (core banking system), dimensionnée pour l’automatisation des paiements à grande échelle. À l’heure actuelle, 65 % des flux de nos clients transitent directement par API. Trois milliards d’euros de paiements ont été traités sur le seul mois de décembre 2025.
Cette infrastructure attire aujourd’hui des acteurs financiers aux modèles complexes. À titre d’exemple, la nouvelle Bourse européenne Lise s’appuie sur la technologie de Memo Bank et ses comptes de cantonnement pour sécuriser les fonds de tiers et opérer son système de règlement-livraison.
Comment l’IA s’intègre-t-elle à l’organisation de Memo Bank et comment répondez-vous aux enjeux de sécurité ?
Notre partenariat avec Google Cloud nous permet de déployer une IA agentique pour automatiser l’intégration des nouveaux clients, l’analyse documentaire et la gestion des risques, libérant nos chargés d’affaires pour l’accompagnement stratégique des directions financières.
Memo Bank Protect répond directement à l’enjeu de sécurité. Fruit de 18 mois de développement, notre solution combine vérification des coordonnées bancaires, analyse de réputation des bénéficiaires et alertes en temps réel, permettant aux PME de sécuriser leurs flux sans alourdir leurs processus.
Voyez-vous une convergence banque-fintech en cours ?
Opérant avec l’agilité d’un acteur technologique tout en affichant des ratios prudentiels très au-dessus des standards du marché, Memo Bank maîtrise son infrastructure en interne pour garantir une expérience sans couture, et s’ouvre de façon sélective à des partenaires comme Spiko (fonds monétaires) ou Vasco (automatisation des flux).