S’il n’a pas publiquement défini de politique d’inclusion financière, le gouvernement britannique propose chaque année un rapport (Financial Inclusion Report), préparé conjointement par His Majesty’s Treasury et par le Department for Work & Pensions, pour mesurer les progrès accomplis et les axes d’amélioration.
Le rapport paraissant en décembre, la version disponible à la date de rédaction de cet article est celle de 2021. Elle est néanmoins particulièrement intéressante car, réalisée en sortie de pandémie de Covid-19, elle comporte une analyse additionnelle des conditions d’accès aux services bancaires dématérialisés, et en creux, un appel au maintien d’alternatives pour les personnes vulnérables et la population non connectée. C’est aussi le premier rapport paru après la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne et la période de transition.
Un million de Britanniques non bancarisés
Le premier axe d’analyse porte sur les comptes courants, avec une typologie spécifique au Royaume-Uni née en 2015 de la transposition de la directive PAD (Payment Accounts Directive) : les Basic Bank Accounts proposés par les neuf principaux groupes bancaires aux personnes en difficulté financière. Il s’agit de comptes gratuits sans intérêts, associés à une carte de débit, sans possibilité de découvert. Presque 7 millions et demi de tels comptes sont ouverts et ils représentent pour les immigrants une étape quasi incontournable, avant d’accéder à des services plus complets (Standard Bank Accounts), pour lesquels une vérification de crédit est systématiquement opérée, avec un score et un historique à construire.
Dans un pays où la carte d’identité n’existe pas, la disparité des documentations requises à l’ouverture des comptes peut poser question. Le gouvernement appelle les établissements à accepter un grand nombre de documents, dont les courriers des agences gouvernementales, des médecins (General Practioner) et des autorités religieuses. Les lignes directrices ont été élargies en 2020-2021 pour la vérification sans contact. Par ailleurs, un programme mené par des organisations caritatives avec HSBC UK permet l’ouverture de comptes pour les personnes sans domicile fixe. On estime néanmoins à 1 million le nombre de personnes non bancarisées au Royaume-Uni en 2022, contre environ 500 000 en France.
Les programmes d’accès au crédit
L’accès au crédit aux particuliers est traditionnellement facilité par des programmes d’incitation gouvernementale confiés à des opérateurs privés et des associations à but non lucratif, les charities ayant un rôle important, en complément de l’État, pour apporter l’aide sociale. Le dernier pilote élaboré est le No-Interest Loan Scheme (NILS) pour des prêts à taux zéro, confié à l’association Fair4All Finance et notamment refinancé par les actifs dormants. D’autres programmes existent, comme le Mortgage Guarantee Scheme (MGS) lancé en 2021 avec six opérateurs privés (NatWest, Barclays, Lloyds, Santander, HSBC et Virgin Money) pour l’octroi de prêts hypothécaires dont la valeur du crédit atteint 95 % de celle du bien. Le Debt Respite Scheme (DRS) apporte quant à lui des solutions au surendettement, avec un période de répit (breathing space) de 60 jours, prolongée, en cas de problème de santé mentale, pour la durée du traitement. Le dispositif sera complété d’ici peu, pour l’Angleterre et le Pays de Galles, sur le modèle existant en Écosse, d’un cadre d’élaboration de plans de remboursement avec l’intervention de l’État, assurant une protection légale au débiteur.
Face à la multitude des initiatives, l’agence Money and Pension Service (MaPS) et son service aux consommateurs MoneyHelper ont été chargés d’assurer l’accès aux programmes et leur bonne compréhension. Pour plus de cohérence, les offres de paiements différés sans frais (produits Buy-Now Pay-Later) qui facilitent l’accès au crédit non bancaire sont inclus dans le périmètre d’action et leurs promoteurs seront pleinement supervisés par la Financial Conduct Authority (FCA) en 2023.
Pour faciliter le crédit aux entreprises, il faut bien sûr citer le CBILS (Coronavirus Business Interruption Loan Scheme) et le BBLS (Bounce Back Loan Scheme) correspondant aux prêts garantis par l’État, respectivement pour l’interruption d’activité et les situations difficiles pendant la pandémie. Ils ont laissé place, en mars 2021, au Recovery Loan Scheme (RLS) pour la reprise. Ces prêts sont accordés par des banques commerciales accréditées et font l’objet d’un contrat cosigné avec la British Business Bank, la banque de développement britannique recevant les financements alloués avant le Brexit au Fonds européen d’investissement et à la Banque Européenne d’Investissement. Certains prêts s’apparentent à de l’aide d’État (comme le RLS ou le récent Energy Markets Financing Scheme pour l’apport de liquidité au secteur de l’énergie) : sauf en Irlande du Nord, ils ne sont plus soumis aux règles de concurrence de l’UE, mais restent limités par l’accord de libre-échange UK-EU conclu lors du Brexit.
La préservation des services de proximité
La proximité géographique contribue à l’inclusion bancaire. À ce titre, le réseau de distributeurs de billets fait l’objet d’un suivi annuel (en juin 2021, 95 % de la population peut opérer des retraits sans frais à moins de 2 km de son domicile). Afin d’offrir une alternative, la loi a été modifiée (par le Financial Service Act 2021) pour faciliter le rendu de monnaie sans achat dans les commerces locaux (le rendu sur achat payé par carte étant déjà le second moyen de retrait de liquide, avec 123 millions de transactions en 2020). Le réseau d’agences est, comme en France, rationalisé chaque année. Pour maintenir un accès physique aux services bancaires, le Post Office Banking Agreement (qui vient d’être reconduit pour 2023-2025) permet aux clients de 30 banques (soit 99 % des particuliers et 95 % des entreprises) de réaliser leurs opérations dans 11 500 bureaux postaux agissant en « hubs bancaires », avec la possibilité plébiscitée de retirer le montant souhaité au penny près.
Les fintechs pour combattre l’exclusion
Le rapport 2021 pointe enfin l’importance des fintechs et de l’innovation pour faciliter l’accès aux services financiers. Plus facile d’accès que les établissements « High Street », les offres fintech constituent une alternative aux Basic Bank Accounts et une solution privilégiée lors de la création d’une entreprise. Le Royaume-Uni investit cette année dans la création d’un Centre for Finance, Innovation and Technology, simplifiant les conditions d’accès à l’activité bancaire pour les fintechs. Il s’agit de se démarquer de l’Union européenne, dont les réglementations sur la stabilité et la sécurité financières, appliquées avec peu ou pas de proportionnalité dans la majorité des États membres, constituent des barrières à l’entrée. La Grande-Bretagne industrialise ainsi le « bac à sable » (sandbox), dans lequel la FCA accompagne les nouveaux entrants, dans une mise en œuvre progressive des obligations réglementaires. Il s’agit aussi de renforcer l’open banking et l’open finance sur le partage de données entre opérateurs.
Les nouveaux enjeux liés au coût de la vie
La crise actuelle du coût de la vie, avec les difficultés de paiement des factures (7,8 millions de Britanniques, soit, selon la FCA, 2,5 millions de plus qu’en 2020) et de remboursement des prêts (4,2 millions) fait craindre à de nombreuses associations un accroissement de l’exclusion bancaire. De nouvelles mesures sont nécessaires pour soutenir et maintenir dans le système bancaire standard les ménages dont le credit score se dégrade et pour lesquels la charge d’intérêt augmente.
Nombre de comptes bancaires basiques ouverts au 30 juin 2021
Nombre de distributeurs automatiques de billets au Royaume-Uni