Interview d’Isabelle Guittard Losay, directrice des Relations institutionnelles, BNP Paribas Personal Finance

La détection des clients en potentielle situation de difficulté chez BNP Paribas Personal Finance France

Créé le

25.11.2022

-

Mis à jour le

28.11.2022

Il y a dix ans cette année que BNP Personal Finance, connu du grand public sous la marque française Cetelem, a noué un partenariat avec Crésus, fédération d’associations reconnue d’utilité publique pour son rôle d’accompagnement des personnes en difficulté financière et sa mission de prévention du surendettement. Depuis, ce spécialiste vante un « crédit responsable ».

En quoi le partenariat de BNP Paribas Personal Finance avec Crésus est-il un facteur d’inclusion financière ?

Avant même la loi de séparation des activités bancaires, voulue en 2014 par Pierre Moscovici, ministre de l’Économie, nous nous sommes posé cette question : « Comment nous, établissement de crédit à la consommation, pouvons-nous prévenir le surendettement et, par la même, éviter à des ménages d’être exclus du système financier ? » Dans la « Charte d’inclusion bancaire et de prévention du surendettement », ont alors été rendus obligatoires la détection et l’accompagnement des clients en situation de fragilité financière et une offre bancaire spécifique, afin de trouver des solutions préventives et de limiter les frais en cas d’incident de paiement. Cette obligation s’est imposée à toutes les banques et sociétés de financement spécialisé.

Cetelem et Cofinoga, les deux marques commerciales majeures de BNP Paribas Personal Finance, ont été les premières d’entre elles, en 2012, à nouer un partenariat avec Crésus. La banque de détail en France du groupe BNP Paribas a également contracté avec Crésus, en 2015. Et toutes les banques l’ont fait depuis. BNP Paribas Personal Finance a par ailleurs un autre partenaire, pour les Parisiens, avec le Crédit Municipal, qui permet en outre l’accueil dans leurs locaux.

Est-ce cela le « crédit responsable » vanté dans les publicités pour le Cetelem ?

En réalité, notre modèle industriel repose sur cette notion. Depuis dix ans maintenant, nous avons un score, sur la base de nos encours sains, qui détecte mensuellement les clients qui pourraient potentiellement se trouver en situation d’impayé dans les trois à six mois. Nous avons alors trois moyens de les contacter : par mailing (hier papier, aujourd’hui électronique), afin de les inciter à nous contacter, par un « tag » dans notre système d’information, qui permet de les orienter automatiquement vers notre service dédié, à Mérignac, pour un diagnostic budgétaire, ou par des appels sortants.

Quelle est la part d’individus concernés ?

Nous détectons en moyenne 520 clients en situation de fragilité avérée par mois, alors qu’ils n’ont pas encore d’impayés, sur une base de 5 millions de clients et 1 million de dossiers financés par an. Dans 60 %-70 % des cas, BNP Paribas Personal Finance France est en capacité d’apporter une solution au client.

Nombre de diagnostics et de clients détectés, par mois

$!<span class=mln_small-caps_mln>L’augmentation du nombre de diagnostics clients réalisés à partir de décembre 2019 s’explique en partie par la mise en place d’un score amélioré de détection de potentielles fragilités et d’émission d’appels à destination des clients. Le nombre de clients en situation avérée de difficulté demeure stable.</span>

Est-ce recoupé avec la clientèle du réseau BNP Paribas ?

Nous partageons les bonnes pratiques et pourrions envisager des synergies, dans le microcrédit par exemple, que BNP Paribas Personal Finance accorde à titre personnel. La banque de détail est sur le segment professionnel, mais pas dans ce domaine de détection des situations difficiles : seulement 6 % de nos clients ont un compte chez BNP Paribas. Et nous n’exigeons évidemment pas qu’ils en ouvrent un.

Pourquoi un partenariat avec Crésus a-t-il été jugé nécessaire ?

Nous avions des solutions, en commençant par l’aménagement de leurs dettes détenues chez nous, mais pas toujours, selon la part de nos crédits sur l’endettement global, et d’autres facteurs : les accidents de la vie, la difficulté de faire face à des dépenses courantes, etc. Crésus peut à son tour intervenir auprès d’autres créanciers, notamment les énergéticiens, les offices HLM, etc. Ce n’est qu’en 2021, avec le rapport de Philippe Chassaing « pour une meilleure prévention du surendettement face à la crise » qu’est né le dispositif « Aide budget » : les créanciers non bancaires sont incités à détecter les fragilités et à orienter leurs clients vers les points conseils budgets (PCB), un réseau associatif labellisé qui a atteint aujourd’hui le nombre de 500 sur tout le territoire.

Crésus intervient de trois façons en accompagnement : pour l’aide et les conseils budgétaires, en optimisant les dépenses de charges courantes, en informant sur certains droits, etc., pour une intermédiation visant à aménager la dette, et pour le dépôt de dossier de surendettement.

Peut-on dire que tous les établissements de crédit ont désormais la même démarche ?

Tous ont les mêmes obligations. De fait, le niveau de surendettement a été divisé par deux depuis 2014, passant de 230 935 dossiers à la Banque de France à 120 168 fin 2021, et la bonne dynamique continue, avec une baisse de 8 % en un an à fin septembre 2022.

La loi Lagarde a réglementé le crédit à la consommation et plus spécifiquement les crédits renouvelables. La production annuelle des établissements spécialisés ASF (Association des sociétés financières françaises) de 44 milliards d’euros en 2008 n’a été retrouvée qu’en 2018. De plus, une charte de prévention s’est imposée à tous les établissements.

Toutefois, aujourd’hui, avec un niveau de surendettement divisé par deux et un poids des dettes de crédit beaucoup plus faible, une part du crédit immobilier moindre du fait de taux bas et de charges courantes plus importantes que les crédits à la consommation, les actions d’intermédiation, via des partenaires associatifs, ont diminué. Ainsi, une démarche comme la nôtre permet de n’adresser que 10 % des dossiers fragiles à Crésus et au Crédit Municipal.

L’inflation qui grève le pouvoir d’achat change-t-elle déjà le tableau ?

En amont, notre politique d’octroi est efficace, via une sélection rigoureuse de nos clients tout en gardant la volonté de contribuer à l’accès au crédit. Mais la remontée des taux et le taux d’usure conduisent mécaniquement à un moindre accès au crédit. Notre attention dans la détection de dossiers fragiles est renforcée. Enfin, le traitement des impayés, sans attendre le recouvrement amiable qui intervient après trois mois d’impayés, est plus rigoureux.

Appliquez-vous la même démarche dans des pays où la législation est moins contraignante ?

Absolument. Notre dispositif « clients en difficulté » a été déployé dans les 30 pays où BNP Paribas Personal Finance exerce, en Europe et au-delà. Le premier degré est celui de l’accompagnement lors de catastrophes en cas d’événements naturels (crues, incendies, etc.) puis la mise en place d’une détection préventive, par exemple avec un algorithme.

Propos recueillis par Sylvie Guyony le 15 novembre 2022.

Les motifs de fragilité

$!<span class=mln_small-caps_mln>En 2020, 77</span><span class=mln_small-caps_mln>&nbsp;</span><span class=mln_small-caps_mln>% des motifs de fragilité étaient liés à un changement de situation client -</span><span class=mln_small-caps_mln>&nbsp;</span><span class=mln_small-caps_mln>divorce, chômage, maladie, invalidité). En 2021, ce chiffre avait baissé, 71</span><span class=mln_small-caps_mln>&nbsp;</span><span class=mln_small-caps_mln>% des motifs de fragilité étaient liés à un changement de situation, mais il y a eu une hausse sur motifs de retraites et des dépenses imprévues. En 2022, fin octobre, ce chiffre a continué de diminuer avec 66</span><span class=mln_small-caps_mln>&nbsp;</span><span class=mln_small-caps_mln>% des dossiers liés à un changement de situation.</span>
À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº874